‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 251 sur 560 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

CHARLOTTE, endormie; LE COMTE, entrant suivi d'un domestique qui porte un riche nécessaire et le dépose sur la table à droite.

LE COMTE

Posez cela ici, et laissez-moi. Quevois-je? Charlotte !... Elle dort!... La bougie brûle encore... Elle ne s'est pas couchée !... son sommeil paraît agité. CHARLOTTE, dormant.

Une... deux... trois... Trois heures du matin !... Il ne reviendra plus!... Comme le bal est brillant!... Que de fleurs, de diamants ! . . . Comme elles sont jolies, ces femmes !... Comme elles dansent bien!

LE COMTE

Pauvre Ciiarlotte !

CHARLOTTE

Si je pouvais aussi... non... Elles rient toutes... elles se moquent de moi... Dieu! sortons. {EUe s'agite, fait Mil mouvement pour se lever et s'éveille.) Ah !... Arthur, mon Arthur !... te voilà!... tu rentres?

LE COMTE

Chère amie, je suis rentré depuis longtemps : il est dix heures du matin.

CHARLOTTE

Ah !... je me suis endormie... là... je ne sais comment.

LE COMTE

Veiller ainsi ! Charlotte , tu te rendras malade.

Je li.sais... je travaillais... le sommeil m'a surprise.

LE COMTE

Tu me trompes !... ton inquiétude .seule l'a fait attendre mon retour.

(llARLdTTE.

Cher Arthur , pardonne ! Quand je te sais rentré

dans ton appartement, je dors mieux.... je repose plus tranquille.

LE COMTE

Les réunions se prolongent tard.

CHARLOTTE

Oui, bien tard.

LE COMTE

Depuis trois mois que nous sommes de retour à Paris, tu partageaisavecmoi ces devoirs de la société, puis tu y as renoncé.

CHARLOTTE

Tu n'as que trop éprouvé d'humiliations à cause de moi. Arthur , ces plaisirs, tu n'en jouis.sais pas quand j'étais là ! Inquiet de tout ce que je disais, troublé par la crainte de me voir l'objet des railleries de tes belles dames, tu étais malheureux! Et moi, comme je souffrais! Seule, auprès de toi, je suis parvenue peutêtre à m'exprimer sans trop de ridicule; mais, dans ces brillants salons, je me sens gauche et embarrassée-, je ne peux pas trouver une [larole ; je te fais rougir !. . . Je l'ai vu , et je me suis dit : Laissons-lui les amusements auxquels il est habitué ; n'ôtons rien à son bonheur, ajoutons-y seulement l'amour. Quand il sera las de ces plaisirs bruyants, il reviendra près de moi. Dans le monde, il s'amusera; ici, il sera aimé.

LE COMTE

Bonne Charlotte ! Je ne t'oublie pas ; vois ces bagatelles ; je les ai achetées pour toi... Cela te plait-il ?

CHARLOTTE

Que tu es bon de penser à moi !

LE COMTE

C'est charmant!.

Chère amie !

CHARLOTTE

Tu baises ma main, comme si j'étais une grande dame.

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