SCÈNE PREMIERE
PÉPIN, LE DUC RADBOD, SYMMAQUE, Seigneurs Francs , Soldats de la suite de Radbod.
PÉPIN
C'est ici le séjour du jeune roi des Francs : ïu le verras bientôt, duc Radbod.
RADBOD.
Je comprends !
Enfermé dans les murs du château de Compiègne , Il mange , il dort , il prie , et c'est Pépin qui règne.
PÉPIN
Non ! vieilli dans les camps , dans les travaux blanchi , De soucis importuns mes soins l'ont affranchi ; Ecartant des périls sa frêle adolescence , Ma hache fait partout respecter sa puissance. Dans le royal asile , offert à ses loisirs , Ma lidèle amitié l'entoure de plaisirs , On l'honore, et , suivant nos antifjues usages , Pour moi sontles travaux, pour lui sont les hommages.
RADBOD.
Son partage est léger ! Mais que m'importe à moi ? Duc Pépin d'Héristall , je ne connais que toi ! Après dix ans, lassé d'une injuste entreprise , Tu veux laisser en paix les enfants de la Frise , J'y consens : et je viens pour sceller un traité Que nous respecterons , sans l'avoir souhaité ! Pépin nous a pu vaincre, et jamais nous soumettre. Enlin j'accomplirai ce que je vais promettre, Compte sur mon serment , si tu gardes ta foi ! Mais tu veux me montrer ton fantônie de roi ? Ilàlons-nous : je resj)ire à peine dans vos villes. Pépin , songes-y bien : plus de tributs serviles ! Nos troupeaux sont à nous , et nous les garderons ; Car mon peuple aime mieux la mort que des affronts.
PÉPl.N.
Par saint Denis ! j'estime et j'aime ta vaillance Rien ne troublera plus notre heureuse alliance , Duc de Frise , et pourtant je vois avec douleur Que ton âme , rebelle aux leçons du malheur , A it du Dieu des chrétiens méprisé la parole :
LE ROI FAINÉANT. —ACTE I
C'est le Dieu qui fait vaincre et le Dieu qui console . Que te sert (riionorer les autels impuissants Où ton erreur prodigue un criminel encens ? Pourquoi fuir notre culte et repousser nos prêtres ?
RADBOD.
Que je change de dieux ?. . . Puis-je changer d'ancêtres ? Leur souvenir m'est cher , leur culte m'est sacré , J'adore aveuglément ce qu'ils ont adoré ! Duc Pépin , pas un mot de plus sur ces matières. Je veux , dans peu de jours , repassant les frontières, De mes vieilles forets regagner les ahris , Car je suis à l'étroit dans les murs de Paris ! ISe perds donc point le temps en déhats inutiles.
PÉPIN
Je te plains : mais , avant d'ahandonner nos villes , De notre champ de mai tu seras le témoin ; Mes ordres sont donnés , et le jour n'est pas loin Où nobles Francs , Gaulois , leudes , clercs et laïques , Appelés à régler les affaires publiques , Viendront aux pieds du roi déposer leurs présents : Radbod à mon côté siégera.
RADBOD.
J'y consens 1 Notre culte diffère , et nos lois se ressemblent : Une fois l'an aussi nos vieillards se rassemblent, Un bois sacré sur eux étend son voile éjiais , Leur prudence conseille ou la guerre , ou la paix ; Mais les sages avis de leur expérience De mon peuple parfois lassent la patience, Et , s'ils veulent s'étendi*e en de trop longs discours , Le choc des boucliers en interrompt le cours.
PÉPIN
Avant que Childebert devant toi se présente , Il faut qu'avec ce clerc, dont la voix bienfaisante Enseigne au jeune roi les devoirs du chrétien , J'aie ici , duc de Frise, un moment d'entretien : Me le permettras-tu ?
RADP,OD.
J'entends, et je vous laisse :
Je sais dans quels devoirs il instruit sa faiblesse, Mes braves compagnons, fatigués du repos, De ces bois , avec moi , \ ont troul)ler les échos ; Ici, leur bras s'énerve , et leur hache se rouille : Je veux d'un sanglier t'aitporter la dépouille, Et , quand ton enfant-roi nous sera présenté , Nous lui paierons ainsi son hospitalité. A revoir, duc Pépin ! Compagnons , qu'on me suive !