LA BARONNE, CHARLOTTE
LA BARONNE, à part.
Elle est jolie !... mais pas de tournure !... Et c'est à cette grisette qu'il me sacrifierait ! Voyons si du mouis son esprit a été cultivé. (Haut.) Pourquoi donc, mademoiselle , vous éloignez-vous de moi ? Causons un instant. Je soupçonne que votre père vous a fait donner une éducation au-dessus de votre état.
CHARLOTTE
A moi ?. . . ô mon Dieu , non, madame !
LA BARONNE
Comment !... vous n'avez rien appris?
CHARLOTTE
Si fait ; j'ai appris à lire , à écrire , puis à coudre et à broder.
LA BARONNE
Mais , dans vos moments de loisir, la lecture...
CHARLOTTE
Mon travail ne m'en laissait pas le temps.
LA BARONNE
Âh !... Ainsi les longues visites du comte d' Aiglemont se passaient à vous parler d'amour ?
Quia pu vous le dire?
LA BARONNE
Cela se devine. Et que répondiez- vous?
CHARLOTTE
Hélas ! moi, faible et malade , je ne pouvais parler que bien peu et bien rarement. Et puis, j'avais tant de plaisir à l'écouler !
LA BARONNE
Chaque jour, il promettait de revenir le lendemain ?
CHARLOTTE
Il ne promettait rien ; mais il revenait toujours.