‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 304 sur 560 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Lesmê.mes, GTSLEMVR.dks Moines, des Rei.i-

CIEl SES, DES SoLD.VrS (lEUMAIXS.

GISLKMAR , à Chlodsinde.

Esclave , qu'on me suive !

CHlLDEliERT.

Qu'enlends-je:'

LE ROI FAINÉANT. —ACTE IV

CHLODSINDE , avec terreur.

Childebert!

CHILDEBERT

Qui m'ose ici braver ?

SYMMAQUE

Grand Dieu

CHILDEBERT

Que voulez-vous , malheureux ?

GISLEMAR.

Vous sauver!

CHILDEBERT

Moi

GISLEMAR.

Par d'affreux soupçons Chlodsinde est poursuivie ; Je l'accuse !

CHILDEBERT

Sais-tu qu'il faut prendre ma vie Avant de l'arracher à mon amour ? Sais-tu Que sur ce noble front , trop longtemps abattu, Ton roi veut, dès demain , placer un diadème , Qu'il la faut respecter ?... Oh ! toi seule que j'aime , Viens , viens , ne tremble pas , Chlodsinde.

CHLODSINDE.

Défends-moi I Ils m'assassineront !

CHILDEBERT

Ah ! bannis cet effroi !

Et toi , dont la fureur l'outrage et la menace , Je suis , je l'avouerai, surpris de ton audace. Que veux-tu ? Sors d'ici î Regarde ces Gaulois ! De leur seigneur et maître ils entendront la voix ; J'ai reçu leurs serments , et leurs mains sont armées !

( Aux Gaulois. )

Élevez sur son front vos lances, vos framées;

Chassez de mon palais ces indignes soldats !

(A Gislcmar, )

Toi , si tu l'oses , viens la prendre dans mes bras !

CHLODSINDE.

Tu ne souffriras pas qu'il m'arrache la vie!

Que je périsse avant que tu me sois ravie ! SCÈNE VllI.

Le.S MÊMES , PÉPIN.

PÉPIN

Quel tumulte ! Pourquoi ces fureurs?

CHILDEBERT

Te voici !

Viens-tu donc , en ce lieu , nous menacer aussi , Duc Pépin ?

PÉPIN

De ces cris je demande la cause.

GISLE.VAR.

A l'ordre des prélats le roi des Francs s'oppose.

PÉPIN

Comment ?

CHILDEBERT

Qu'oses-tu dire ?

GISLEMAR.

Oui ! je viens, en leur nom , Réclamer cette femme , esclave du démon , Qui , souillant ce palais d'infâmes sortilèges , Par des discours impurs , païens et sacrilèges , Du roi , notre seigneur , a troublé la raison , Et versé dans son âme un damnable poison.

CHILDEBERT

Que dis-tu ?

Malheureuse ! oh ! que Dieu me défende !

GISLEMAR.

Devant nos saints prélats il faut qu'elle se rende.

CHLODSINDE.

Croiras-tu , Cliildebert , à ces affreux discours? Non ! je suis à tes pieds! j'implore ton secours! Ne m'abandonne pas !

CHILDEBERT , la relevant.

Oh ! oui , c'est un mensonge !

GISLEMAR.

Regardez la terreur où ce seul mot la plonge ! On a vu , cette nuit , sous de hideux lambeaux , Des spectres réveillés sortir de leurs tombeaux. Qui n'a pas entendu les voix , les cris funèbres , Des esprits infernaux hurlant dans les ténèbres?

CHILDEBERT

Ah! quel souvenir!...

GISLEMAR.

Dieu lui-même parle ici I Voyez comme le ciel soudain s'est obscurci ! Entendez-vous au loin les éclats de tonnerre? Frémissez ! Sous mes pas je sens trembler la terre ! Dieu grave ses forfaits sur son front interdit ; Regardez sa pâleur !... qui de l'ange maudit Près d'elle peut encor méconnaître la trace? Moi , comte du palais , issu de noble race , Je l'accuse !

Lli ROI FAINÉANT. -ACTE IV.

CIILODSINDE.

Arrêtez !

OISLKM.VR.

Dans le banquet royal , Mystérieux agent du pouvoir infernal , Sa main tenait l'amphore , et de ses maléfices Le doigt vengeur de Dieu révéla les indices ! Le souffle des démons échauffait les esprits ; Le roi des Francs lui-même, à nos regards surpris, Tomba , se débattant sous l'infâme prestige Qui jeta parmi nous la haine et le vertige !

tHILDEnCRT.

Mon Dieu , s'il était vrai?... Cette nuit, à mes yeux , Un avis solennel est descendu des cieux : J'appartiens au démon , disait la voix fimeste.

GISLEMAR.

Oserons-nous braver la colère céleste ?

iVon! Je viens accuser Chlodslnde , et des prélats

Elle entendra l'arrêt. Marchons !

CHLODSINDE.

Je n'irai pas.

Quoi ! vous prêtez l'oreille à la voix qui m'accuse ! Vous ne punissez pas cette exécrable ruse , Gaulois!... vous vous taisez? Vous tremblez devant lui? Auprès de Cliiklebert suis-je donc sans appui ? Ah ! des moments passés rappelle la mémoire .' Qu'ai-je fait? ton bonheur! Qu'ai-je %oulu? ta gloire ! Souviens-toi des conseils qu'ici je te donnai ! Ont-ils flétri ton cœur? Enfant abandonné, Tu m'implorais naguère?... A présent je tim[)lore. Childebert , tu m'aimais !

CHILDEBF.RT.

Hélas ■ je t'aime encore '■

CHLODSINDE.

Eh bien ! ne souffre pas qu'on m'arrache d'ici '■

PÉPJN.

Contre un arrêt sacré pourquoi lutter ainsi ? Femme, un Gaulois t'accuse l . . avec raison peut-être ! . . Devant un saint synode il faudra comparaître ; Qui pourrait te soustraire à l'ordre des prélats ? Gardons-nous d'oublier (|u"eu de pareils débats A l'Eglise appartient de punir ou d'absoudre ; Et dans la main de Dieu n'irritons pas la foudre!

CHILDEBERT , effrayé.

Ciel!

l'KI'lN.

De Fontanella le cloître révéré Offre à l'esclave impure un asile sacré ; Pour juger son forfait l'Eglise la réclame! Voulez-vous à ses lois disputer cette femme , Roi Childebert?

CHILDEBERT

L'Eglise!... Ah ! malheureux !

CHLODSINDE.

Non , non !

Loin de moi , loin de moi , cette horrible prison '

GISLEMAR.

Voyez-vous ? le démon s'en empare '■

SUITE DE GISLEMAR.

En arrière !

GlSLE>fAR.

Anathèine! anathème !

SUITE DE GISLEMAR.

Oui , mort à la sorcière !

CHLODSINDE , indiquant les Gaulois qui demeurent immobilei et consternés.

Les misérables 1 tous ils demeurent sans voix !

(A Childebert.)

Toi , (pie je prie encor pour la dernière fois , Childebert, ta Chlodsinde est pure de tout crime; A ses persécuteurs arrache la victùne.

Elle avait , disais-tu , son refuge en tes bras?... Défends-moi • défends-moi?

CHILDEBERT , d'une voix faible, et avec une grande émotion. Tu te justifieras!...

CHLODSINDE. se reîevônt avec impétuosité. Ah ! tu me fais pitié !... Roi , né pour l'esclavage, Garde les fers !... Ce mot m'a rendu mon courage ! Je rougis : Devant toi j'ai pu courber mon front ; Je te croyais un homme!... Ils m'assassineront! Ma force est réservée à d'horribles épreuves!.... Tu peux de mes forfaits leur apporter les preuves, Ils te sont tous coiuius!... Allons, il faut mourir; Viens recevoir do moi l'exemple de souffrir, Viens , viens apprendre enfin quelle était celti^ femme, Qui, dans ton sein royal , a cru trouver une âme ! Me voilà prête !.. Adieu !..(pron ouvre ma priî^on •... Childebert , ce sera ma dernière leçon!

(Elle va se livrer à Gislemar ; Chiklelierl éperJu tend les bras vers elle. La toile tombe. )

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