SCÈNE VIII
PAULESKA, POTEMKIN, LO'WINSKL
POTEMKIN
Approchez , monsieur le comte , on vous désire ici.
LOWINSKI.
Je me rends à votre invitation , prince ; mais que signifie?...
POTEMKIN
Cela signifie que notre position a changé et que je veux m'expliquer franchement avec vous.
LOWINSKI.
Franchement ?
POTEMKIN
Pourquoi non ? Cela ne tire pas à conséquence. Les moments sont précieux , écoutez-moi : grâce à Dieu , les sentiments que vous inspiriez ont fait place à d'autres ; il est un cœur où l'orgueil l'a désormais emporté sur le caprice , et à présent qu'on vous déteste , moi , je deviens votre ami.
Si c'est la haine que j'inspire aujourd'hui , je la subirai : mais l'honneur parlait, et j'ai fait mon devoir.
POTEMKIN
Ce n'est pas moi qui m'en plaindrai. Venons au fait , j'ai lu dans votre cœur, et j'ai voulu vous prouver l'amitié que j'ai maintenant pour vous, en vous rapprochant de celle dont la voix a réveillé dans votre âme tant de doux souvenirs, tant de vives émotions.
LOWINSKI.
Est-il possible ?
POTEMKIN
Eh ! mon Dieu , oui ! Les barbares sont quelquefois bonnes gens!... Tous êtes interdits tous les deux? vous avez tort... Croyez-moi! cet instant est peutêtre le seul qui vous soit accordé... ne le laissez pas fuir!...
LOWINSKI.
Prince Potemkin , mon âme ne doute point de la vôtre ! . . .
POTEMKIN
{À part. ) Il est pris !... {Haut. ) Je m'éloigne, vous
m'avez entendu, profitez de mon conseil ! Un ami veille sur vous.