SCÈNE II
CHLODSINDE, Folle de Gaulois.
PREMIER GAULOIS
Salut , fille d'Usmar , qu'on surnommait le brave 1
Vous la reconnaissez sous ses habits d'esclave ?
DEUXIÈME GAULOIS
Nous honorions ton père.
CIILODSIIVDE.
Il combattit pour vous.
PREMIER GAULOIS
Oui , contre les Germains.
CHLODSINDE.
Il tomba sous leurs coups, Et sa fille aujourd'hui gémit dans l'esclavage.
PREMIER GAULOIS
D'un peuple divisé que pouvait le courage ?
CHLODSINDE.
Sa teneur la vaincu plus que ses ennemis.
'J.ib
DEUXIEME GALLOIS
Aux ordres de Pépin le roi même est soumis.
CHLODSINDE.
Eli bien ! lassé du joug , s'il relevait sa tête ?
S'il vous disait : « A moi, Gaulois ! ma hache est prête !
» Nous avons trop langui dans un stupide effroi ;
» Debout ! Je me souviens que je suis votre roi !
» Détachez de vos murs ces lances , ces épées
.) Que dans le sang romain vos aïeux ont trempées !
M Que les brigands du nord vous retrouvent partout
» Armés, prêts au combat ! A moi. Gaulois ! debout !
1) Je peux tomber du trône, et n'en veux point descendre ! »
Vos bras oseraient-ils s'armer pour le défendre ,
Gaulois ?
PREMIER GAULOIS
Je donnerais cent ans du paradis Pour qu'il nous déli\Tàt de ces Germains maudits , Exécrables larrons qui viennent dans nos villes , Nous dépouiller !
CHLODSINDE.
Eh quoi ! toujours des vœux stériles I Tu ne me réponds pas , Gaulois : T'armerais-tu ?
PREMIER GAULOIS
Mais qui peut relever le courage abattu
D'un jeune prince au joug façonné dès l'enfance?
DEUXIÈME GAULOIS
De son peuple de Gaule a-t-il pris la défense ?
CIILODSI>'DE.
Ah! si , dès sa naissance , enfant abandonné, D'exemples corrupteurs il fut environné , Au lieu de l'accuser, Gaulois, il faut le plaindre! Mais de ce feu sacré , qu'on essaya d'éteindre , L'étincelle en son cœur se rallume , et vos yeux Le verront quelque jour digne de ses aïeux. De son réveil vengeur vous saluerez l'aurore. Espérez! espérez !... De l'aiglon , faible encore , Le regard s'est baissé devant l'astre du jour ; 11 vous semble promis aux serres du vautour!... Soudain un cri royal s'échappe et le révèle; Voyez-le s'élancer de l'aire paternelle , Voler vers son soleil , jeter partout l'effroi ; L'aigle a paru !... Les airs reconnaissent leur roi.
DEUXIÈME GAULOIS
l'^li i)ien! rompant les nœuds (jui l'enlaraient naguère, Que Childebert s'éveille et pousse un cri de guerre ! Et, comme ses aïeux, porté sur le pavois , Il régnera !
CliLODSUNDU.
Courage I