SCÈNE XII
LÉO.NTINE , se levanu Grâce ! grâce ! monsieur le comte.
Que craignez-vous ?
J'ai mérité votre colère, et je n'ose implorer votre pitié !
DARCY
Ma pitié !
Oh ! si je pouvais seulement penser "qu'un jour vous me l'accorderez!...
DARCY
Espérez-vous que je puisse pardonner ?
Je ne suis pas digne de votre pardon... et pourtant, si j'osais...
DARCY
Que me diriez-vousP... que puis-je entendre?... Moi, vous écouter encore !... non, je ne le dois pas... Parlez donc , parlez ! expliquez-vous !...
Oui, j'en aurai la force. Vous me maudissez, je vous fais horreiu" , vous tievez me bannir de votre présence!...
Oi
DARCY
Hélas
C'est mon premier châtiment , je le subirai sans murmure, oui , je ne m'offrirai plus à vos regards !.• Permettez seulement , permettez que j'habite dans quelque coin obscur de votre hôtel ; que j'y viveseule et repentante... Peut-être quelquefois je vous apercevrai de loin , j'entendrai les sons de votre voix... alors je serai trop heureuse!... Pardon, monsieur, pardon , si j'ose encore vous demander une grâce !. ..
DARCY
Quel trouble m'agite !
Ah ! si je pouvais m'arracher le nom et le titre qu'on m'a forcée d'usurper, et mourir après... à l'instant, monsieur, vous seriez satisfait.
DARCY
Mallieureuse !
Je me suis laissée entraîner par faiblesse à une action infâme... Vous me croyez la complice de celle qui vous a trompée?... non, monsieur, non... J'ai résisté longtemps... mais si vous saviez quel était sur moi son empire, quelles menaces elle m'a fait entendre !
Je le sais.
Mon courage m'a trahie ; j'ai cédé... J'aimais , j'aimais de toutes les forces de mon âme. Je ne voulais pas rougir... j'ai cédé... Mais ne croyez pas, monsieur , que je sois méchante : je ne le suis pas , puisque je n'ai pas balancé à paraître devant vous quand vous m'avez appelée; que j'ose à présent lever les yeux sur vous, et que je me soumets à tout ce que vous exigerez de moi.
DARCY
Quepuis-je exiger?
Si vous pouviez lire au fond de mon coeur!... Peutttre je n'étais pas indigne de l'honneur de vous appartenir... Je fus séduite, égarée; mais mon âme ne fut jamais corrompue... Ah! s'il m'eût été libre de vous voir seul!... Il n'y avait qu'un mot à dire , et je crois que j'en aurais eu le courage... Mais enfin, monsieur, me voici prête à vous obéir... Ordonnez... disposez de moi... Vous m'avez fait appeler ; je suis
venue, soumise et résignée... Repoussez-moi, chassezmoi , je souscris à tout! et , quel que soit le sort que vous me destinez , je l'accepte... Que voulez-vous ? ( Elle tombe à genoux. ) DARCY.
Je voulais partir !... Que ferai -je désormais en des lieux où je ne trouverai plus que honte et désespoir ? mes espérances de bonheur , mes rêves d'avenir , je vous les avais confiés. . . que sont-ils devenus ? L'amour le plus sincère, le dévouement le plus passionné, qu'en avez-vous fait?... Il faut partir!... mais au moment de quitter la France et vous pour toujours... LÉONTINE , toujours à genoux.
Vous ne partirez pas ; vous n'abandonnerez pas , à cause de moi, tout ce qui vous fut cher! Le fond d'une campagne , l'obscurité d'un cloître peuvent me cacher pour toujours à vos yeux... Bien plus ! Ces nœuds que vous devez détester , ils peuvent se rompre. Vous avez été trompé... ( Elle sanglolte. ) votre bonne foi fut surprise... les lois seront pour vous... elles briseront ces liens odieux!... tout n'est pas perdu sans ressource.