SCÈNE VII
TRELAWNEY , M. de SENNEVILLE.
TRELAWNEY
Quelqu'un ! . . . Ah !.. .
(Il continue à tout disposer pour fumer. )
SENNEVILLE
Lord Byron n'est pas ici?... Je précède madame la comtesse Oroboni qui espérait le rencontrer.
TRELAAYNEY.
Il est sorti , monsieur ; et Dieu sait où l'on pourrait le trouver maintenant ; il court peut-être à cheval sur le Lido , ou il traverse la Brenta à la nage.
SENNEVILLE
Je venais voir s'il a bien voulu donner des ordres , et si l'on peut , ainsi qu'il l'a permis , disposer de ce salon , qui communique d'une partie du palais Oroboni à l'autre , pour la fête qu'on y prépare. Il n'y a pas de temps à perdre.
Oui , oui , disposez !... Des fêtes, des comédies, des bals, tous les jours! Quelle existence!... Des cohues étouffantes où l'on ne peut ni respirer, ni marcher, et qui semb!eraient un travail insupportable si l'on était obligé de faire ce métier-là pour vivre!... Parlez-moi des spectacles de la nature!... Là , on reconnaît partout la puissance d'un être sublime et bon !... Mais votre monde , tel que vous l'avez arrangé , il a l'air d'être l'ouvrage d'un diable devenu fou \ {Il a pris du papier dans un panier, et VuUume à un candélabre.) Et je répète encore : vivent l'Orient et ma pipe !
SENNEVILLE, reconnaissant le papier.
Que faites-vous , monsieur ?
TRELAWNEY
Eh bien ! je l'allume.
SENNEVILLE
Mais avec quoi ?
TRELAWNEY
Avec un mauvais papier,
SENNEVILLE
Panlon!... mais ce papier... Permettez que je regarde.
TRELAWNEY, éteignant le papier et te lui remettant. Voyez ! . . ,
LORD BYllON A VENISE. - ACTE II
SENNEVIF.LE.
Dieu ! . . . mes vers à Bj ron !
TRELAWNEY
Vos vers?... S'ils sont mauvais, il vaut mieux qu'ils servent à allumer ma pipe qu'à ennuyer le public.
SENNEVILLE
Monsieur! vous me rendrez raison...
TRELAWNEY
Ce serait avec plaisir ; car je crois , en vérité , que vous l'avez perdue.
SENNEVILLE
Nous nous battrons , monsieur !
TRELAWNEY
Tantquevous voudrez ! c'est mon métier, à moi : je n'ai pas fait autre cbose depuis que je suis au monde. Touchez là!... Vous êtes brave, cela me réconcilie avec vous!... Dam! vous êtes un peu ridicule, un peu affecté!... Vous marchez comme si vous posiez devant un peintre ; vous parlez comme si l'on sténographiait toutes vos paroles ; mais , depuis quelques années , on a fait tant de grands hommes avec si peu de chose , que chacun se croit en droit de le devenir, et se place d'avance sur son piédestal !... Si j'ai le malheur de vous mettre demain au rang des dieux, ce sera votre faute!...
SENNEVILLE
Trêve de plaisanteries , monsieur ! Voici la comtesse.
TRELAWNEY
A la bonne heure ! Nous nous reverrons demain ; mais d'ici là , j'espère que vous réfléchirez.