‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 5 sur 560 · CHEVALIERS CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

CHEVALIERS CHRÉTIENS

LOUIS

Chrétiens interdits et muets.

Vous arrêtez sur moi vos regards in(iiiiets; D'avance dans mes yeux vos yeux cherchent à lire. Du sorl(pii nous attend (fuand je dois vous instruire. Je sens, ô mes amis, tout mon co-ur se briser : Mais je vous connais trop pour vous rien déguiser.

CIIATILLUN.àpait.

Dieu ! quel sort est le notre? et qu'allons-nous cnicndre ?

LOIIS.

A (piilier C3 rivage il ne faut plus prétendre. Le perfide .Soudan, au iiupri-. des traités, I)es pcu|)les et des n»is jiis(pi'ici rospccté.s, Refuse nos ram;ons, et , lidèly à sa haine. Des chevaliers chréliens appesantit lu cliaiue !

Nous avons tout à craindre ! ou plutôt , mes amis , Aux décrets éternels aveuglément soumis , Courbant un front coupable, acceptons avec joie Les nouveaux châtiments que le ciel nous envoie : Qui put les mériter doit savoir les souffrir.

CHATILLON

Eh quoi! dans l'esclavage il faudra donc périr! Et qui nous entraîna loin de notre patrie? Que venions-nous chercher au fond de la Syrie? Pourquoi vers le Jouriîain appeler vos sujets? Dieu n'a point approuvé vos funestes projets! Que dis-je ? son courroux sur nos coupables têtes , Dès notre premier pas , déchaînant les tempêtes , Semblait de l'Orient nous fermer les chemins. Quels maux nous attendaient sur les bords africains ! C'était peu que le ciel , flétrissant notre gloire , Aux drapeaux du croissant attachât la v ictoire ; II a , pour nous détruire , armé tous les fléaux : Chaque jour éclairait des désastres nouveaux ; El la contagion , sur cette aride plage , Dévorait les chrétiens échappés au carnage. Non , Dieu n'ordonnait point ces funestes combats : Et si le sang français coula dans ces climats , Si maintenant , chargés de honteuses entraves , Des Sarrasins vainqueurs nous vivons les esclaves ; Si le courroux du ciel s'appesantit sur nous , De ces revers affreux nous n'accusons que vous ! >ous suivîmes vos pas , nos maux sont votre ouvrage.

JOINVILLE

Arrête , malheureux ! Juste Dieu , (piel langage ! Un chevalier français ose accuser son roi !

Ami , je lui pardonne , il n'offense que moi.

JOINVILLE

Nous désavouons tous ces coupables murmures.

LOUIS

Je songe à vos mallicurs , et non à mes injures.

JOINVILLE

Quoi ! lorsque tout chrétien qui gémit dans les fers Doit apprendre de nous à souffrir ses revers ; Lorsque , las de ses maux , le soldat nous contemple, De la rébellion nous lui donnons l'exemple ! Chàtillon de sa plainte ose vous accabler ! Vous devez le punir.

LOUIS

Je dois le consoler.

( à Chàtillon. ) Vous déchirez mon ccrur ! Revenez à vous-même ; N'accusez plus un roi (pii ^ ous plaint, qui vous aime;

LOUIS IX. — ACTE I

Cliâlillon , (le vos maux je souffre autant que vous : Et si , pour désarmer le céleste courroux , Au glaive des bourreaux il faut livrer ma tôte , J'y consens avec joie , et la victime est prête.

CUATJLLON.

Qu'ai-je lait ?

LOUIS

La douleur a pu vous égarer :

Rentrez dans le devoir ; et , loin de nuuinurer , Des bienfaits du ïrès-ÎIaul conservant la mémoire , De nos premiers combats rappelez-vous la gloire. Quanil , traversant les mers, vous vîntes , à ma voix, Planter aux bortls du IN il l'étendard de la croix , Vous étiez vertueux , Dieu protégea vos armes ; Il nous guida lui-même au milieu des alarmes ; De la sainte cité nous frayant les diemins , il porta l'épouvante au cœur des Sarrasins , Et chassant devant nous leurs tremblantes cohortes , De Damielte soumise il nous ouvrit les portes. Que ne présageait point ce glorieux succès ! Mais bientôt , nous livrant aux [jIus honteux excès , Du Dieu (pii nous choisit i)Our venger sa (pierelle ISos crimes ont lassé la bonté paternelle. Ah ! faut-il aujourd'hui , rappelant vos erreurs , De ces temps désastreux retracer les horreurs ! Que ne puis-je à nos fils en dérol)er l'iiisloire ! Chrétiens , je vous ai vus [)rofaner la victoire. Mes amis les plus chers ont méconnu ma voix. Déjà , se ranimant au bruit de nos exploits , Sion semblait renaître , et de leur délivrance Nos frères consolés embrassaient l'espérance. Sur le tombeau du Christ prosternés tous les jours , Les malheureux pour nous uuploraient son secours. .Nous les avons trahis ; et nous osons nous plaindre ! AI) ! quels que soient les maux qui nous restent à craindre , Sachons les supporter : méritons aujourd'hui Que le ciel outragé nous rende son appui. Ce Dieu (pii , nous livrant aux mains des infidèles , A courbé sous le joug nos tètes criminelles , Du superbe Almodan peut conf(»ndre l'orgueil . (Changer nos pleurs en joie , et son triomphe en deuil. Chevaliers , implorons sa bonté tutélaire ; Que notre repentir désarme sa colère.

Je vais près du soudan , pour la seconde fois De l'honneur méconnu faire parler la voix.

Page 1