PÉPIN , SYMMAQUE
PÉPIN
Oui , l'instant est venu : de l'enceinte sacrée
Aux laïques bientôt on ouvrira l'entrée ;
Le jugement divin, son unique recours,
Est permis à Chlodsinde , et peut sauver ses jours ,
Symmaque.
SYMMAQUE
Les prélats ne l'ont point condamnée.
PÉPIN
Mais ils n'ont pu l'absoudre : en ce cloître amenée , Elle invoque aujourd'hui la justice de Dieu ; Nous la verrons soumise à l'épreuve du feu : Tout un peuple sera témoin de ce spectacle.
SYMMAQUE
Le ciel en sa faveur fera-t-il un miracle ?
PÉPIN
Si son cœur reste pur , en pouvez-vous douter? Tout est prêt ; et c'est vous qui devez l'assister Alors que , sous la main de la coupable femme , Du brasier consacré s'allumera la flamme. S'il est vrai que l'erreur ait dicté le soupçon Qui déclare Chlodsinde esclave du démon , Dieu l'absoudra lui-même , et la flamme impuissante Brillera sans danger sous sa main innocente : Attendons du Très-Haut les décrets solennels ! Mais le roi , que fait-il ?
SYHMAQUE.
A ses chagrins cruels Depuis trois jours entiers son ûme s'abandonne : A l'excès de ses maux que le Seigneur pardonne ! De ses devoirs pieux il s'affranchit : souvent Il veut ravir Cidodsinde aux murs de ce couvent, Des blasphèmes affreux s'échappent de sa bouche ;
Puis muet , immobile , étendu sur sa couche , Il voit fuir sans sommeil et le jour et la nuit.
PÉPIN
Dans ce cloître sacré vous l'avez introduit?
SYMMAQUE
Oui, seigneur duc.
PÉPIN
Le temps calmera son délire.
SYMMAQUE
A l'aspect de ces lieux , où Chlodsinde respire , Il a versé des pleurs.
PÉPIN
Eh bien ! il la verra :
Peut-être à son amour le Très-Haut la rendra ! Le moment solennel approche ; il doit l'attendre. Consolez sa douleur ; restez , je crois l'entendre , Il le faut préparer par des discours pieux Au spectacle imposant qui va frapper ses yeux.