SCÈNE VIII
PAULESKÂ, entrant par la porte de droite, CATHERINE.
CATHERINE
Arrive , ma chère comtesse : ah I que j'ai besoin de ton secours !
PAULESKA.
Qui peut affliger Votre Majesté ? les soucis de l'empire...
CATHERINE
Il s'agit bien de mon empire !
PAULESKA.
De quoi donc s'agit-il?
CATHERINE, soupirant.
Que tu es heureuse 1
PAULESKA.
Moi, madame!...
Oui , tu as aimé , Pauleska ?
PAULESKA.
Cette question...
CATHERINE
Tu as été aimée !... et l'on n'a pas craint de te le dire!
PAULESKA.
Qu'entends-je ?
CATHERINE
Tu n'es pas impératrice , toi ! l'homme qui a cru lire dans tes regards un tendre sentiment ne repousse pas l'espérance comme un crime ; auprès de toi , il n'a pas une Sibérie à redouter : il ose aimer et déclarer son amour!... Tu es bien heureuse!
PAULESKA.
Eh qtioi! madame , il serait possible!...
CATUEHIXE.
Oui, écoute, Pauleska; j'ai besoin d'un cœur où
le mien s'épanche : jusqu'à ce jour , je n'ai vu que des flatteurs autour de moi; sois mon amie ! Si la folâtre gaieté de ton âge, l'heureuse insouciance de ton caractère ont dérobé ton âme aux chagrins , ne refuse pas aux miens tes consolations.
PAULESKA.
En fait de chagrins , chacun à sa part ; et le Ciel ne m'a pas oubliée.
Toi!... mais non ! tu ne connais pas le supplice d'aimer sans savoir si l'on t'aime , sans oser t'en instruire ! Lorsque n'écoutant que ton amour , tu fais un pas vers celui dont ton cœur implore un aveu , tu ne te sens pas arrêtée par un manteau impérial. |
PAULESKA.
Et vous , madame , savez-vous ce que c'est d'avoir, dès l'enfance, placé toutsonavenir sur un seul nom ; de l'avoir caressé dans son cœur comme une espérance ; d'avoir fait de sa gloire son seul rêve de bonheur , et de le voir prêt à se flétrir ?
CATHERINE
Que dis-tu?... Ah ! je te plains!... Mais ta voix ne peut-elle réveiller de nobles sentiments?
PAULESKA.
Peut-être!
CATHERINE
Dis un mot, Pauleska, et j'y joindrai la mienne.
PAULESKA.
La vôtre!...
CATHERINE
Sans doute : je venais te demander des consolations et je crains d'être forcée de t'en offrir.
PAULESKA.
Que Votre Majesté pardonne ! Je ne sais quel importun souvenir s'est ranimé dans ma pensée; qu'il disparaisse! que votre bonheur seul nous occupe, et n'oublions pas que, dans cette vie, il n'y a de vrai que le plaisir.
Air : Faisons la paix. (Maison du faubourg.)
C'est le plaisir {bis.) Qui console de la puissance ; Et quand le bonheur semble fuir , Qui nous fait prendre patience?
C'est le plaisir! (/er.)
Grâce aux plaisirs, (bis.) D'un joyeux crcle souveraine, Vous faites aimer vos loisirs ; Et vous ne seriez qu'une reine ,
Sans les plaisirs, (ter.)
CATHERINE
Quel empire ta voix exerce sur mon âme! en l'écoutant, j'oublie presque mon cliagrin.
PAULESKA.
Eh! quel chagrin pourrait vous atteindre? celui (jue vous aimez sera bientôt à vos genoux , ivre de bonheur et d'orgueil.
CATHERINE
Le crois-tu ?
PAULESKA.
Qui en douterait ?
Ah ! que le Ciel t'exauce !
PAULESKA, àpjiH.
Et que je meure auparavant !