SCÈNE IL
CLOVIS, seul.
Fier de l'impunité , trompé dans son espoir , Sur ma reconnaissance appuyant son audace , Il m'ose prodiguer l'outrage et la menace. Que m'importe ! Entoure des heureux que j'ai faits , Des fureurs d'Ehroïn je hrave les effets. Restreindre son pouvoir , c'est lui sauver des crimes ! Déjà les noirs cachots peuplés de ses victimes , Malgré ses vains efforts , à ma voix sont ouverts. Vous défendrez le roi qui fait tomber vos fers , Français ; ou si vos bras ne le peuvent défendre , Vous donnerez du moins des larmes A sa cendre. Mais que dis-je ! Moi-même , abaissant sa hauteur , J'allai trop loin peut-être... II fut mon bienfaiteur ! Gardons-nous d'oublier ces jours de l'infortune Où , traînant aux combats une vie importune , Orphelin inconnu', rougissant de mon sort , Tous mes vœux appelaient ou la gloire ou la mort... Dans ces temps éloignés (piand mon regard se plonge, Il me semble parfois (pie mon règne est un songe. Incertain , je ne sais si j'en croirai mes yeux...
Oui, je suis sur le trône où régnaient mes aïeux : Mes mains devaient porter le sceptre de Neustrie ; Fils de Clotaire , aimé d'une épouse chérie , De gloire et de bonheur je marche environné... Eh bien ! c'est Éhroïn qui seul m'a tout donné ! Sans courroux désormais montrons-lui les limites Qu'à son autorité mon pouvoir a prescrites.