SCÈNE X
BYRON , LA COMTESSE , Foule qui arrive et .se grossit peu à peu , en se tenant dans le fond , puis SENNEVILLE.
la comtesse.
Milord!... j'ai mis votre obligeance à profit.
HVROIV.
Vous avez bien fait !.. . ( Bas. ) Et tout est préparé ?
LA comtesse, bas.
Tout!... je n'attends plus que la liberté de mon époux : au milieu de celle foule, nous passerons inaperçus.
HYRON . bas.
Comptez sur moi !... ( A la foule. ) Vénitiens hospitaliers, qui avez adouci l'amertume de mes chagrins, venez recevoir les adieux de Byron !... mais ce n'est point pour son ingrate et froide patrie qu'il va quitter ces doux climats.
LA COMTESSE
Comment ?
BYRON
Le sort en est jeté !.. c'est à la vieille Europe que j'adresse aujourd'hui ce solennel adieu !... Approchez tous, et écoutez ces vers , les derniers que ce beau ciel m'inspira :
Je suis né sur un sol où l'homme est Ger de naître .
La haine m'a proscrit, je pars!... Un jour petit-ètre
On y viendra chercher l'empreinte de mes pas...
Terre de mes aïeux , je ne te maudis pas !
Mais que mon cœur se glace avant que je foublii" ,
Pays aimé du ciel , noble et belle Italie!...
Que j'ai versé de pleurs sur ta captivité , .
vieux berceau de la gloire et de la liberté !
Ah ! des grands souvenirs mère auguste et féconde ,
Ton histoire fatale est l'histoire du monde :
La liberté se lève , elle règne!... .Sa voix
Éveille un [leuple enfant et fait tonner ses droits!
Bientôt son sceptre tombe aux mains de la victoire;
L'univers ébranlé frémit !... Et quand la gloire
A prodigué le sang et l'or des nations ,
Les vices , les besoins et les corruptions ,
Ue la gloire , à leur tour , dévorent l'héritage ;
Puis derrière eux se dresse et grandit l'esclavage!...
Ah ! de tes fers tu secoueras l'affront , Reine de la beauté, reine de l'harmonie ; Dans tes champs consolés les héros renaîtront .
Et ta couronne rajeunie D'un immortel éclat brillera sur ton front!
Et toi. Venise, adieu!... Sur cette mer tranquille , Debout, comme un vaisseau sur son ancre immobile , Tu m'apparais!... Ilélas, des joyeuses chansons Le Rialto nmet n'entend plus les doux sons ! .Sur ta tête ont passé treize siècles de gloire ; Qu'en reste-t-il ? A peine un feuillet pour l'histoire. Mais les rauques accents des esclaves du Nord Réveilleront un jour ton vieux lion qui dort!... Et lorsque , demandant du sang au lieu de larmes , Ses longs rugissements t'appelleront aux armes , Pour d'autres opprimés mort on d'autres climats, Au fond de mon cercueil je ne l'entendrai pas! De mon dernier adieu souviens-toi donc, Venise! On ne doit point pleurer sur sa chaîne , on la brise !...
(La foule témoigne par des acclamations les sentiments que lui inspirent les vers de Byron.)
LA COMTESSE
Quels nobles accents !... pourquoi donc y uiOler de>
pressentiments si funesles?... Nous nous reverrons dans des temps plus heureux.
BYRON
Quelque chose me dit que je ne reviendrai pas de la patrie d'Homère et de Tliémistocle !
SEXNEVILLU: , entrant , à demi- voix à la comtesse. Tout est prêt pour votre départ.