‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 329 sur 560 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

TRELAWNEY, GUITTA.

TREL.UVNEV.

Vous disiez donc , Guitta ?

GUITTA.

Je disais que le lutin qui vous a joué le mauvais tour de faire disparaître la dame n'est autre que Guitta.

TUELAAVNEV.

Comment est-ce possible ?

GUITTA.

Oh ! mon Dieu ! c'est avec les meilleures intentions du monde. J'étais assise sur l'autre bord du fossé on le postillon gagnait loyalement votre argent ; car la voiture était entièrement brisée , et la dame n'avait

pas une égratignure. Mais' la route était superbe , quarante pieds de large , et pas le moindre embarras ! . . . La bel!e Anglaise s'est doutée que son conducteur avait de bonnes raisons pour faire une semblable maladresse , et sa première pensée a été de lui échapper !... Je courais à elle... elle vint à moi... et , pendant qu'on s'occupait à relever la \ oiture , nous nous cachâmes si bien derrière les arbres voisins , qu'on ne nous découvrit pas. Je la conduisis en lieu siir; puis, le lendemain, je la ramenai à Venise. Elle voulait se remettre en route tout de suite; mais une indisposition l'a contrainte de différer son voyage. Depuis huit jours , elle vit incoimue et cachée aux regards de celui qu'elle accuse de lui avoir joué ce mauvais tour, et je vois maintenant que c'est vous. Eh bien ! que dites-vous de cela ?

TRELAAV.NEY.

Je suis vaincu!... Mais la dame vous a conté les motifs de son séjour à Venise ? pour qui elle y est venue ? pourquoi elle en était partie?... Vous savez son rang , son nom ?

GUITTA.

Moi? pas le moins du monde.

TREL.4.A^•^'EY.àpa^f.

Je comptais sur elle pour tout apprendre.

GUITTA.

A ma première question, j'ai vu une douleur si vive se peindre sur sa figure, que je n'ai pas osé continuer.

TRELAAVXEY, à part.

Il est dit que je ne saurai rien.

GUITTA.

Mais, aux discours qu'elle tenait quand elle se croyait seule , à l'intérêt que vous témoignez aujourd'hui , je crois que j'ai deviné.

TEËLAWiNEY.

Quoi donc?

GUITTA.

Ce que vous devez savoir mieux que personne.

TREL.\W>EY.

Moi?...

GUITTA.

Et si vous me dites tout , et (pie je voie que j'ai deviné juste , eh bien !.. .

TRELAWNEY

Eh bien?

GUITTA.

Je vous la ferai retrouver.

LORD BYROiN A VENISE, - ACTE II.

TRELAWNEY, à part.

Si c'est à celte condition, je ne risque pas de la voir de sitôt.

GLITTA.

D'abord vous êtes un inlidèle , un inconstanl.

Tr.ELAWNKY.

Par exemple !

fiUITTA.

J'en suis sûre.

TRELAWNEY

Oui-dà ?... Au fait , c'est possible.

Vous avez abandonné votre pays, votre famille, après leur avoir donné de i^rands sujets de mécontentement

TRELAWNEY

Je vous jure qu'ils me l'ont bien rendu.

GUITTA.

Vous avez dissipé votre fortune.

TRELAWNEY

Je n'ai pas eu de peine.

GUITTA.

Mais voici le plus horrible!... vous avez laissé là... votre femme.

rUELAWNEV.

Oh ! oh ! celui-là est curieux !

QUITTA

Ne niez pas!... avouez, au contraire... Je peux tout réparer.

TRELAWNEY

Vous pouvez me rendre ma femme?... Et des enfants aussi , peut-être ?

GUITTA.

Oui, monsieur!... votre fille... une fille de sept ans.

TRELAWNEY , se frappant le Iront , et à part. Ah ! mon Dieu !... Quelle idée !. .. (Haut.) Une fille, une fille de sept ans, Guitta?... Une Ànjjflaise, jeune, belle, charmante, qui se plaint de celui (ju'elle aimait, dont elle porte le nom ; qui fuit un infidèle, pleure un ingrat ?

GUITTA.

C'est bien cela !

TRELAWNEY

Ah ! Guitta! rendcz-ln au mari... (jui la regrette... qui ne peut vivre sans elle... C'est son bonheur (|ue j'implore!..,

GUITTA.

Comme vous voilà doux et suppliant !...

TRELAW.NEV.

Mais étes-vous bien sûre que ce soit elle ?

GUITTA.

D'abord , elle a l'air si triste et si malheureux , ([ue c'est bien certainement une femme mariée.

TRELAW.NEV.

Vous croyez ?

GUITTA.

Au tniiieu de ses larmes, elle parle de consolations dans un être qui lui est plus cher que sa vie : vous voyez bien qu'elle est mère.

TRELAW.NEV.

Après ?

GUITTA.

Elle plem-e un ingrat qui se perd pour ce monde et pour l'autre!... Ce doit être vous.

Merci.

GUITTA.

Elle dit qu'elle était venue à Venise pour essayer de toucher son cœur, pour s'assurer de la sincérité de son repentir ; mais qu'elle l'a trouvé si occupé de [»rojets et de plaisirs coupables, quelle a renoncé à le revoir jamais , et veut retourner à Londres , pour placer entre elle et lui une barrière insurmontable.

TRELAWNEY

C'est elle!... c'est elle!... Mais il n'en sera pas ainsi !... Guitta, allez la trouver! Peignez-lui les regrets , le repentir , les remords de l'époux qui peutêtre l'a offeasée; qu'elle le voie !... (pi'elle consente à le voir!...

GUITTA.

Elle n'y consentira pas.

TRELAWNEY

Dites-lui (ju'il s'agit de son bonheur, de sa vie . de son salut !... de tout ce que vous imaginerez !

GUITTA.

Toutes ces belles paroles ne feraient pas grand'chose; elle refuserait!... Pourtant vous m'avez louchée I... Et elle est si triste, si bonne , (|ue je voudrais la voir heureuse ! Tant qu'on aime, on pardonne!... mais c'est de [)rès !... Un mot , une larme de l'ingrat qu'on maudissait , obtient grâce en une minute!... Il faut donc une entrevue .sans qu'elle s'en doute à l'avance : elle n'est pas loin d'ici... il faut que je l'amène sans (pfelle soupçonne qui elle doit rencontrer. J'imairine un moven... Fiez-vous à moi.

TRELAAYXEY.

A merveille!... Ces femmes ont des ressources ; dans toutes les occasions difiiciles !... Je m'en rap- ] porte à votre adresse , Quitta , ainsi qu'à votre bon ' cœur; et ma reconnaissance... '

GLITTA.

Gardez ce mot-là pour les salons : je vous oblige , i eh bien ! en pareil cas , vous me le rendrez ; voilà tout !... Adieu , je vais chercher les moyens de la dé- i cider le plus tôt possible. Ne vous impatientez pas.

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