‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 437 sur 560 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

LOWINSKI, PAULESKA.

LOWINSKI.

Quel langage!... Pauleska?...

PAULESKA.

Que vous dirai je? Le prince s'est mépris sur nos sentiments : en voyant deux enfants de la Pologne se confier leurs craintes et leurs espérances pour leur mallieureuse patrie , il a rêvé l'amour.

LOWINSKI.

N'est-ce donc qu'un rêve ?

PAULESKA.

Mais je lui sais gré de son erreur, puisqu'elle m'offre , en me rapprochant de vous , l'occasion de vous remercier de tout le bonheur que je vous dois !

LOWINSKI.

Du bonheur I

PAULESKA.

Oui , vos accents généreux m'ont donné la seule joie que j'aie ressentie de|)uis bien des années ! Quand je vous ai vu rejeter loin de vous ces ornements étrangers qui chargeaient votre noble poitrine, je me suis écriée au fond de mon cœur : Puisqu'elle a de tels enfants , la Pologne ne périra pas !

LOWINSKI.

Qui aurait pu vous résister?

PAULESKA.

Je tremblais!... Entouré de plaisirs , poursuivant d'augustes suffrages , fier d'inspirer des sentiments de préférence...

LOWINSKI.

Oh ! ne rappelez pas un temps que je veux oublier, et que je voudrais effacer de votre ?némoire pour y retrouver le souvenir de ces beaux jours où j'étais digne de Pauleska.

PAULESKA.

Vous vous êtes souvenu de votre amie d'enfance , votre cœur a battu au nom de la patrie... Je suis heureuse.

LOWINSKI.

Mais vous-même , joyeuse au sein de cette cour , vous livrant aux accès d'une gaieté folûtre...

PAULESKA.

Cette gaieté!... Si vous aviez su ce qu'elle cachait de désespoir!... Si vous aviez pu deviner combien il y avait de douleurs sous un sourire!... Mon père au lit de mort l'avait ordonné , il fallait feindre, c'était pour la patrie!... Mais comme je souffrais!... Et quand la renommée nous racontait vos combats et vos exploits, avec quelle amertume je me disais : C'est pour la Russie que son sang coule ! Pour la Russie!...

LOWINSKI.

Pauleska!...

PAULESKA.

Et, depuis , quand je vous ai vu baiser cette main qui déchirait notre malheureux pays...

Assez, de grâce, assez!... Oui, je fus coupable! mon esprit fut un moment égaré , mon imagination fut éblouie !... L'enivrement des plaisirs, la fascination de la grandeur , de cette grandeur que je croyais la vraie, tout jeta un voile sur mes yeux ! J'ai pris la vanité pour l'amour, la puissance pour la gloire! Mais une parole de celle qui comprend si bien l'un et l'autre m'a tout à coup réveillé ! La vérité s'est offerte à mes regards.

Air de Madame Duchampge.

A votre voix , j'ai reconnu la gloire ;

A votre aspect , j'ai reconnu l'amour;

Oui , Pauleska remporte la victoire ,

Et mon pays lui devra mon relour.

J'ai trop longtemps oublié 1 un et l'autre;

De leur pardon je suis digne , et je vien "^ '

A vos geuoux vous demander le vôtre;

Dans les combats j'irai chercher le sien.

PAULESKA.

Je fus toujours votre amie.

LOWINSKI.

Quelle froideur!...

PAULESKA.

J'ai pu sans rougir tenter de rappeler au cœur de Lowinski l'honneur et la patrie, mais non des pensées d'amour qui flétriraient ma noble mission! Eh quoi! l'on pourrait dire : la fille de Bolesias est venue disputer un amant à Catherine !... Non !,.. j'ai rendu un défenseur à la Poligne !... ma tâche est terminée !

Me suis je abusé? n'est-il plus temps? et Pauleska ne m'aime-t-elle plus?... Ah! ne dites pas cela!... en vous perdant , peut-être verrai-je encore s'éva-

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nouir mes projets et mes espérances de gloire!... Vous êtes tout pour moi ! ma conscience , ma force ,

CATHERINE , se levant avec rage.

A moi , gardes , soldats ! à moi ! ... le prince de Li-

mon âme!... {Use jtite à sts genoux.) Chère Pau- gne!

leska ! souviens-toi de nos jeunes années ! . . . Tout ton (Le prince de Ligne entre suivi des ambassadeurs et de toute la

, , .. .^ ., !„„„ • • „ - ,i„ I cour; Callierine se rassied sans dire un mol.')

bonheur était en moi !... comme alors, je suis près de '

toi , à tes pieds !... comme alors je t'aime , je t'adore , \

et tout mon bonheur dépend de toi !...

PAL LESKA.

Lowinski!...

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