‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 491 sur 560 · CO · texte numérisé non relu

CO

PUEMIERE SENTINELLE.

C'est lui qui des archers avait réduit la paie.

DEUXIÈME SENTINELLE

Le roi doit le chasser.

D'une aile du château Un homme , sort caché sous un vaste manteau ; D'un chajjcron d'azur les plis couvrent sa tête ; Vers le fatal donjon il s'avance : on l'arrête; Des soldats sur son sein les glaives sont dressés : —Qui va là ? — Saim-Dems et Vincennes. — Passez.

Au fond de sa prison , étendu sur la pierre Où la lampe d'airain projetait sa lumière , Eymeri sommeillait : un songe bienfaiteur , Du malheur sans espoir dernier consolateur , Dans un trépas honteux lui présentait la gloire ; La reine , qu'il sauva , conservant sa mémoire , Aux cris accusateurs ne mêlait pas sa voix ; Elle seule , à son nom , soupirait quelquefois , Et d'un doux souvenir honorant la victime, Le plaignait en silence et doutait de son crime. Elle devait des pleurs à qui fut son appui !... II s'éveille : et son père est debout devant, lui.

EYMERI,

Que vois-je ?

LUXEUIL

Malheureux! lève-toi , le temps presse!

On te juge , et des lois la hache vengeresse S'agite sur ton front.

Je l'attends sans effroi !

LUXEUIL

Veux-tu donc que ton sang rejaillisse sur moi ? Dans quel abîme affreux ton délire m'entraîne ! Tu m'as perdu , mon fils !

EYMERI.

Non , j'ai sauvé la reine.

LUXEUIL

Insensé ! penses-tu que mes yeux paternels

Te verront, partageant le sort des criminels. Sur ta tète innocente appeler le supplice? De la mort de mon fils je serais le complice! Et, quand je remplirais ton exécrable espoir; Quand mon cœur , desséché par la soif du pouvoir , Ferait taire à jamais le cri de la nature ; Quand rien ne trahirait ta fatale imposture ; Quel serait mon destin? Flétri par ton trépas , La route des giandeurs est fermée à mes pas ! Faut-il traîner obscur ma déploral)le vie ? Voir mes honneurs crouler , et triompher l'envie? Non, j'accours te sauver , et je pars avec loi : Des jours brillants encor se lèveront pour moi! Leur éclat couvrira mon nom et ma famille : Viens , tout est préparé : les champs de la Castille Accueilleront bientôt nos destins fugitifs ; Viens , l'ombre de la nuit voile nos pas furtifs : Suis-moi !

EYMERI.

Que dites vous? Quelle est votre espérance? La Castille, mon père!... Elle combat la France!

LUXEUIL

Ecoute , et ne crains rien : ses secrets envoyés Ont déjà de leur roi jeté l'or à mes pieds ; Des projets de Philippe heureux dépositaire , Je puis au Castillan en livrer le mystère ; Courons vers les honneurs promis à mon espoir ! Comme moi de Marie abhorrant le pouvoir , Sa sombre politique avait proscrit la reine , Et ses complots discrets ont protégé ma haine; Là , m'attend la fortune ! Ici , tout est danger ! Pourquoi trembler encor quand je puis me venger ? Marchons , et , du passé bannissant la mémoire , Aux drapeaux castillans attachons la victoire !

EYMËPxI.

Qu'ai-je entendu? Grand Dieu ! quel horrible dessein!

LUXELIL.

Viens , les écrits vengeurs reposent sur mon sein.

EYMERI.

Ah ! périsse l'espoir de défendre ma vie ! Que mille fois plutôt elle me soit ravie ! Moi , trahir avec vous et la France et mon roi ? Le France a mon amour , et Philippe a ma foi ! Je garderai mes fers.

LUXEUIL

Es-tu donc las de vivre ?

EYMERI.

Eh bien! qu'en mexaurant votre amour me délivre : Abjurez devant moi vos coupables projets,

MARIE DE BRADANT. —CHANT VI

Je vous suis!... Exilés, mais fidèles sujets , Nous irons , dans les lieux que la ferveur habite , Sous l'obscur vêtement du pieux cénobite , Prosterner à l'autel notre humble repentir ; Ou plutôt, implorant le trépas du martyr , Courons, guerriers chrétiens, sous les murs de Solime, Payer de notre sang le pardon d'un grand crime !

LUXEUIL

Qu'exiges-tu de moi?

EYMERI.

J'embrasse vos genoux :

De labînieentr'ouvert, sauvez-moi , sauvez-vous! Infortuné ! votre âme , un instant criminelle , Ne se ferma jamais à l'amour paternelle ; Votre fils, à vos pieds , vous demande un remord ; Mais un nouveau forfait est l'arrêt de sa mort.

LUXEUIL

L'heure fuit, malheureux !

EVMERI.

Je suis prêt à vous suivre :

Mais c'est pour vous sauver que je consens à vivre ; Venez ; Dieu qui vous voit et pourrait vous punir , Au repentir encore a laissé l'avenir.

Ils sont sortis ; déjà des sombres avenues Luxeuil , muet, parcourt les ténèbres connues i Le donjon est loin d'eux , et sous leurs pas légers , L'écho distrait n'a point éveillé les dangers ; Tout repose, et la nuit, d'une ombre salutaire, Couvre des fugitifs la marche solitaire.

De la couche royale exilé si longtemps , Le bienfaisant sommeil, depuis quelques instants, Éjianchait ses pavots sur les yeux de Marie : l'out à coup traversant l'immense galerie, Lue femme en délire et les cheveux épars , Pousse des cris perçants et court vers les remparts : On s'éveille à sa voix, on s'agite, on se lève : Elle (lisait : « Soldats , saisissez votre glaive ! M Le coupable, à la mort un moment échappé , » S'est enfui ! Mais Dieu veille, et le crime est trompé ! » Je le poursuis; mes yeux , attachés sur sa trace, » De ses complots futurs préviendront la menace!

» Volez ! » On obéit , on l'écoute , et sa main Aux soldats étonnés a montré le chemin.

Philippe est accouru, Marie est auprès d'elle. l'inspirée.

Ma sainte mission devant vous se révèle ! Aux autels de ce Dieu , qui protège vos jours , Des célestes clartés j'implorais le secours : Il m'entend , il m'exauce , il me parle , et mon âme Du souffle prophétique a respiré la flamme : Sur les pas de Luxeuil, qui fuyait ces remparts, J'ai vu son doigt vengeur appeler mes regards. Adorez , adorez sa puissance éternelle Qui rend à l'échafaud la tète criminelle ! Dieu ne me trompait point ! Saisis , chargés de fers , Déjà les fugitifs à vos yeux sont offerts ; Ils viennent : les voici!... Français, prêtez l'oreille! Du Tout-Puissant enfin la justice s'éveille !

PHILIPPE

Approchez , malheureux.

EYMERI.

Sire , un père tremblant Voulait ravir son fils à l'échafaud sanglant ; Vous lui pardonnerez ! Mon châtiment s'apprête ; Je suis las de le fuir , et j'apporte ma tête.

l'inspirée.

Le coupable aux bourreaux ne saurait échapper , Oui ! . . Mais ce n'est pas toi que leur main va frapper 1

Quand un forfait me livre au trépas que j'espère, Qui peut m'y dérober?

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