SCÈNE IV
Madame DUTOUR , BERTRAND , CHARLOTTE , PIERRE.
CHARLOTTE
Bonjour , mon père ; vous voilà donc ! Il y a près de quinze jours que je ne vous ai vu.
BERTRAND
C'est vrai , mon enfant : mais il ne faut pas m'en vouloir.
PIERRE
Madame la comtesse...
CHARLOTTE
Ah! monsieur Pierre... je suis bien aise de \ous voir.
PIERRE
Madame la comtesse est bien bonne.
DERTRAHD.
Je l'ai presque entraîné de force ; il ne voulait pas venir ; mais quand on a quelcjuc chose à demander aux gens , c'est bien le moins (lu'on se dérange.
CHARLOTTE
Serais-je assez heureuse pour pouvoir vous être utile ?
Mon Dieu! madame, c'est une indiscrétion que M. Bertrand me fait commettre.
CHARLOTTE , à paît.
Quel changement ! comme il s'exprime !
BERTRAND
C'est une lettre (juil écrit à son colonel, et j'ai pensé que ton mari voudrait bien l'apostiller. Oh! c'est que Pierre est en passe d'aller loin. Regarde-le donc, Charlotte, il est sergent-major, et je gagerais (|u'il ne tardera pas à être officier. Mais aussi , quelle conduite! pas d'estaminet , pas de billard , pas de domino. Le travail , le devoir, il ne connaît (pie ra.
MADAME DUTOUR
Qu'est-ce que je vous disais , ma cousine .'
REUTRA^n.
Ah ! il vaut mieux (|ue moi... en un an il lua dépassé.
CHARLOTTE , avec intérêt.
C'est très-bien , monsieur Pierre.
PIERRE
Rien n'est plus naturel , madame ; que ne ferait-on pas pour mériter l'approbation des personnes qui nous ont témoigné de l'intérêt?... Il est si cruel de faire rougir les gens que l'on aime.
Oh ! oui , vous avez raison, cela est bien cruel.
PIERRE
J'ai gagné bien peu de chose encore ; mais , avec (le la persévérance, du travail, j'espère... Ah! si A ous ne me refusiez pas vos conseils , s'il m'était permis de vous voir quelquefois...
CHARLOTTE
Je vous recevrai toujours avec plaisir, Pierre. Vous ne doutez pas de mon amitié.
PIERRE
Je désire la mériter un jour.
BERTRAND
Ainsi , tu parleras de sa lettre au commandant , et de l'apostille?
CHARLOTTE
Certainement, mon père.
BERTRAND
Eh bien ! je te l'apporterai tantôt. ( A demi-voix. ) Ah ça ! dis-moi, es-tu toujours contente ? Ton mari ?. . .
CHARLOTTE
11 est toujours bon pour moi : je suis heureuse.
BERTRAND
Bien sûr ?
CHARLOTTE
Oui , mon pète.
Allons, j'en suis bien aise. {A part.) Elle ne se doute de rien , ou bien on m'a fait des contes. . UN DOMESTIQUE, annonçant.
RI. de Monval.
CHARLOTTE , à part.
Dans quel moment I {Ilaui. ] Dites que je n'y suis pas.
MADAME DUTOUR
El pourquoi donc , cousine ?
BERTRAND
Comme ça vous a l'air grande dame! Je n'y suis pas!
CHARLOTTE
C'est pour vous; cela vous dérangerait.
MADAME DUTOUR
Pas du tout. Si je me souviens l)ien , j'ai connu un monsieur de Monval... Si c'était lui!... Faites entrer, ma cousine.
CHARLOTTE
Mais....
BERTRAND
Si je te gène , je m'en irai.
CHARLOTTE
Me gêner !... vous , mon père... Qu'on entre.
PIERRE , à part.
Que lui veut ce monsieur de Monval?