SCÈNE IV
CLOVIS seul.
Que dit-il ? quel mystère ! Et que dois-je penser...? Quelmalîieur inconnu m'ose-t-il annoncer...? De ses lâches fureurs je puis périr victune ! J'ai bravé son orgueil, je dois prévoir un crime...! Sous les lois d'un sujet, moi, j'irai me courber ? Obéir sur le trône ! Il vaut mieux en tomber ! Et du moins , si je cède aux périls quej'affronte , Je mourrai sans regrets ayant vécu sans honte. Mais au cœur de Bathilde épargnons des terreurs; D'un ministre orgueilleux cachons-lui les fureurs , Et qu'enfin elle trouve, à l'ombre de mes armes. Quelques jours de bonheur après quinze ans de larmes! C'est elle !
CLOVIS, BATHaDE.
CLOVIS
Quel dessein guide tes pas vers moi ?
BATHILDE
J'ai besoin de te voir pour cahiier mon effroi. De noirs pressentiments nuit et jour assiégée, Contre eux, auprès de toi je me crois protégée.
CLOVIS
Qui pourrait désormais alarmer ton amour ? Les combats ont cessé ! Vois, au sein de ma cour, Vaincus par mes bienfaits, domptés par mon courage, Nos ennemis tremblants m'apporter leur hommage !
BATHILDE
Il en est un caché dont tu ne parles pas. Qu'on ne fléchit jamais, qui s'attache à nos pas, Le remords!
CLOVIS
De ses traits que Ion cœur se défen 'e ! Que le reproches-tu ?
LE MAIRE DU PALAIS. —ACTE L
BAÎHILBE.
Clovis me le demande !
Espère un heureux sort !
BATHILDE
Il faut le mériter.
D'un instant de bonheur ai-je pu me flatter , Lorsqu'au pied des autels ma bouche téméraire Jura d'aimer toujours l'ennemi de mon père !
CLOVIS
A sa haine aujourd'hui veux-tu l'associer ?
BATHILDE
Tu lui ravis le sceptre... Ai-je dû l'oublier?
CLOVIS
Ce sceptre était le mien ! Je suis fils de Clotaire ; Des fureurs de Thierry tu connais le mystère , Tandis qu'osant s'asseoir sur mon trône usurpé, Il dcro])ait ma vie à mon peuple trompé ; Moi, j'errais inconnu, sans honneurs , sans famille; J'étais son roi, Bathilde.
BATHILDE
Et moi , j'étais sa fille !
Oui , ta cause était juste , et Dieu fut ton soutien , Tu faisais ton devoir; mais ai-je fait le mien ? De mon père pour toi j'ai trahi ta querelle; Il n'est plus ! Je devais , à ses malheurs fidèle , Adoptant son courroux , et prompte à le venger , Détester ta puissance , et non la partager. J'ai combattu longtemps ! Par l'amour entraînée , Au repentir enfin je me suis enchaînée. Dans le cloître où bientôt il a trouvé la mort , Quand mon père captif et tremblant sur mon sort. Recommandait au ciel sa fille bien-aimée Sans doute , cher Clovis , la prompte renommée , De ses derniers instants empoisonnant le cours , Sur le bord du cercueil hii conta nos amours; Peut-être il m'a maudite avant que d'y descendre, Sa malédiclion peut sortir de sa cendre.
Non , Bathilde 5 au bonheur ton cœur sera rendu : Après tant de chagrins le repos t'est bien dû.
BATHILDE
Il n'en est plus pour moi ! C'est trop long-temps me taire. Je dois te révéler un effrayant mystère : Ecoute ; et, s il se peut, juge de mes tourments. L'autel avait reçu mes coupables serments , Dévouée aux remords , j'avais , fille rebelle , Subi de notre hymen la pompe criniineUe :
Un soir , des malheureux qu'appellent nos bienfaits La foule se pressait aux portes du palais , J'étais au milieu d'eux : mes mains , selon l'usage , Des secours journaliers leur faisaient le partage; Contents , ils me quittaient en bénissant leur roi. L'un d'entre eux, un vieillard, les yeux fixés sur moi , Pâle, me poursuivait de son regard terrible; J'éprouvais à sa vue une crainte invincible; Cependant je m'approche, et, m'adressant àlui; » De Bathilde , lui dis-je, implorez-vous l'appui ? » Parlez ! » Il me repousse , et d'une voix émue , Me dit : « Fille des rois , qu'ètes-vous devenue ? » Il m'échappe à ces mots par la nuit protégé. C'est peu , depuis trois jours dans mon cœur affligé Ce vieillard inconnu vient porter l'épouvante : Je veux fuir...! du remords cette image vivante A toute heure m'assiège , en tout lieu me poursuit; Dans un songe effrayant je la revois la nuit. Tout entière aux terreurs qui m'obsèdent encore , Ce matin à l'autel j'ai devancé l'aurore ; Je croyais du Très-Haut désarmer la rigueur , Déjà le doux espoir, descendu dans mon cœur , Versait sur sa blessure un baume salutaire; Je priais. . . Tout à coup du temple solitaire Où mes larmes au ciel demandaient le repos , Une lointaine voix réveille les échos : Je m'arrête , et j'entends , immobile , éperdue , Mille voix répéter : « Qu'êtes-vous devenue ? « A ces mots , succombante mon trouble mortel , Je tombe inanimée aux marches de l'autel ; De funestes secours me rendent à la vie ; Mais , par ce cri vengeur sans cesse poursuivie , Je m'arrache du temple , et me traînant vers toi , Je viens à ton amoi»r confiermon effroi.'
CLOVIS
Chère épouse , en ton cœur rappelle ton courage ! Cesse de craindre ! en vain l'insolent qui t'outrage Des ombres de la nuit pense s'envelopper , Au courroux de son maître il ne peut échapper.
BATHILDE
Non ; contre lui , Clovis , échouerait ta puissance, Ministre du Très-haut, propice à l'innocence , Repoussant en son nom mon tardif repentir , Des vengeances du ciel il me vient avertir.
CLOVIS
Bathilde , à quelle erreur ton âme s'abandonne ! Ne crains point un pouvoir que ton effroi lui donne ; Rentrons , et bannissant ces pensers douloiu'eux , Crois que pour nous encor luiront des jours heureux