SCÈNE III
Les Mêmes ; Soldats germains ; puis PÉPIN , RADBOD ; Seigneurs francs et germains.
UN SOLDAT, à la foule des Gaulois.
En arrière , Gaulois !
Place à notre seigneur le duc Pépin ! arrière ! Les Gaulois et Chlodsinde s'écartent ; Pépin , Rabdod et leur suite s'avancent sur la scène.
RADBOD.
Enfin de vos prélats a cessé la prière.
PÉPiN.
Radbod s'étonne-t-il qu'en ce jour solennel Nous ayons invoqué l'appui de l'Éternel ? J'espérais que l'aspect de nos cérémonies , Des instruments sacrés les douces harmonies , L'éclat de ces flambeaux, sur l'autel allumés : Cet encens qui montait dans les airs parfumés , Ces voix pures de Dieu célébrant les merveilles , Charmeraient à la fois ses yeux et ses oreilles . Et qu'à la vérité ses yeux peut-être ouverts...
RADBOD.
Vous nommez votre dieu le dieu de l'univers ! Il me semble à l'étroit dans ces églises soml)res , Dont vos flambeaux à peine éclaircissent les ombres. Nos forêts sont le temple où nous cherchons nos dieux , Et nous les adorons à la clarté des cieux. Mais de ton jeune roi j'admire la conduite , Duc Pépin ! Des prélats qui viennent à sa suite , Avec recueillement écoutant les discours , De tes prudents avis repoussant les secours , Il semble dire au peuple , ému sur son passage : <i De mon métier de roi je fais l'apprentissage ; » J'ai rompu ma lisière ; et , las de me courber, 1) Jemelève,etje marche! »
PÉPIN
Oui!. . . mais on peut tomber !
RADBOD.
Je comprends le dépit dont ton âme est saisie.
PÉPIN
Non , Radbod , qu'il se livre à cette fantaisie Dont le Gaulois s'étonne, et dont rit le Germain. Un sceptre est bien pesant pour cette jeune main ! De le porter bientôt tu la verras lassée.
(AGislcmar. )
Mes ordres sont remplis ? et la table est dressée
LE ROI FAINÉANT. —ACTE III
Sous cède riche tente , où du ban(iuet royal Les instruments guerriers donneront le signal , Gislernar ?
GISLEMAR.
Tout est prêt.
PÉPI-N.
C'est bien. Le roi s'avance.
SCÈiNE IV.
Les Mêmes, CHILDERERT, CHARLES, SYM- MAQUE,WAYMER, Prélats, Moines, Chefs
GERMAINS, SeIGAEUUS FRANCS ET GALLOIS, SOL- DATS, Peuple, Esclaves.
CHILDEDERT. à un moine.
Oui , saint abbé , je veux doubler la redevance Qu'à votre monastère acciuiltent tous les ans Des campagnes de Tours les pieux paysans. Aux maisons du Seigneur prodiguons les largesses , Si nous voulons que Dieu bénisse nos richesses.
PÉPIN
Roi des Francs , placez-vous sur ce trône. CHILDEDERT, l'écartant d'un geste.
Plus loin !
Je prendrai vos avis quand j'en aurai besoin. Il faut montrer aux Francs qui de nous est leur maître.
CHARLES , à demi-voix.
Mon père !
PÉPIN , de même. Calme- toi!
(A Symmaque, sur le devant, pendant que Childcbert va s'asseoir sur le trône , cl que tout le monde prend place sur les sièges.)
Vous me direz peut-être Sur qui je dois , Symmaciue , arrêter mes soupçons ? Est-ce donc là le fruit de vos sages leçons ? Clerc insensé ! Mes lois veulent être obéies. En Gaule il est encor de riches abbayes , Mais on y trouve aussi des cloîtres redoutés, Oii s'éteignent les jours dans les austérités.
SYMMAQUE
D'un injuste courroux calmez la violence. Dieu, qui lit dans les cœurs, sait que jamais...
PÉPIN
Silence !
Mes doutes avant peu s'éclairciront.
SVMMAQUE , à part.
Hélas!
Défends Chlodsinde, moi je ne l'accuse pas , Mon Dieu I
PÉPIN
L'heure est venue. Au nom de la croix sainte, Au nom du jeune roi (pii siège en cette enceinte , A ce i)laid solennel Gaulois, Germains et l'rancs , Sont conviés par nous... Soldats, ouvrez vos rangs ! ( Les soldats qui contenaient la foule font place, et le fond du théâtre ainsi que les côtés s'emplissent de monde. ) j Qui s'avance?
ADALKIC.
Adalric.
Approche , noble comte.
De désastres nouveaux viens-tu nous rendre compte.' Ta cité de Cahors , aux coteaux si féconds , Est-elle enfin tranquille et libre? Et les Wasoons , Brigands aux pieds légers , sortis de leurs montagnes , Ont-ils encore osé désoler tes campagnes ? De nos récents comliats se sont-ils souvenus ?
ADALRIC.
La terreur de ton nom , duc , les a retenus. Naguère ils ont appris par quels coups tu nous venges, Et n'ont point essayé de troubler nos vendanges ; Ils semblent sommeiller, mais pour quelques instants ; Les larrons, tu le sais , ne dorment pas longtemps.
PÉPIN
Souvent leur course agile a trompé nos poursuites ; J'irai surprendre un jour ces lièvres dans leius gîtes. Qu'ils tremblent , si jamais ils troublent ton repos !
WAV MER.
Les Bretons ont encore enlevé les troupeaux Que nourrissait la Loire en ses gras pâturages.
PÉPIN
Il est temps d'arrêter leurs éternels ravages. Waymer, prends patience. En ta ville d'Angers Tu dormiras bientôt à l'abri des dangers , Car j'irai sous tes murs déployer mes enseignes. CIIILDEBERT, qui a déjà donné des signes d'impatience, fclèvc. Lui ! toujours lui !.. . Pépin, est-ce donc toi qui règnes? Dois-je ici seulement écouter tes discours ?
PÉPIN
Pourquoi de nos travaux interrompre le cours ? Ce sont choses qu'ignore encor votre jeiuic âge. Des Gaulois et des Francs vous recevrez l'honiuKigc: Reprenez votre place. Attendez, seigueiu' roi, El des soins de l'état rep» sez-vous siu' moi.