SCÈNE
Madame de CERONI , seule.
Enfin me voilà seule ! J'ai su me contraindre : mais que d'efforts pour cacher ma souffrance I pour
qu'il n'eût pas du moins le plaisir de jouir de mes tourments! ( Elle marche avec agitation..) C'est en vain que j'ai voulu ranimer par la jalousie un amour éteint à jamais ! Lui , que j'ai vu pâlir autrefois quand on m'adressait la parole! lui, à qui j'ai tout sacriKé ! tout!... L'excès de mon amour a détruit le sien. O comble d'humiliation ! Il a refusé ma main ! Il ne veut point pour sa femme celle... Son imagination romanesque rêve quelque beauté naïve !... Ah! nous verrons. Je suis outragée , je suis Italienne ! je me vengerai !
AiB A'Jrislippe.
Dans mon pays jamais on ne pardonne; De ses leçons je veux me souvenir.
Ah ! maintenant , l'ingrat qui m'abandonne Rêve sans doute un heureux avenir ;
Mais je veille pour le punir !
Lorsque mon cœur à la haine est en proie', Il m'ose offrir sa coupable amitié !
Quand il m'aimait il partagea ma joie , Dans mes douleurs il sera de moitié.
Il faut me contenir et feindre , pour le garder là , près de moi, pour surprendre ses affections , ses projets!... Oh ! puissé-je un jour faire éprouver à son cœur les tourments que souffre le mien!... Mais ce bal? Dans quel moment, grand Dieu!... Quel bruit dans mon cabinet ? on est entré par l'escalier dérobé!... Qui peut venir à cette heure? {Elle s'avance vers la porte du calinet à gauche du spectateur; une jeune fille en sort , pâle et les vêtements en désordre. ) Que vois-je?... Léontine !