SCÈNE XIV
RYRON , caché ; GUITTA et Lady BYRON.
GUITTA.
lintrez , madame , il n'y a personne.
LADY BYRON
OÙ me conduisez-vous donc '
Cette voix. . . il y a huit jours... et je ne l'avais pas reconnue ! . . .
OtJITTA.
Ne craignez rien, madame. {A part.) Oii est-il donc ? il a voulu sans doute me laisser préparer l'entrevue.
Vous vouliez, disiez- vous, m'éloigner du bruit qui troublait mon repos , me donner une retraite paisible pour les deux heures qui me restent encore à passer dans celte malheureuse ville de Venise , où je n'aurais jamais dû venir. Je vous ai suivie , car vous m'aviez promis que , du nouvel appartement choisi par vous, je pourrais partir sans être vue de personne, échapper ainsi à mes persécuteurs!... Cette salle éclairée, cebruitquiarrivejusqu'àmoi, me surprennent!... Mais vous-même, Guitta, vous semblez inquiète; vous cherchez, vous attendez quelqu'un... Oh! m'auriez-vous trahie? Que me voulez-vous? où suis-je ? pourquoi m' amener ici ?
GUITTA.
Je vous en conjure , pardonnez.
LADY BYRON
Pardonner ! . . . Quoi donc ?
GUITTA.
Je vous ai trompée.
LADY BYRON
Vous m'effrayez.
GUITTA.
C'est pour votre l)onheur.
LADY BYRON
Conmient?
GUITTA.
Il vous aime, il vous regrette, il veut vous voir.
Que dites-vous ?
GUITTA.
Je sais tout!... n"avais-je pas vu votre tristesse dans ces jours où je cherchais à vous distraire de vos souffrances? Ah ! mon cirur ne s'y était pas trompé ! la plus grande de \os douleurs venait de lame!... Vous aviez été pour moi si douce et si bonne .' . . . jugez de ma joie «piandj'ai su que celui (jue vous regrettiez vous aimait encore en secret , autant au moins qu'il était aimé !
BYRON , cache'.
Qu'enlends-je ! et c'est Guitta!. .
GUITTA.
Que tous ses désirs étaient de vous revoir.
LADY BYRON
Jamais !
GUITTA.
D'implorer un pardon que vous ne pouvez pas refuser.
LADY BYRON
Qui donc vous a donné le droit de me parler ainsi?
Votre malheur !... Vous souffrez ? im autre aussi souffre loin de vous!... Rapprocher deux cœurs malheureux par l'absence , voilà ce que la pauvre Guitta veut essayer. Je ne suis qu'une fille obscure , je le sais ; mais moi aussi j'aime ! et si celui que mon cœur a choisi était séparé de moi , ah! je bénirais la main (lui nous réunirait !
BYRON , à part.
Quel étrange mystère!... De qui donc parle-t-elle ?
LADY BYRON
Écoutez-moi : Guitta , je vous dois beaucoup ; vous m'avez sauvée d'un péril , et vos soins affectueux ont touché mon cœur !... Je m'étais imposé la loi d'y renfermer à jamais le funeste secret de mes souffrances ; j'ignore comment je l'ai trahi , mais vous seule au monde saurez que je quittai mystérieusement la retraite où j'ai pleuré, solitaire, pendant huit années! Les lettres de l'homme qui m'offensa si cruellement parlaient de repentir, j'avais résisté longtemps... je cédai enfin. ..je partis... Qu'ai-je vu pendant mon séjour à Venise? Ah ! sachez aussi, Guitta , que , trop convaincue de ses torts , je m'éloignerai sans le revoir et sans pardonner !.. .
GUITTA.
Oh! non , madame k.. Cette vie solitaire que vous avez menée , ce voyage que vous avez fait , cette voix qui se trouble en parlant de lui , tout me dit que vous l'aimez encore ! . . . Ah ! vous pardonnerez ! ... je le vois dans vos yeux. Il faut qu'il vienne !... où est -il donc?... pourtiuoi ne se montre-t-il pas ? il faut que je le trouve et que je l'amène!...
(Elle sort par la porte à droite du fond, et Byron paraît en scène.) LADY BYRON , le voyant.
C'est lui !
BYRON. à lady Byron.
Vous ici ! vous !
LADY BYRON , avec joie.
Pvron!...
BYRON
ftlais ces reproches cruels , ces mots d'offenses , de torts impardonnables ?
LADY BYRON
Puis-je m'en souvenir en sa présence ?
BYRON
Vous pardonnez?
LADY BYRON
J'oublie.
BYRON
Et vous aimez celui que vous avez repoussé si
longtemps ?
LADY BYRON
Son pays le rappelle; sa compagne l'est venue chercher!... Renoncera-t-il à tout autre intérêt, à toute autre espérance ? la suivra-t-il à Londres ?
BYRON
Je le jure!
LADY BYRON , lui tendant la main.
A vous, Byron !... et pour toujours !
GUITTA , qui est revenue , et s'avançant entre eux. Qu'entends- je?... lui!... vous!
Qu'avezvous , Guitta?
BYRON
Tout est découvert.
GUITTA.
Mais cela n'est pas ! . . . cela ne peut être !
BYRON , troublé.
Guitta!...
GUITTA , avec égarement.
Ma raison m'a-t-elle abandonnée ? je ne comprends rien !... je ne vois plus rien !.. {A Bijron.) Pourquoi êtes-vous là? qu'y faites-vous? (À lady Biiron.) Cet homme que vous aimiez, que vous cherchiez , qui est votre époux , le père de votre enfant , où est-il ?
LADY BYRON
C'est lui !... Ne le saviez-vous pas ?
GUITTA.
Quoi !... cette femme qu'il adorait encore , malgré sa cruauté et ses dédains ?...
LADY BYRON
C'était moi !
GUITTA , poussant un cri.
Oh !... mais cela n'est pcs vrai !... cela n'est pas possible !... ( Elle tire son stylet de sa ceinture. ) Dites que cela n'est pas vrai !...
BYRON , lui arrachant le stylet.
Guitta ! . , . malheureuse ! . . . qu'allez-vous faire ?
LOIID BYRON A VEiNISE. - ACTE 11.
GUITTA , revenant à elle.
Ah !... je vois tout niainlenant ! j'ai été indignement IroHjpée!... Oh! c'est infâme i
BYRON
Guilla !...
GUITTA.
Jeté répèlequec'est infâme!... Mais ne crainsrien!,.. C'est la mère de ton enfant!... tu l'aimes!... mon Dieu!... il l'aime !... Allons , il n'y a que moi de trop ici!...
LADY BYRON
Quel égarement!...
GUITTA.
Mylord. .. la pauvre Guitta vouspardonne! ... adieu !. . ( Elle sort en désordre. ) BYRON , faisant quelques pas pour la suivre. Oh !... je ne souffrirai point...
LADY BYRON , d'un ton de reproche.
Ah !... mylord !...
BYRON , à part , s' arrêtant.
Que faire ?