‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 429 sur 560 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Le Prince de LIGNE, KORSAKOFF , MICHEL.

MICHFL.

Oh 1 saint Michel , mon patron , ne me lirerez-vous pas delà?

KORSAKOFF

Allons ! avance , et pas tant de gémissements.

LE t'RINCE.

Qu'y a-t-il donc ?

C'est mon cousin Michel , que j'amène ici par ordre de son excellence le prince Potemkin , qui est furieux.

MICHEL

Ma soupe au sterlet ne lui a pas paru bonne.

LE PRINCE

Il est vrai qu'elle était exécrable : c'est une justice à te rendre.

MICHEL

Eh bien ! soit , il ne faut pas disputer des goûts ; mais est-ce donc une raison pour qu'on me donne le knout? est-on criminel parce qu'on a fait une mauvaise soupe ?

KORSAKOFF

On est criminel quand on a déplu à son excellence.

MICHEL

Merci , mon cousin !... Si on le lui commandait, il me pendrait lui-même... Ayez donc des parents à la cour.

LE PRINCE

Ta faute est plus grave que tu ne l'imagines.

MICHEL

Il me semble que ça ne peut pas être plus grave qu'une indigestion!... voilà tout.

LE PRINCE

Et sais-tu quels malheurs peut entraîner ime indigestion de Potemkin ?

MICHEL

Dam I... je me figure...

LE PRINCE

Apprends qu'hier, en sortant de table, furieux et souffrant, il a brusquement repoussé l'ambassadeur de Daneinarck, qui voulait lui parler d'affaires : son excellence danoise peut se fâcher ; la guerre s'allumera, et dans un an vingt mille braves gens , qui se portent bien aujourd'hui , seront peiit-èlre mort* parce qu'un imbécille a manqué une soupe au sterlet.

ÂOÂ

MICHEL

Miséricorde !

AiH : Un homme potir faire un tableau.

Qui? moi? de tant dbravps guerriers J'aurais compromis l'existence !

Ah ! du talent des cuisiniers J'ignorais ici i'iniportan"e :

Non , vraiment , je n'soupçonnais pas, En faisant c'te soupe maudite , Que le destin de deux états Était au fond de la marmite.

Je n'approcherai plus d'un fourneau.

KORSAKOFF

Oh ! sois tranquille , on \a t'en faire passer l'envie,.. J'entends le prince... garde à toi !

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