‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 232 sur 560 · L.4 BARONNE · texte numérisé non relu

L.4 BARONNE

Et qu'espérez-vous ?

CHARLOTTE

Moi, madame ! je n'espère rien.

LA BARONNE

Vous avez raison!... pourquoi donc refuser un mariage convenable ?

CHARLOTTE

Je n'aime pas celui qu'on me propose.

UN MARIAGE D'AMOUR. - ACTE i.

LA ÈARONNË.

J'entends... le pauvre Pierre ne pourrait vous offrir qu'un modeste sort qui ne vous suffit plus. Vous rougiriez maintenant d'ôlie la femme d'un ouvrier.

CHARLOTTE

Moi, rougir!...

LA BARONNE

Sans doute : avec lui , une simple robe , un bonnet, seraient toute votre parure; il ne pourrait vous donner ni chapeaux , ni bijoux...

CHARLOTTE

Tout cela n'est pas fait pour moi ; je vous le répète, madame , je n'ai que mon travail.

LA BARONNE

Et l'amour du comte ?

CHARLOTTE

Que voulez-vous dire ?

LA BARONNE

Quoi de plus naturel ? le comte est riche , il est généreux...

CHARLOTTE

Ah ! madame !

LA BARONNE

Eh bien! vous pleurez?... Je ne veux pas vous affliger -, je ne vous dis que ce que tout le monde doit croire.

Qu'entends-je ?. . . on pourrait penser. . .

LA BARONNE

De bonne foi, que voulez-vous qu'on pense? On connaît le comte d'Aiglemont ; jeune , aimable , prompt à s'enflammer, mais non moins prompt à changer d'amour, on le verrait passer toutes ses journées chez une jolie ouvrière de dix-huit ans , et vous voudriez que Ton crût à l'innocence de ses visites!...

CHARLOTTE

Arrêtez, madame !... j'ai pu supporter la misère , mais je n'ai pas appris à sujjporter la honte. Et mon pauvre père?... s'il pouvait soupçonner?... ah! il en mourrait.

M LA BARONNE

Je le crois ; c'est un brave militaire, rempli d'honneur , qui n'a rien de plus cher que la réputation de sa lille; aussi désirait-il vivement vous voir établie.

CHARLOTTE, à part.

Ah! qu'est-ce que je viens d'entendre?... Malheureuse I... jamais je n'avais songé... Elle dit vrai...

LA BARONNE

Ce mariage ([u'on vous propose vous sauverait de cruels regrets. Un jour viendra , Charlotte , où , repoussée de votre famille , délaissée par le comte, en butte à son mépris...

CHARLOTTE

Son mépris !

En vous mariant , vous ne le verriez pas dédaigner un jour cet amour (ju'il sollicite maintenant , vous ne le verriez pas insensible à votre douleur : vous pourriez l'oublier en vous occupant de vos nouveaux devoirs ; vous conserveriez l'estime de tous ceux qui vous connaissent , et lui-même respecterait voire vertu.

CHARLOTTE

Ah ! madame, ce conseil...

LA BARONNE

Est dicté par l'intérêt que vous m'inspirez. Un moment de courage vous épargne des chagrins , des remords, et à votre père un opprobre auquel il ne survivrait pas.

CHARLOTTE

Madame...

LA BARONNE

Réfléchissez, il est temps encore.

CHARLOTTE

Oui, vous avez raison : le déshonneur !... le monde est si méchant!

LA BARONNE

Décidez-vous , mon enfant.

CHARLOTTE, à elle-même.

Il est riche, noble... et moi je ne suis qu'une ouvrière... oui, cela est impossible!... Mon pauvre père!...

CHARLOTTE

On oserait m'accuser... me mépriser !... Madame... s'il le faut... j'épouserai Pierre.

LA BARONNE

Bien, mon enfant, très-bien : je vais annoncer votre résolution à la comtesse.

CHARLOTTE

Oui, oui ! diles-le lui... dites-le lui toct de suite!... aurai-je la force de le vouloir longtemps ?

LA BARONNE

Je vais la chercher; remettez-vous , remettez-vous,

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