REPRÉSENTÉE SUR LE SECOND THÉÂTRE-FRANÇAIS, LE 26 AOUT
AVANT-PROPOS
Cette tragédie voit le jour pour la première fois, biea qu'elle ait essayé déjà de se produire dans le monde. C'était en août 1830 , un mois à peine après la révolution de juillet. En répétition depuis longtemps, elle était à la veille d'affronter les dangers de la représentation , lorsque parurent les ordonnances datées de Saint-Cloud ; la colère des Parisiens marcha plus vite que la mémoire de mes acteurs, et une révolution était accomplie quand le rideau put se lever. Les élèves des écoles de Droit et de Médecine, spectateurs habituels de rOdéon , avaient pris une part fort active aux combats des trois journées ; tout chauds encore de leur victoire sur la dynastie des Bourbons , ils apportèrent au théâtre peu de sympathie pour les infortunes des princes Mérovingiens, et, dès le second acte, ils entonnèrent en chœur /a Marseillaise et la Parisienne ; alors je fis baisser la toile, et le chant de M. Casimir Delavigne , qui avait poussé dans l'exil un roi de la troisième race , précipita dans la tombe un roi de la première. Je n'appelai point de cet arrêt si gaiement formulé en vaudevilles révolutionnaires, et ma tragédie rentra dans mon portefeuille.
A présent qu'elle en sort , et que j'ai raconté sa mésaventure , un mot sur le sujet et sur la pensée dominante de l'ouvrage. Le Roi fainéant pourrait être considéré comme une suite du Maire du
Palais^ car les souvenirs et le nom d'Ébrom se retrouvent plus d'une fois dans la bouche de Pépin d'Héristall. C'est qu'en effet, dans les deux pièces, j'ai voulu montrer ces ministres audacieux qui, durant un siècle, ont asservi les rois à leur insolente tutelle, et qui, dévorant le trône en espérance , mais arrêtés par ce vieux respect qui protégeait le sang de Clovis , ne laissaient à leurs maîtres qu'un titre sans puissance, et préparaient de tous leurs efforts l'élévation future d'une race nouvelle. Dans le Roi fainéant , une étude plus sévère de l'époque que je désirais peindre m'a permis de donner des couleurs plus vraies à mou tableau ; aucun effort ne m'a coûté pour retracer, aussi fidèlement que le comporte le drame , les mœurs , les usages, les croyances et les superstitions de ces temps reculés ; et , tout en tâchant de conserver dans l'exécution de cette tragédie les qualités qu'on avait bien voulu reconnaître dans mes précédentes compositions dramatiques, je n'avais rien négligé pourque le dialogue decel leci offrît plus de simplicité , pour que l'expression fût plus ferme et plus concise, pourque le langage fût dépouillé de cette phraséologie poétique si souvent et si amèrement reprochée à la tragédie classique. Je croyais, et , je l'avoue , je crois encore y être parvenu : que le lecteur juge et prononce.
LE ROI FAINÉANT
PERSONNAGES
CHILDEBERT III , fils de Thierry III.
Le Duc PÉPIN D'IIÉRISTALL.
CHARLES, son fils.
RADBOD, duc des Frisons.
GISLEMAR, comte du palais.
SIMM\QUE, précepteur de CJiildebert.
ADALRIC, comte de Cahors.
WAYMER, duc d'Angers.
HERMENAIRE, évéque d'Autun.
EPTADIUS , noble (,'aulois.
THEUDERIC, Germain.
Phemieb (iviLOIS.
Dei xiÈME Gallois.
Phe>iieb Soldat Germain.
Delxième Soldat Germain.
CHLODSINDE , esclave Gauloise.
Seicnelbs Fbancs et Gallois, Soldats Gebmains, Pbé- LATS, Moines, Peuple, Esclaves.
L'action a lieu en 696. — La scène se pusse au château de Compiècjne pendant le \", le 2' et le A' ocfe, et à Paris
pendant le 5° et le 5°.