SCÈNE IV
Le Prince de LIGNE , POTEMKIN.
LE PRINCE
J'aime à voir ce sourire sur les lèvres de votre excellence : cela nous promet une heureuse journée.
POTEMKIN
Oui , prince, je suis satisfait.
LE PRINCE
Et Sa Majesté ?
POTEMKIN
L'équipée de ce Lowinski l'a sans doute irritée.
LE PRINCE
L'enthousiasme de ce jeune homme est bien naturel.
Je le lui pardonne de c^rand cœur : je calmerai même, s'il le faut, la colère de l'impératrice. Qu'il parte , c'est tout ce que je demande.
LE PRINCE
Je comprends! et vous pensez que Catherine le laissera s'éloigner ?
POTEMKIN
N'a-t-il pas offensé son orgueil?
LE PRINCE
Il est vrai !
POTEMKIN
Mais son excuse est dans l'amour de la patrie.
LE PRINCE
Et vous lui permettez celui là?
POTEMKIN
H en est un autre que je soupçonne.
LE PRINCE
Que dites-vous ?
POTEMKIN
Oui, prince ! et je m'ctonne que vous , dont le regard scrutateur ne laisse rien échapper , vous ayez été moins clairvoyant que moi.
LE PRINCE
Moins clairvoyant!... sur quel objet?
Quelle voix a réveillé dans l'âme de Lowinski cet enthousiasme patriotique qui depuis si longtemps sommeillait étouffé par l'ambition? la voix d'une femme!... Et celte femme, voulait-elle seulement rendre un défenseur à la Pologne ? ne voulait-elle pas aussi enlever un amant à Catherine?
LE PRINCE
Ah ! prince , prenez-y garde !... ce soupçon, c'est peut-être la mort!...
POTEMKIN
Ne craignez rien ! je n'en aurai pas besoin pour me débarrasser de qui me gCns : l'orgueil blessé de l'impératrice a dej i triomphé sans doute du caprice de la femme; je suis tranquille dcsormais.
LE PUINCE, à part.
Je tremble pour eux I
POTEMKIN
Nous autres barbares , nous savons lire aussi dans un regard , nous savons comprendre un geste, et deviner un sourire.
LEPRINCE,àpart.
Ne les abandonnons pas.
POTEMKIN
J'entends du bruit; c'est Sa Majesté : veuillez, prince , me laisser seul un instant avec elle.
LE PRINCE
Je me retire.