I.'.iimes-lu mieux ainsi
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CHARLOTTE
Il y a des moments où je suis l)ien heureuse ! Celui-ci, par exemple; je ne t'avais pas vu seul depuis bien des jours !.... Viens l'asseoir là, près de moi. T'es-lu bien amusé à ce bal? Qui as-tu vu ?
Toute la France y était : d'abord , la belle duchesse de La Trémouille.
CHARLOTTE , riant.
La Trémouille ! ... Oh ! quel drôle de nom !
LE COMTE
C'est un nom qu'il n'est pas permis d'ignorer en France.
CHARLOTTE
Ah!... Ensuite!
LE COMTE
Quand je te nommerais d'autres personnes , leurs noms te seraient tout aussi inconnus.
CHARLOTTE
C'est vrai!... Mais tu y as vu madame d'Alby?
LE COMTE
Oui , sans doute.
CHARLOTTE
Et (lu'a-t-on fait ?
LE COMTE
Ce qu'on fait partout. Madame Malibran a chanté un air d'Otello... Mais tu ne connais pas la musique italienne; tu n'as pas voulu d'une loge aux bouffes.
CHARLOTTE
Tu sais bien que ce n'est pas ma faute : le jour où tu m'y as conduite , je me suis endormie au premier acte.
Après la musique, on a dansé ; on a joué à l'écarté, et l'on a soupe.
CHARLOTTE
Et les toilettes ?
LE COMTE
Charmantes!... mais dire de quoi elles se composaient me serait impossible.
CHARLOTTE
As-tu dansé?
LE COMTE
,T'ai valst' avec madame d'All)y.
CHARLOTTE
Elle était bien mise ?
LE COMTE
Comme im ange!... Une robe de tulle garnie de camélias...
CHARLOTTE
Ah!... Vous avez retenu sa toilette à elle!.. Avezvous gagné à l'écarté ?
LE COMTE
Je n'ai pas joué : je suis resté à causer. On racontait des histoires si drôles et d'une façon si piquante !...
Dites-les-moi.
LE COMTE
Il faudrait, pour que cela t'intéressât, connaître les personnages.
CHARLOTTE
C'est juste!... Et qui contait ces histoires?... madame d'Alby, sans doute ?
LE COMTE
Elle... et d'autres.
CHARLOTTE
Arthur ! il y a eu dans notre union un hasard malheureux ; nous n'avons eu ni l'un ni l'autre le temps de réfléchir.
LE COMTE
Que dis-tu ?
CHARLOTTE
Pendant quelque temps , j'ai cru qu'à force d'étudier je pourrais m'élever jusqu'à vous... mais je vois bien qu'il y a des choses qu'il faut apprendre dès l'enfance. Vous-même, vous avez renoncé à m'instruire ; vous ne me reprenez plus.
LE COMTE
Tu as fait des progrès : ton langage s'est épuré.
CHARLOTTE
Oh! je sens bien que tu ne peux causer avec moi comme tu le fais... avec madame d'Alby, par exemple.
LE COMTE, embarrassé.
Madame d'Alby ?
CHARLOTTE
Près d'elle, près de ta mère, je suis mal à l'aise : si tu savais combien j'ai besoin de trouver des gens qui ne me dédaignent pas !... et puisque je ne pourrai jamais convenir à tes parents , permets-moi de recevoir quelquefois les miens.
LE COMTE
Je ne m'y oppose pas , si tu crois que cela peut te rendre heureuse.
CHARLOTTE
Depuis mon mariage , je n'ai vu aucune de mes amies (l'enfance, et je t'avoue, Arthur, que je n'avais pas attendu ta permission pour engayer une cousine à venir passer la journée avec moi.
LE COMTE
A la bonne heure.
CHARLOTTE
A propos, j'oubliais : voilà une invitation de madame de Vérigny. Elle m'est adressée.
LE COMTE
La sœur de Monval. C'est à son frère que tu dois cette invitation : il a pour toi, lui, tous les égards que la comtesse d'Aiglcmont est en droit d'attendre.