‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 408 sur 560 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

POTEMKIN , LE PRINCE DE LIGNE , puis LO- WINSRI, PAULESKA, Courtisais Intimes, Hommes et Femmes,

CATHERINE , à un huissier.

Maintenant qu'on avertisse Pauleska , le comte Lowiiiski et nos autres intimes qu'ils sont attendus en ce lieu, f L'huissier sort. ) Loin d'ici les ennuis et les af-

faires ! Plus d'impératrice , de princes et de distinctions ! ici le plus noble est le plus gai I ( Lowiiiski , Catherine , Pauleska, Poicmkin , le prince de Ligne enrrent en ce moment. )

Air : Val se nouvelle de M. heqvet, ou Galopade du Gentilhomme de la Chambre.

Amis , accourez tous , C'est le plaisir qui nous invite ;

Obéissons bien vite, Il n'attend pas au rendez-vous.

Qu'on abjure , avec moi ,' Orgueil , titres , noblesse !

Point de iierté qui blesse!

Le plus aimable est roi ' Plus d'ennuyeux lien ; Livrons-nous au caprice Chantons!... L'impératrice Ce soir n'en saura rien.

TOUS

Amis , accourons tous , etc.

CATHERINE

A la voix du plaisir Mon ame est ranimée ; Au diable la Crimée, Et gran(J-Turc et visir!

Un heureux jour a lui , Pour nous doit-il renaître?

Demain n'est qu'un peut-être!...

Vivons bien aujourd'hui !

TOUS

Amis, accourons tous, etc.

(Elle ôteAe voile qui couvrait les tableaux.) Voyez , je découvre moi-même ces règlements de l'Ermitage écrits de ma main , et auxquels chacun de nous doit se soumettre. Que tout ce qu'ils ordonnent soit présent à votre mémoire , et commencez , messieurs , par exécuter le premier article : « On laissera son orgueil et ses dignités à la porte avec son épée et son chapeau. » ( Les huissiers vienneut prendre les èpées et les chapeaux. )

LE PRINCE

Nous reprendrons tout en sortant.

PAULESKA, à part, regardant Lowinski.

Le voilà 1

CATHERINE

Ah ! j'oubliais , ma chère Pauleska ! je te présente ton compatriote le comte Lowinski , et je te demande pour lui ton amitié.

PAULESKA, à part.

Mon amitié !

Quand je t'ai nommée devant lui, il s'est rappelé t'avoir vue souvent autrefois.

PAULESKA.

Quoi, monsieur s'est souvenu?...

LOWINSKI.

Qui vous admira peut-il ne pas se souvenir ? CATHERINE, à part.

Osera -t-il se déclarer ? Ah ! je veux enfin qu'il lise dans mon cœur.

POTEMKIN , à part.

Où en sont-ils? Pauleska est sa confidente, par elle je peux tout savoir ! Oui, c'est cela.

LE PRINCE , à part.

Si je ne m'abuse , voilà des amis intimes qui songent tous à se tromper. Observons.

POTEMKIN

Avant que nos jeux commencent, qu'il me soit permis de rappeler à toutes les personnes ici présentes que je les attends demain dans mon palais de la Tauride ; je tâcherai de leur offrir quelques amusements.

CATHERINE

Nous y serons tous,

POTEMKIN , bas à Pauleska.

Vous serez la reine de celte fête.

PAULESKA , de même.

Moi!

POTEMKIN , de même.

Oui, mais silence.

CATHERINE , à part.

Demain, au milieu du tumulte... heureuse idée !... mais jusque-là je veux qu'il ignore... Il faut qu'une main étrangère... Ah ! j'y suis.

LOWINSKI , à part.

Etre aimé de Catherine!... cela est-il bien possible ?

CATHERINE

Pauleska, approche.

PAULESKA.

Que désirez-vous?

CATHERINE , à demi-Toiz.

Assieds-toi là , écris : ( Pauleska s'assied à droite et prend la plume.) « Demain, pendant la fête du » prince , sous le bosquet du jardin d'iiiver , à dix » heures du soir. » Tu vas plier ce papier, et tu me le remettras dans un instant.

( Elle va causer avec le prince de Ligne, Potenikin et Lowinski. ) PAULESKA , à demi voix.

C'est pour lui!... Et le premier rendez-vous serait tracé de ma main !... non!... Ah!... c'est bien. [Elle

érit. ) « Demain, pendant la fête du prince, sous le » bosquet d'hiver, à minuit ! » Ce n'est pas elle qu'il

y trouvera.

(Elle plie le papier. ) CATHERINE , revenant.

Eh bien ?

Le voici !

PAULESKA.

CATHERINE , cachant le papier.

Messieurs, notre aimable amie va nous charmer par un de ces chants qu'elle exécute avec tant de grâce.

l PAULESKA.

Vous l'ordonnez?...

CATHERINE

Ici je n'ordonne pas , je prie.

PAULESKA.

■ Et moi, je cède. Écoutez un chant national dont

M. le comte se souviendra peut-être.

( Tout le monde s'assied , excepté Pauleska , le prince de Ligne et deux seigneurs qui s'appuient sur les fauteuils des dames de la cour. On est rangé dans l'ordre suivant : Pauleska, un groupe d'hommes et de femmes, Catherine, Lowinski, un autre groupe, Potemkin , le prince de Ligne. )

Air noziveau de M. Doche.

Belle patrie , Toujours chérie , L'ame attendrie Vole vers toi!

Hélas ! un roi A de ma foi Reçu l'hommage :

Mais dans les cours Me suit toujours Ta douce image!...

Belle patrie , etc.

Jlinsi, sur la rive étrangère , Chantait un guerrier Polonais ; Des cours ivresse mensongère Aux vains plaisirs tu l'enchaînais!...

Mais un cri part de Varsovie...

Ce cri d'alarme est entendu !

Soa pays demande sa vie ; Le sang du brave a répondu.

( Après le morceau , tout le monde se lève , on écarte les sièges , Lowinski reste un instant assis et plongé dans la rêverie. )

CATHERINE

Ces chants vous ont ému , monsieur ?

LOAVINSKI. se levant.

Je ne le cache pas , et Votre Majesté...

CATHERINE

Ah ! vous êtes à l'amende! ici point de majesté ! Pour vous punir, on va vous cacher les yeux.

LOWINSKI.

Comment !

CATHERINE

Vite, Pauleska, un mouchoir!... Voici mon jeu favori, le colin-maillard. C'est vous qui chercherez. Allons , à genoux , et pas tant de façons.

On se résigne avec peine à ne plus vous voir,

CATHERINE

Vous tâcherez de me prendre.

POTEMKIN , à part.

Et moi je tâcherai qu'il ne te garde pas !

( Pauleska a bandé les yeux de Lowinski. )

PAULESKA.

Voilà qui est fait !

CATHERINE

A merveille! Maintenant, écartons-nous, et Dieu vous soit en aide !

Page 1