JOINVILLE, CHATILLON
CH.VTILLON.
Parlez, lidcle aini de notre auguste maître, Cher Joinville, en nos cœurs l'espoir peut-il renaître? Dans les murs de Mempliis les chrétiens enchaînés A d'éternels malheurs seraient-ils condamnés ? Quel temps doit mettre un terme à leur longue souffrance? Reverront-ils jamais le heau ciel de la France?
JOlNVILLi:.
Peut-être, Chàtillon, touché de nos revers. Le Tout-Puissant hienlot fora loinher nos fers ; Mais quand les chevaliers aux plaides africaines Devraient languir captifs, et mourir dans les chaînes, Quel indigne chrétien oserait murmurer?
Dieu frappe; nous devons souffrir et l'adorer. Nosdésastressontgrands,maisseplainiIreestuncrime! Reconquérir le temple et délivrer Solime , Arracher les chrétiens au joug des musulmans. Tels étaient nos devoirs, tels furent nos serments, Quand Louis, du Très-Haut courant venger l'injure. Du signe de la foi décora notre armure. Ne vous sou\ient-il plus du joiu" où ses sujets Jm'crenl de s'unir à ses nobles projets,
Et, fiers de partager le zèle qui l'enflamme. Se rangèrent en foule autour de l'oriflamme ?
CHATILLON
Je m'y rangeai comme eux : et souvent, sur ses pas. Le roi m'a vu, Joinville, affronter le trépas. Quels dangers ont jamais arrêté mon courage? Mon sang, connue le vôtre, a rougi ce rivage , Quand Louis , poursuivant le cours de ses exploits . Siu' les nuu's de Damiette alla planter la croix. Que n'expirai-je alors! .Mais ce Dieu qui m'écoute A périr dans les fers m'a condamné sans doute. En vain de (pielcpie espoir mou cœur s'était flatté ; Les projets du soudan n'ont que trop éclaté. A vous revoir jamais je ne dois plus prétendre , Bords chéris, où languit l'épouse la plus tendre. Où mon lils ^ient de naître, où dorment mes aïeux; Je mourrai loin de vous; recevez mes adieux.
JOINVILLE
Calmez cette douleur. Aux rives de la Seine . Connue vous , Chat illon, un n(Pud puissant m'eiiciiaiue. Sous les drapeaux du ( hrist (luaiid nous dûmes miu'chrr. Des hras de mes enfants il fallut m'arracher Dans mon cœur, que troublait un funeste prc.sage. Je sentis un uiomciit chanceler mou courage; Mais du toit paternel (ktoiuiiiUit mes rci:ard>.
LOUIS IX. —ACTE I
Je m'éloignai bienlcl; et sous nos étendards , Abjurant ma faiblesse, et domptant la nature, Jai marché sans regret, et souffert sans murmure. Ab ! quel guerrier français pouriiiit trembler pour soi En songeant aux périls qui menacent scm roi? Comme nous , Chàtillon , captif de l'inlidèle , Des plus rares vertus nous offrant le modèle , 11 donnerait ses jours pour sauver les chrétiens. A Taspect île ses maux je ne sens plus les miens.
CHATILLON
Je plains les maux du roi, j'admire sa constance; Mais je crains d'Almodan l'implacalile vengeance.
JOINVILLE
Qu"entends-je? Croirons-nous (pi'il viole un traité Qu'a scellé son serment, que lui-même a dicté? IN'os rançons aujourd'hui lui vont être livrées , Et, quittant pour jamais ces funestes contrées, JNous reverrons bientôt les champs de nos aïeux. Ke désespérons point. On marche vers ces lieux. C'est le Roi.
CHATILLON
Nos destins lui sont connus, sans doute.
JOINVILLE
J'espère en sa présence.
CHATILLON
Et moi je la redoute.
11 approche.
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