‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 371 sur 560 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

DARCY

Mais que parliez-vous d'abandonner la marquise ! Sa tendre amitié ne le permettra pas , j'espère : avec le temps elle effacera le souvenir de vos chagrins; vous renoncerez à la solitude absolue où vous vivez chez elle : car excepté moi , personne n'a joui du bonheur de vous voir ! Vous deviendrez pour elle une compagne , une amie , vous la suivrez dans le monde.

Dans le monde!... moi!... jamais.

Ah ! vous avez raison : ce monde superficiel ne peut ni vous apprécier, ni vous comprendre. C'est dans l'intimité seulement qu'on peut sentir toutes les grâces de l'esprit, tout le charme de la vertu. LÉONTINE , à part.

S'il savait?...

DARCY

Combien la douce et modeste beauté , qui dédaigne les succès passagers du monde , sait mieux toucher notre cœur (pie la femme légère et coquette !

LÉONTINE , à part.

Qu'il faudrait de vertu pour lui plaire !

DARCY

Au lieu de quelques jours brillants, plus agités qu'heureux , elle obtient des années de considératiou , d'estime et d'amour.

Monsieur...

DARCY

Oui , l'amour , le seul vrai , le seul durable , est celui que fait naître la vertu , et si l'éclat de la beauté , l'intérêt qui s'attache au malheur , ajoutent encore à sa puissance , qui peut lui résister ?

Que voulez-vous dire, monsieur le comte?

DARCY

En vain j'ai voulu fuir , en vain j'ai voulu me taire.

Dieu!... il se pourrait!....

DARCY

Mon secret m'échappe malgré moi.

N'achevez pas !

UARCY , entendant la marquise.

Madame de Ceroni !

LÉONTINE , se remettant de son trouble.

Celle que vous allez épouser...

DARCV.

Moi ! que dites-vous ?

Page 1