‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 469 sur 560 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

DUBOURG, M. DE FERRIÈRES , assis à droite, et jouant; MARIE, ÉMELINE, SAIINT-SLRIN, dansant dans le fond; des Joueurs, à une table à gauche; foule de DaiNselus dans le fond.

DUBOURG, avec joie.

Eh bien! voisin, vous êtes battu!... vous n'êtes pas de force.'... alil ah!... {Il rit.) Vingt-cinq louis, hein?

Je tiens. (A part.) Il a un bonheur !.,.

DUBOURG

Voyez-vous, tout me réussit à moi!... Mais cela n'arrive qu'aux gens habiles et prudents !... ah! ah!... M. DE FERRIÈRES , ironiquement.

Vous croyez ?

DUBOURG

Et le gouvernement le sait bien... Aussi, dès qu'on a fait fortune , fût ce en vendant des allumettes ou des petits pâtés, on obtient de droit en France, aujourdluii , les places les plus honorables et les plus lucratives!... c'est juste.

M. DE FERRIÈRES

Oui , de notre temps , l'or est tout ! ... Il passe avant le talent, le mérite, l'honneur...

DUBOUKG.

Ah!... j'ai encore gagné.

M. DE FERRIÈRES

Oui!...

DUBOURG

Allons, voisin, risquez-vous le billet de mille francs.?

M. DE FERRIÈRES

Si vous le désirez?...

(La contredanse finit dans le fond; Saint-Surin et Emeline reviennent sur le devant; Marie revient aussi avec son cavalier; elle occupe le milieu de la scène; Étneline s'assied à gauche sur le devant ; Saint-Surin est debout prés délie.

MARIE, à Dubourg.

Eh bien ? avez-vous beaucoup perdu ?

DUBOURG

Perdu ? ah bien oui !... Je joue trop bien pour cela ! ce n'est pas moi qui m'amuserais à perdre!... Cest bon pour M. de Ferrières!... un ci-devant grand seigneur!...

MARIE , étonnée , et à part.

Ah !... il gagne !

DUBOURG

A propos : j'ai entendu dire qu'autrefois les grands seigneurs trichaient au jeu.

M. DE FERRIÈRES

M. Dubourg !

SAlNT-SURIN.

Oui, nous voyons cela dans les Mémoires du Chevalier de Grammont.

DUBOURG

Il fallait que ses adversaires fussent bien niais pour se laisser attraper.

SAIM SURIN.

Et il a fait rire la postérité i leurs dépens. Mais où donce^t Georges? Il na pas encore paru au bal.

DUBOUKG. à M. de l-errièrcs, tout en jouant.

Savez-vous que ce jeune homme m'inquiète? J'ai peur que sa tète ne soit pas bien saine; il a quelque chose de singulier.

MARIE, à part.

Pauvre Georges!

SAINT-SURIN, à Emeliue.

A quoi pensez-vous? Cet air rêveur serait-il causé par l'ingrat qui renonce à vous ?

ÉlIELl^E.

Je ne sais qui a pu faire naître la soudaine resolution de Georges : sans doute il a formé d'autres projets ; et pourtant , à son arrivée , il me parlait d'amour et de mariage.

MARIE , debout au milieu du tliéàfre . et examinant tantôt la part e de son père, t.intôt Éuieiine et Saint-Surin. Mou père gagne encore !

SAIXT-SLRIX, à Ëmf^line.

Ah ! quand on vous aime , peut-on avoir des espérances dont vous ne soyez pas l'objet?

Df-'BOL RG , à M. de Ferrières.

Votre fils ne revient pas.

M. DE FERRIÈRES

Je l'ai laissé libre : quelque temps de séjour à Paris changeront ses idées, calmeront son exaltation... Ah! encore perdu... c'est trop fort.

DUBODRG, riant.

Ah! ah! ah!... bravo!

M. DE FERRIÈRES, à part.

Etre ainsi poursuivi par la fortune !...

DUBOLRG.

Eh bien ! voisin , vous êtes déconcerté... C'est qu'il ne faut pas se frotter à moi... Je suis plus fort que \ous... Ah! ah... Continuons... Cent louis.

M. DE FERRIÈRES

Soit... (A part.) Je ne le voulais pas...

MARIE, à part, regardant Emeline.

Elle semble écouter M. de Saint-Surin... Ah ! voici Georges.

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