‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 48 sur 560 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

ÉBROIN , GÉROLD.

ÉBROÏN.

J'ai compté sur ton zèle et sur ta vigilance ;

Suis-je obéi, Gérold?

GÉROLD

Tout s'apprête en silence.

ÉBROÏN.

Mes vœax te sont connus.

GÉROLD

Ils seront satisfaits.

ÉBROÏN.

Que mes soldats armés entourent ce palais.

GÉROLD

Il suffit. Mais, seigneur, lorsque Thierry respire Quel est votre dessein ?

ÉBROiX.

De lui rendre l'empire.

GÉROLD

Devant un nouveau roi nos fronts vont s'incliner ?

ÉBROÏN.

Son règne sera court 1

GÉROLD

Pourquoi le couronner?

ÉBROÏN,

II le faut ! l'instant vient où cette main guerrière Pourra du trône enfin renverser la barrière ; Je pourrais le hâter, je le sais ; mais pourquoi Mettre au hasard un bien qui va s'offrir à moi ? De ces rois chaque jour la puissance succombe ; Ils régnent inconnus , et quand s'ouvre leurtombe , Ces malheureux , suivis d'un oubli mérité , r^'e laissent que leur cendre à la postérité. La Neustrie a besoin d'une gloire nouvelle. Armons encor Thierry d'un pouvoir qui chancelle ; Qu'il règne , j'y consens ; mais il faut l'avilir.

GÉROLD

Et le jeune imposteur ?

ÉBROÏN.

Son sort va s'accomplir.

GÉROLD

Au glaive des bourreaux vous dévouez sa tète ?

ÉBROÏN.

Non ; pour lui dansées lieux une autre mort s'apprête : Je n'irai point aux lois demander son trépas; A mes projets d'ailleurs sa mort ne suffit pas ; Je veux qu'en lui , Gérold , on plaigne une victime : C'est peu qu'il meure, il faut qu'il meure par un crime ! Aujourd'hui même il va périr empoisonné. Thierry l'aura voulu , l'aura seul ordonné ; Chargeons-le de ce crime, et qu'aux yeux de la France Par un meurtre honteux son règne recommence.

GÉROLD

Je conçois vos desseins; mais, seigneur, si Tliierry Indigné de ses fers, par le malheur aigri. Méditait sa vengeance , et de ce rang suprême Espérait aujourd'hui s'armer contre vous-même ?

ÉBROÏN.

Que m'importe , Gérold , un cliimérique espoir ? Il va bientôt , paré d'un titre sans pouvoir , Au milieu d'une cour à mon ordre attentive , Traîner dans son palais sa royauté captive 1 Que le peuple et les grands soient prêts à recevoir Le roi qui sur le trône à ma voix va s'asseoir. Je le proclamerai. Va, que tout se prépare. Thierry vient : laisse-nous.

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