SCÈNE m
CHARLOTTE; Madame DUTOUR, SOPHIE.
MADAME DDTOUR, à la cantonnade. Ne m'annoncez pas; je suis madame Dutour. la cousine de madame , je n'ai pas besoin (|u'on m'annonce. Ijonjour, ma cousine; comment ça va-t-il , ma cousine?
CHARLOTTE
Pas mal aujourd'hui ; et vous ?
MADAME DLTOUR.
A merveille I... Ah ça , je viens vous remercier de l'amabilité (jue vous avez eue de m'inviter à passer la journée avec vous.
CHARLOTTE
Est-ce que vous ne pouvez pas ?
MADAME DUTOUR
Si fait! si fait ! je serai seulement obligée de vous quitter une heure pom- une affaire de mon commerce, et puis je reviendrai; c'est pour ça que j'arrive de bonne heure. Entre amies, on a bien des choses à se raconter, quand il y a longtemps (|u'on ne s'e.st vu. Il paraît que M. d'Aiglemont , votre mari , mon cousin, ne .se souciait guère de me voir, depuis trois mois que vous êtes à la ville. Enfin , je me disais : Il faudra bien finir par faire connaissance, puisque c'est mon cousin' mais c'était vexant d'avoir un cousin comte et si riche , et de ne pas le connaître. Car je ne l'ai jamais vu , a otre mari ! . . . Est-il joli garçon ?
CHARLOTTE
Il est très-bien.
MADAME DUTOUR
Tant mieux ; ça ne peut pas nuire. ( Elle examine les robes. ) Oh ! que c'est joli tout cela : (|uelle belle robe! qui est-ce qui aurait dit que vous seriez un jour comtesse? et de si belles parures !... ( FAlc soupire.} Comme vous êtes heureuse, cousine!... mais je vous trouve plus sérieuse qu'autrefois.
ClfARLOTTE.
Ma .santé n'est pas très-bonne.
MADAME DUTOUR
Ça ne sera rien : est-ce qu'on peut êlre malade ((uand on a de fameux médecins , le tt-n)p«; de se .soigner, et le cœur content.
CHARLOTTE,.^ p.irt.
Le cœiu' content '
^Vi
MADAME DUTOL'U.
Ce n'est pas que je me plaigne ! Dieu merci ! je n'ai pas (le raison d'être triste , je suis veuve , et mon commerce va son train.
CHARLOTTE , à pari.
Quel langage ! quelles manières ! . . . Est-ce qu'elle était ainsi autrefois ?
MADAME DUTOUR
Y a-t-il longtemps que vous avez vu notre parent Pierre Moulin.
CHARLOTTE
Pas depuis mon retour à Paris.
Vous ne savez pas , ma chère , ce n'est plus le même homme , il passe sa vie le nez dans les livres , il travaille, il étudie, aussi il est déjà sergent-major !... il a perdu son air gauche , il a une tournure à présent !... c'est un charmant cavalier , je dis cavalier , quoiqu'il soit dans l'infanterie. On voulait le marier , ah bien oui! Il paraît qu'il a ime passion dans le cœur.
CIHRLOTTE.
Ah ! en vérité !
MADAME DUTOUR
Oui ; mais impossible de savoir pour qui ! Ah ça ! dites donc, ma cousine , votre belle-mère m'a ôté sa pratique ; elle se gante à présent chez Valker : vous devriez bien lui parler en ma faveur. Au reste , je la verrai sûrement ici, et je lui parlerai moi-même.
CHARLOTTR, à part.
Dieu ! que dira-t-elle ?
MADAME DUTOUR
Tout à l'heure , madame la baronne d'AIIiy me disait encore : « Madame Dutour , personne ne me gante mieux que vous. »
CHARLOTTE
Madame d'Alby!
MADAME DUTOUR
Oui ; j'ai toujours sa pratique , et puis sa femme de chamln-eest une de mes amies.
CHARLOTTE, à part.
Sa fenune de chambre.
Elle a ime bonne condition, bien des profits... madame d'Alby est généreuse. ( A Sophie. ) Vous riez , mademoiselle ? je suis sûre que vous n'avez pas ù vous plaindre de votre maîtresse.
CHARLOTTE
Celte pauvre Sophie... vous me faites penser que
je ne lui ai rien donné depuis longtemps. Tenez, voilà un châle dont je vous fais présent.