MARGUERITE , LOUIS , PHILIPPE
PHILIPPE
Mou père !
MARGUERITE
Mon époux !
LOUIS
Nous voilà réunis !
Je les tiens dans mes bras ! Mon épouse , mon fils ! Mon Ois !... ah ! que pour moi ce moment a rie charmes ! Je n'osais l'espérer... Je vois couler vos larmes , Reine , rassurez-vous.
M.VRGUERirE.
Qui peut me rassurer ?
Sur nos destins ici tout sert à m'éclairer : En vain de JXouradin les armes nous défendent ; Déjà le glaive est prêt, les bourreaux vous attendent. C'est le dernier instant !
LOUIS
Ne l'empoisonnons pas.
Reine , si l'Eternel ordonne mon trépas , Je dois subir l'arrêt dicté par sa colère : Mais s'il veut me couvrir de son bras tulélaire . Du perfide soudan les efforts seront vains , Et le fer des bourreaux tombera de lein\s niains.
MARGUEIUTE.
Ne permets i)as . grand Dieu , cpie le crime s'achève )
PHILIPPE
J'implore Ion secours : je le demande un glaive.
LOUIS
Je reconnais mon fils : au-dessus du malheur . Rien ne semble impossible à sa jeune valeur. J'aime cette vertu cpTen lui mon peuple honore ; Mais la France à son roi deinanile plus encore. Tu peux rotre licntOl. 0 mon fils . mon cher lils .
Entends mes derniers vœux et mes derniers avis ; Grave-les dans ton cœur. Si le ciel , qui me frappe , Veut aux coups d'Ahnodanque tajeunesse échappe, S'il te rend aux Français que lu dois gouverner , Songe aux nombreux écueils qui vont l'environner ; Et , suivant le chemin que le trace, ton père , Joins au bien qu'il a fait le bien ({u'il n'a pu faire.
PHILIPPE
Ah ! puisse l'Eternel me frapper avant vous ! Mais sur vous seul , hélas ! s'il fait tomber ses coups, Si , détruisant l'espoir où mon cœur s'abandonne , Il condamne mon front à porter la couronne , J'aurai pour me guider a os vertus et vos lois : L'exemple de mon père est la leçon des rois.
LOUIS
Lorsqu'un arrêt sanglant aura frappé ton père , O mon fils, c'est à toi de consoler ta mère. Tu vois où la conduit sa tendresse pour nous : Tu connais les devoirs , tu les rempliras tous. De respect et d'amour environne sa vie : Je vais m'en séparer , et je te la confie. Révère ton aïeule : à ses conseils soumis , Suis ses sages leçons , n'en rougis pas , mon fils. Redoutée au dehors , de mon peuple bénie , L'Europe avec respect contemple son génie ; El les Français en elle admirent , avec moi , Les vertus de son sexe , et les talents d'un roi. Loin de ta cour l'impie et ses conseils sinistres. Affermis les autels , honore leurs ministres. Fils ahié de l'Eglise , obéis à sa voix ; Du Pontife Romahi fais respecter les droits ; Rends hommage au pouvoù' qu'il reçut du ciel même : Mais , soutenant , mon fils , l'honneur du diadème , Si d'une guerre injuste il t'imposait la loi , Résiste , et sois chrétien , sans cesser iPètre roi. Accueille ces vieillards dont l'austère sagesse A travers les périls guidera ta jeunesse ; De leur expérience emprunte les secours : Fais régner la justice. Abolis pour toujours Ces combats où , des lois usurpant la puissance , La force absout le crime, et tient lieu d'innocence. A la voix des flatteurs (pie ton cœur soit ferme. Consolateur du pauvre , appui de l'opprimé , Permets que les sujets t'approchent sans alarmes , Qu'ils te )noiitrcnt leur joie , ou t'apportent leurs larmes : Compatis à leurs maux ; sois fier de leur amour ; Règne enfin pour ton peuple, et non pas pour ta cour. Je le connais ce peuple ; il mérite qu'on l'aime ; En le rendant heureux tu le seras loi-même.
MARGUERITE
Vous déchirez mon cœur. Non, le ciel en courroux
Ne nous privera point d'un père et d'un époux ;
Vous vivrez...
LOUIS '
Vainement votre espoir se ranime
Au parjure Almodan il faut une victime.
Il m'attend... Sa fureur m'ordonne des forfaits.
11 va me voir... Peut-être accusant mes délais...
* Des gardes paraissent Uaiis le foiul.
LOUIS IX. — ACTE IV. 25
Ah ! parlons ; à ses coups je \ uis m'offrir.
l'IllLlI'PE.
Mon père !
LOUIS
Adieu ! séparons-nous. Songez à voire mère. Mon Dieu, veille sur eux, et je bénis mon sort.
SIARGUiaUTE.
Je ne vous quitte pas.
PHILIPPE
Je vous suis à la mort.