‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 492 sur 560 · L INSPIRÉE · texte numérisé non relu

L INSPIRÉE

Interroge ton père 1

EYMERI.

O ciel !

PHILIPPE

Quai-je entendu ?

LUXEUIL

Ta fureur , en ce lieu , Me vient-elle accuser ?

l'inspirée.

Ce n'est pas moi , c'est Dieu !

LUXEUIL

L'imposture...

LINSPIUÉE.

Est-ce à toi de parler d'imposture ?

Misérable! en ton cœur étouffe la nature !

MARIE DE BRADANT. -CHANT VI

Lègue à ton noble fils réchafaud qui t'attend ! Sous la main des bourreaux va le voir palpitant , L'oserais-tu ?

LLXKUIL.

Mon fils!...

LINSPIRÉK.

Tu trembles ! Tu balances !

LUXELIL.

Quand ta voix de mon fils retrace les souffrances

l'inspirée.

Non : l'amour paternel n'entre point dans ton cœur ; Il ne le trouble pas, malheureux ! C'est la peur I Dieu de tous tes complots m'a dévoilé la trame ; A mes yeux inspirés il vient d'ouvrir ton àme ! Quelle main au cercueil plongea le fils du roi ? Qui près de lui plaça l'empoisonneur ? C'est toi ! Qui , du vil Castillan effroyable complice , Essaya de traîner l'innocence au supplice? Et d'une reine en pleurs calomniant l'effroi , De pièges odieux l'enveloppa? C'est toi ! Qui maintenant , armé des secrets de son maître , Et prêt à mendier le salaire du traître, Ami , sujet coupable , et ministre sans foi , Courait vendre l'Étal? Luxeuil , c'est encor toi ! Je vois tout ! Et mon cœur . qu'un divin souffle anime , Respire auprès de toi lair empesté du crime.

LUXEUIL

Qui^Moi!...

l'inspirée.

Démens le Dieu qui dicte mes accents , Et grave ton forfait sur tes traits pâlissants ! Non , de ce Dieu sur toi la main s'est étendue ; Tu cherches ton audace en ton âme éperdue ? L'audace a désormais fait place à la terreur ! Attache à mes discours la démence et l'erreur ; Parle de les vertus , vante ton innocence ! Tu ne sais pas encor jusqu'où va ma puissance ! Celui de cpii la voix m'a nonuné l'assassin , Me montre les écrits que recèle ton sein : Soldats, qu'on le dépouille.

LUXEUIL

Arrêtez!... Dieu l'inspire :

D'un ascendant vainqueur je reconnais l'empire ! Oui , le prince mourut empoisonné par moi ; Oui, j'abhorrais Marie, et j'ai trahi mon roi ; Ce funeste pouvoir, (lu'exerçait une épouse, Alarmait de mon rang l'autorité jalouse : La Castille en secret avait proscrit ses jours; Ma haine à la Castille a vendu son secours :

Les voilà ces écrits garants de ma vengeance ! Mon crime dévoilé n'attend point d'indulgence; Mais n'exigez de moi ni crainte , ni remord ! Mes honneurs sont détruits !... Qu'on me mène à la morl!

Vainement d'Eymeri la douleur filiale Appelle sur Luxeuil la clémence royale; Vainement de ses pleurs assiégeant son époux , Marie a de Philippe embrassé les genoux ; D'une reine et d'un fils inutile assistance ! Le tribunal des Pairs a dicté la sentence ! Le traître va périr!... Le jour funèbre a lui. Ce f)euple détrompé , qui tremblait devant lui , Remplit déjà l'enceinte où l'échafaud se dresse ; Sur les pas du coupable on accourt, on se presse : La foule a devancé les rayons du soleil. Par quel secret pouvoir , ce sinistre appareil , Ces hideux instruments de l'humaine justice , Traînent-ils les mortels vers le lieu d'un supplice? Il est au fond des cœurs je ne sais quel désir De voir le malheureux que la mort va saisir , D'épier sur son front .sa dernière pensée ; El, près de l'échafaud , cette foule entassée Qui peut-être le plaint, sans vouloir le sauver, Fixe les yeux sur lui , comme pour observer Dansées traits convulsifs, où règne la souffrance, Ce qui reste de l'homme à qui perd l'espérance.

Mais l'instant est venu : le condamné parait ; Il s'incline ; à genoux il entend son arrêt. Le marteau retentit sur ses armes brisées , Et , de la populace appelant les risées , De ses litres d'un jour gage récent encor , L'écusson étoile , brillant d'azur et d'or , Où l'aigle étend son vol , et ipie la croix divise, Suspend au pilori l'orgueil de sa devise.

Le coupable se lève ; et du chanvre honteux Il sent avec horreur se resserrer les nœuds ; L'échafaud sous ses pieds fuit , le bourreau s'élance ; Il pèse sur le corps qui dans l'air se balance. Et l'inHime gibet , durant cinquante jours , Va livrer un cadavre à la faim des vautours.

MAIUE DE BRADANT. - CHANT VI

La sainte a regagné ce solitaire asile , Ce clocher protecteur où sa ferveur l'exile , Et , du monde à jamais oubliant les chemins, TSe mêle plus sa vie aux intérêts humains.

Une année avait fui : mère , épouse adorée , Reine , chère à son peuple , et des grands honorée. Marie en souriant contemplait l'avenir, Et déjà ses malheurs n'étaient qu'un souvenir. Pourtant, loin de Vincenne entraînant sa pensée, Parfois d'un chevalier l'image retracée , Comme en un jour serein un nuage orageux , Attristait son bonheur , interrompait ses jeux; Dans ses yeux obscurcis on vit rouler des larmes. L'infortuné peut-être avait jeté ses armes; Peut-être , déplorant les crimes paternels ,

De ses pleurs suppliants il baignait les autels,

Et , courbé sous la cendre , au fond d'un monastère ,

Cachait d'un nom souillé l'opprobre héréditaire.

Mais , un jour , on conta que , vers Ptolémaïs , Les chevaliers du Temple , entourés et trahis , Aux pieds du musulman allaient tomber sans gloire , Quand un jeune guerrier , sous une armure noire , Aux soldats de la foi, qui mouraient en fuyant. Est apparu ! Ses cris , son glaive foudroyant , Des chrétiens au combat ramènent la vaillance , Dans les rangs ennemis à leur tête il s'élance : Il frappe ; et , n'écoutant qu'un aveugle transport , Rencontre la victoire en appelant la mort. Sous ses efforts vengeurs l'infidèle succombe , Il fuit , la croix triomphe , et le chevalier tombe : Percé d'un coup mortel il périt inconnu. On ne sut de quels bords ce preux était venu ; Mais, quand il expira , sur sa lèvre flétrie, On entendit errer le doux nom de Marie.

tl^Mi

MARIE DE imAIUNT. — NOTE.

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