‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 327 sur 560 · BYRON, TRELAWNEY · texte numérisé non relu

BYRON, TRELAWNEY

BYRON

Quels sont ces papiers , mon ami ?

TREL.WVNEV.

Regardez ! . . . cela vous concerne.

BYRON , prenant des papiers sur la table. ' Ah !... des journaux qui me calomnient !... Voilà donc tout le prix de mes travaux !

TRELAWNEV.

Que ne puis-je vous en débarrasser !... Quel diable de pays que celui où l'on ne peut pas seulement jeter son ennemi à l'eau , ou brûler sa propre maison ! Je ne puis respirer ici!... parlez-moi du métier de corsaire.

liYUON.

Oui , ce que la société flétrit du nom de crime vaut mieux que ses vices cachés , ou même que ses vertus hypocrites auxquelles personne ne croit.

TRELAW^iEY.

Parlez-moi de la liberté du désert , où mon cheval, sans frein , parcourait l'étendue , emporté, fougueux , sans but, sans obstacle !... c'est vivre cela !...

BYRON

Et la vie , telle qu'on nous l'a faite en Europe , est si misérable!... C'est bien la peine, en vérité!... quand on en retranche l'enfance , espèce de végétation , le sommeil , les repas , le temps passé à s'habiller et à se déshabiller , que reste-t-il de vérital)le existence ?. . . l'été d'une marmotte ! ... et encore qu'en fait-on?... Qui diable a pu arranger un monde tel que le nôtre , inventer des rois , des académiciens , des dandys et des vieilles.femmes ?

TRELAWNEY . souriant.

Et des jeunes qui nous échappent.

BYRON

Ah! tu veux parler de l'Anglaise voilée... il y a huit jours!., n'y pensons plus!... Mais quevois-je? une lettre!... Trelawney... l'adresse... c'est son écriture.

TRELAWNEY

L'écriture de lady Byronl...

BYRON

Tu avais jeté ce paquet avec les autres; tu n'avais donc pas deviné, Trelawney?... Ah! je n'ose ouvrir !.. . ma main tremble ! . . .

TRELAWNEY

En vérité, d'après l'opinion (pie vous avez donnée de vous , qui pourrait croire lord Byron ému à ce point en recevant une lettre... de sa femme?

Mon bonheur... mon avenir... il est là peut-être! .. .

voyons!... (il ouvre l'enveloppe et trouve une lettre cachetée. ) Ciel "...

TRELAWNEY

Qu'y a-l-il ?

BYRON

Trelawney... c'est ma lettre !... ma lettre si tendre qui la suppliait de pardonner , au nom de nos amours, au nom de notre enfant ! . . . elle n'a pas été lue ! . . . elle n'a pas été ouverte !... toiU est fini!... Mais quel mépris !... quel horrible dédain !...

TRELAWNEY

Faites donc des calculs , des projets de bonheur sur les dispositions d'une femme!... c'est s'embarquer sans boussole pour affronter les vents et la tempête.

BYRON

Non!... elle m'entendra!... elle me lira malgré elle ! . . . elle n'a pas voulu des regrets de mon cœur , des confidences de ma pensée adressées à elle, à elle seule !... Eh bien ! elle saura , et tous le sauront aussi, de quelle amertume poignante elle a rempli mon âme!... on verra quelle blessure elle lui a faite, et l'on trouvera dans cette affection, brisée sur mon cœur , la cause et l'excuse de mes erreurs !... (Il se place à la table et écrit. )

TRELAWNEY

Que faites-vous ?

BYRON

Laisse , laisse-moi exhaler dans ces vers les sentiments qui m'accablent!... et que le journal qui va les recueillir et les imprimer porte sous les yeux de lady Byron , et malgré elle , ces expressions de ma douleur et de ma colère !

(Il écrit.)

De tous les châtiments que Dieu m'avait choisis C'est donc toi qu'il arma , moderne Némésis ?... Mais Dieu n'a pas coutume , en punissant le crime , De prendre le bourreau si près de la victime.

TREL.4WNEY.

Diable !... voilà un début qui promet ! BYRON , écrivant.

Quiconque sur la terre a connu la pitié

En pitié dans le ciel un jour sera payé :

Il n'en est point pour toi, qui neveux pas mentendrel

La malédiction sortira de ma cendre!

Des maux que tu mas faits crains de t'enorgneillir :

Tu semas des douleurs !... tu dois en recueillir!...

TRELAWNEY

Galanterie conjugale d'un nouveau genre.

BYRON , écrivant.

Poursuis, de ton époux clytinuiestre nii ralc, Cours irriter l'envie , (•veille le scandale ; Piiis(|ue c'est toi «iiie Dieu eliarsea de iiic punir,) luunolc mon i)résçnt avec mon a^cnir, Fais parler ce regard, dont le làelie artilice Ment sans prendre j. un lis la langue pour complice! Détours adroits, silence, liy|)OCritcs discours. Tu n'as rien oublié pour torturer mes jours !... " Te voilà maintenant, toi (pii formas l'orale , Debout sur les débris de mon triste naufrage. Et ton cœur froid triomphe insensible à mes cris, Quand un cœur tendre étouffe et meurt sous ces débris!

TRELAWNEY

Si elle n'est pas sensible à celle cpilre-là, quand elle l'aura lue dans le jouinal , elle y mellra de la mauvaise volonté '•

BYUON , se levant.

C'en est fait ! (eus les liens sont brisés ; je n'ai plus de patrie, plus de famille !... ma vie , j'en peux disposer; ma fortune, je peux l'employer librement! tiu'elles servent l'une et l'autre à affranchir un peuple esclave ! . . .

TRELVWNEY.

Bravo!... des dangers , des combats !... nous allons nous amuser |... El je vous dirai, à ce sujet, que la conspiration du comte Oroboni marche grand train ; tout se prépare pour frapper un coiq) décisif.

CVUON.

Nous serons à lui , Trelawney , corps et âme !

Tr>i:LAWNEV.

Il n'y a pas de doute à cela ; mais r(''nssirons-nous ? Les baïonnettes autrichiennes sont nomlireuses, les espions ne manquent pas, et M. de Mellernich est malin!...

r.YRON.

Eh bien ! si là encore nous attend une déception, si le bon droit succombe, la Grôce nous appelle, ïrelawney !... je n'ai point été sourd à .sa voix : dtjà le vaisseau l'Hercule est dans le porl ; il renferme des armes et ime partie de ma fortune... Va , recrute encore des soldats, dispose tout!... Les âip.es comme les nôtres sont méconnues et repous.sées dans celte société des petits intérêts et des petits vices bctssement déguisés; nous irons chercher ime société à reconstruire sur les bases de l'honnem', du courage et de la vertu!... et, .si j'échoue... peut-être quand, froiil et gl:icé , mon <'(rur reposera sous le marbre des tombeaux, elle se roitentiia et proudia pille pour mes douleiu's !

thel.vw.nky.

Ecartez ces idées!... chaque fois qu'elles touchent à votre âme , il en sort des pensées amères et désespérantes !... Songez à la gloire , aux joyeu.«es amours, à la folie !... Tenez, je ne vous ai pas conté cela , j'en avais fait une, moi, pour ressaisir l'Anglaise mystérieuse qui nous échappait; je ne sais (piel mauvai.s génie est venu à son .secours et l'a tirée de mes mains !

BYRO.N.

Je n'y veux plus penser!... et d'ailleurs un .seul mouvement de curiosité me dirigeait.

( Il s'assied et appuie sa tête dans sa main , comme abîmé dans U douleur. )

TRELAWNEY

.l'avais aperçu son visage ; elle est . ma foi , jolie.

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