PHILIPPE, CHATILLON, LOUIS, MARGUERITE
LOUIS
Vers nous ipii vous amène ?
CHATIM.O>.
Vos dangers.
LOUIS
Quelle main a brisé votre chaîne ?
CHATILLON
Suivi de ses soldats, Nouradin furieux D'un mot a fait tomber les fers injurieux Dont nous avait chargés la haine d'un parjure. Touché de nos revers, sensible à notre injure, Le peuple le seconde, et, soulevé par lui, Contre votre oppresseur vous offre son appui.
LOUIS
Nouradin ose armer des sujets infidèles ! Je n'accepterai point l'appui de ces rebelles.
CHATILLON
Ah ! du moins des chrétiens acceptez les secours. Almodan vous menace, il peut trancher vos jours. Vos guerriers, pour vous seul connaissant les alarmes. Libres de leur serment, ont ressaisi leurs armes. Auprès de Nouradin ils se sont tous rangés, Ils vont bientôt combattre, et nous serons vengés.
PHILIPPE
Est-il vrai ?
CHATILLON
Le Soudan ne peut à leur courage Opposer désormais qu'une impuissante rage ; Et peut-être assiégé jusque dans son palais. Le perfide paiera les maux (pi'il nous a faits. Mais craignant que sur vous sa fureur assouvie A vos vengeurs armés ne vous livrât sans vie , J'accours pour vous sauver. Un musulman séduit Par de secrets détours jusqu'à vous m'a conduit. Venez, ou sous mes yeux Almodan vous immole. Suivez-moi.
LOUIS
Le Soudan a reçu ma parole.
CHATILLON
Il trahit son serment.
LOUIS
Je respecte le mien.
CHATILLON
Fuyez.
LOUIS
Je suis Français, chevalier, et chrétien.
CHATILLON
La mort vous cnvirounj en ce palais funeste ; Si vous suivez mes pas nous trioniplions.
LOUIS
Je reste.
f.HaiLLON.
Vous restez ?
LOUIS IX. — ACTE m.
LOIIS.
Je le dois.
CUATILLON.
J'admire , et je nie lais.
(A la reine et au prince.^ Mais TOUS, du moins, l'amour et l'espoir des Français ■•
MARGIERITE, se plaçant sur le sein de Louis. Ses serments sont les miens, le devoir nous rassemble.
PHILIPPE, se jetant de l'autre côté dans les hias de Louis. Voilà ma place.
LOUIS
Eh bien! nous souffrirons ensemble.
(A Châtillon.)
Pour vous, qui, dans les fers indignement plongé. Etes de vos serments pour jamais dégagé , Partez; et que le ciel, comblant votre espérance , Vous ouvre les chemins , et vous rende à la France.
CHATILLO:V.
Non, seigneur, c'en est fait, je ne vous quitte pas.
LOUIS
Le devoir en cç lieu n'enchaîne point vos pas.
CHATILLON
Dans l'aveugle courroux que nos maux ont fait naître, Tantôt je méconnus et j'offensai mon maître; Je m'attache à son sort, et je veux aujourd'hui Expier mon erreur en mourant avec lui.
LOUIS
Châtillon , votre roi , votre ami vous en prie :
Songez à votre fils , songez à la patrie ,
Vous leur devez vos jours ; éloignez-vous ; adieu.
CHATILLON
Jamais,
LOUIS
Partez , vous dis-je. .11 n'est plus temps, grand Dieu !
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