SCENE II
Les MÊMES, GEORGES, arrivant par une porte à droite de l'acteur.
GEORGES
Ail... le bal est commencé... Je ne croyais pas être en retard... mais j'arrive en bonnes dispositions. Bonjour, Saint-Surin... Je vois que ces demoiselles ont déjà dansé?... Émeline, à moi la première?
ÉMELINE.
Vous ne la méritez pas , et je suis engagée.
GEORGES
Oui, j'ai eu des torts... Je ne sais quelle réunion d'événements avait fait naître dans mon esprit de bien cruel'es idées ; elles ont un moment troublé ma raison; m;às demain il n'en restera plus de vestige ; mon père me l'a promis, et la joie est revenue... Vous voyez que je vous aime, puisque je crois au bonheur.
(Un danseur s'approche d'Emeline.)
É.MELINE.
Le galop m'appelle , et il faut que je vous quitte.
(Elle sort parle fond.) DUBOURG, qui commence à perdre.
Je double mon jeu.
GEORGES, sur le devant, et au milieu du théâtre. Deux mots , je vous prie , Saint-Surin.
SA1M-3URL\.
Que voulez-vous?
(Marie se place derrière la chaise de son père.) GEORGES.
Vous venez souvent ici ; une de ces jeunes per.sonnes vous occupe : Ce n'est pas Émeline?...
SAINT-SLRIIV.
Je suis franc , Georges : je l'aime , elle le sait , mais vos engagements, que j'ignorais, sont sacrés pour moi : aussi j'allais m'éloigner... Il vous a tout à coup pris fantaisie de rompre; mes espérances se sont ranimées. 3Iaintenant , mon ami , c'est moi qui vous demande la vérité. Si vous renonciez à Emeline , vous ne trouveriez pas mauvais, sans doute, que je fisse valoir mes droits.
GEORGES
Vos droits...
DUBOURG, à la table, et perdant toujours. Quitte ou double.
M. DE FERRIÈRES
Comme vous voudrez.
(On entend dans le fond, df-puis le départ d'Émcline, un air de galop ; les danseurs traversent la galerie du fond , en galopant.)
SAINT-SURIN
Mes droits sont une fortune convenable , la conformité de nos goûts, enfin tout ce qui décide ordinairement un mariage.
GEORGES
Mais elle refuserait ?
SAINT-SURlN.
Ison... Émeline est raisonnable; ses idées sont sages et positives : elle vous préfère ; mais , s'il se présentait quelque obstacle à votre union , elle accepterait mes offres.
GEORGES
Elle VOUS l'a dit?...
SAINT SURIN
Sans doute... Qu'a doue cela qui puisse vous blesser?... C'est moi qui devrais me plaindre , et je ne me plains pas.
GEORGES, ;ipart.
Est-ce là de l'amour ?
D'ARMINCOURT , sortant de h galerie, et venant vers Saint- Surin.
Monsieur de Saint-Surin, votre danseuse vous attend.
SAlNT-SURlN.
Et moi qui Toubliais... C'est votre faute, Geor^^es; j'espère au moins n'avoir rien dit qui puisse vous faire de la peine.
GEORGES , avec ironie.
Non, certes... Je suis heureux de savoir à (iiioi
m'en tenir.
SAINT-SURIN, en sortant.
Il est tout-à-fail bizarre... On voit qu'il vient du Nouveau-Monde.
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