‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 296 sur 560 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les Mêmes , hors de la tente ; la tente s'ouvre , on voit à table CIIILDEHERT , PEPIN , CHARLES, RADliOD , ADALRIC , WAYMER , HERME-

NAIRE , des PRÉLATS , DES GUERR1EI\S FUA.NCS

ET gaulois; DES ESCLAVES portent dcs amphores 1 et versent à boire aux convives.

CHILDEBERT, la coupe à la main.

A boire , esclave ! E)i bien ! duc des Frisons ,

LF ROI FAINÉANT. — ACTE III

Es-iu las de \ider la coupe où nous puisons L'oubli des maux? crois-moi, l'amphore est encor pleiae , Et le soleil mûrit les vignes d'Aquitaine ! Imite-moi : je bois à notre heureux traité !

RADBOD , buvant.

Qu'il t'en souvienne donc , et qu'il soit respecté !

Oui , j'en veux , duc Radbod , conserver la mémoire ! Ne crains rien ! Maintenant c'est moi qui règne!... A boire ! (Un esclave verse et il boit." PÉPIN.

L'insensé !

CHARLES, à Pépin.

L'entends-tu ?

CHLODSINDE, à part.

Le malheureux se perd .'

CHILDEBERT

Que ce breuvage est doux !

CHLODSIXDE , s'approchant du roi et à demi-voix.

Ne bois plus , Childebert !

CHILDEBERT

Ah ! Chlodsinde , c'est toi ! ma joie est sans égale ! Ta présence manquait à la fête royale:

Toi, qui sais de ma vie embellir les instants, Pourquoi donc de mes yeux t'écarter si longtemps ? Approche ! Que ta main se charge de l'amphore ; Versés par toi, nos vins seront plus doux encore ! Tu balances ?

CHLODSINDE , qui a pris lamphore des mains d'un esclave. Mon Dieu !

CHILDEBERT

Verse-nous l'hydromel !

Qui sait ce que demain nous réserve le ciel?.... Mais j'ai de t€savis gardé la souvenance!

CHLODSLNUE.à part.

Que va-t-il dire?

CUILDEBEUT.

As-tu fait un vœu d'abstinence , Pépin ?

PÉPIN

Les soins nombreux dont je suis entouré....

CIHLDEBERT.

Bois donc , car dès demain je t'en délivrerai !

PÉl'LN.

Que dites-vous ?

CUILDEBEUT.

Je veux connaître aussi la gloire.

PÉPIN , avec ironie.

D'où vous vient ce désir?

CHILDEBERT

Tu l'apprendras!... A boire !

PÉPIN, à part.

De l'insensé déjà s'égare la raison ; Il va bientôt lui-même éclaircir mon soupçon ! Cette esclave gauloise...

(Haut.)

Hé bien ! qui vous arrête ?

Duc Radbod , nobles Francs , prolongeons cette fêle ; L'aspect de vos plaisirs est un bonheur pour moi , Je veux les partager!

(11 prend sa coupe.) Qu'on verse à boire au roi !

Ah ! duc Pépin , voilà ta meilleure parole !

PÉPIN

Amis , n'oublions pas que le plaisir s'envole ,

Que peut-être avant peu , couchés dans le cercueil..

CHILDEBERT

Trêve aux chagrins!... Buvons!

CHLODSINDE, à part.

Il le pousse à l'écueil !

PÉPIN

Maintenant , écoutez , avant qu'on se sépare,

Ce que le roi des Francs par ma voix vous déclare ,

Leudes , Gaulois , guerriers , vous tous ici présents !

CHILDEBERT, souriant.

Écoutons !

PÉPIN

Au tribut qu'ils doivent tous les ans Les peuples de Thuringe ont osé se soustraire . Hàtons-nous de punir cet oubli téméraire ! Puisque , dans leurs forêts soigneux de se cacher , Ils gardent le tribut... il faut l'aller chercher! A ces peuples sans foi reportons les alarmes ! Sous les remparts de Worms soyez avec vos armes Dans trente jours! Mon fils, Charles, vous attendra. Car c'est lui , cette fois , qui vous commandera!

CHILDEBERT

Ton tils !

Vous acceptez le chef que je vous donne?

FOLLE DE GUERRIERS GERMAINS ET FRANCS

Gloire à Charle !

CHILDEBERT

Arrêtez !... Voleur de ma couronne , Exrcrable larron ! oses-tu bien ainsi Leur couuuander ? C'est moi qui suis le maître ici ! Qu'on m'écoute !

...N:.-.xr. — AC

PÉPIN

Calmez cet imprudent délire.

CHILDEBERT

C'est moi seul aux combats qui prétends les conduire.

l'ÉI'l>-.

Vous ?

GUERRIERS GERMAINS ET FRANCS

Oh ! oh !

PÉPIN

Ce breuvage a troublé vos esprits.

SYMMAQL'E , s" approchant du roi.

Seigneur!...

Te voilà , toi qui ne m as rien appris ! Quitte ces lieux , va-l'en ! Redoute ma colère ! De tes soins à Péplii demande le salaire. (H rit.)

Ah , ah !... Tu me poursuis dim regard éloiiné, Duc Pépin ! Tu croyais me tenir enchaîné ' Mes fers sont rompus ! . . . Viens , mon ange tutélaire , Toi, dont l'aspect m'enchante et dont la voix m'éclaire, Toi , qui sais dans mon cœur réveiller ma vertu , Jouis de ton ouvrage! approche! Où donc es-tu ? Chlodsinde !

CHLODSINDE,

Malheureux '.

CHILDEBERT

Qui te retient?

PÉPLN , à part.

C'est elle!

CHLODSINDE.

Ali ! tu viens de dicter ma sentence mortelle , Cliildebert !

CHILDEBERT

Que crains-tu ? ne suis-je pas le roi? PÉPIN', à part, le connais la coupable !

CniLDElîERT.

Oh! reste près de moi!

Je bois à ta beauté !

(H boit.)

(A Pépin.)

Toi , traître , je te chasse !

Sors d'ici ! Je bannis loi , tes fils et ta race , Va-t'en !

PÉPIN

( Il se lève , tout le monde limite ; le tumulte saccroit.) Par saint Denis ! j'ai trop longtemps souffert !

GUERRIERS GERMAINS ET FRANCS

Honneur au duc Pépin !

GALLOIS

Hommage à ChilUeberl !

CHILDEBERT , avec joie en entendant son nom. Ah!...

PÉPIN, à demi-voix.

Le peuple applaudit!... Calmons-nous !

CHILDEBERT, s'animantdeplusen plus.

Une lance!

GUERRIERS GERMAINS ET FRANCS

Pépin ! le duc Pépin !

GAULOIS

Honneur au roi !

(Le tumulte est au comble. )

PÉPIN , d'une voix terrible.

Silence !

(A chiklebert avec calme.) Pourquoi tant de fureurs ?

CHLODSINDE, à Childebert.

Reviens à toi ! reviens !

CHILDEBERT , dans le dernier degré de la colère et de l'ivresse. Non! je veux le briser comme ma coupe!... Tiens ! (Il jette sa coupe à la télé de Pépia; Charles se lève avec rage en mettant la main sur son épée ; Cliildebert tombe sans mouvement.)

CHARLES

Vengeance ! Il t'a ftappé !

Page 1