‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 493 sur 560 · MOIN AMI ALEXANDRE SOUMET · texte numérisé non relu

MOIN AMI ALEXANDRE SOUMET

Août 4 823.

De mes jours désœuvrés accusant rindoleuce, Sur tes pas , mon ami , tu veux (lue je m'élance, Qu'à tes nobles concerts j'unisse mes accents? Pourquoi me rappeler tant de vœux impuissants , Tant de rêves trompeurs , tant de veilles perdues ? De mon luth fatigué les cordes détendues Ont cessé dès longtemps de frémir sous mes doigts , Et les échos du Pinde ont oublié ma voix.

Au bruit des factions le poète s'exile, Contre elles à l'élude il demande un asile ; Vain espoir ! La fureur de deux partis rivaux Poursuit , en rugissant , ses paisibles travaux : Moi , leur livrer encore ma vie et mes ouvrages ?.. . Mes vers ont à mon nom conquis assez d'outrages. Que ces vils gazetiers , thersites des deux camps , De mensonge et d'opprobre habiles traficants , Qui prodiguent l'injure et vendent la louange , Sur d'autres que sur moi fassent jaillir la fange I Loin de l'impur bourbier je fuis en m'essuyant.

Tout aux illusions d'un Age imprévoyant ,

Naguères , comme toi , j'osais rêver la gloire ;

Et ma voix évoquait du fond de notre histoire

Cet Ebroïn, vainqueur et vaincu lour à tour ,

Sur un trône (lélri jetant des rois d'un jour.

De Louis , (pie l'Egypte admira dans les chaînes ,

Et dont le souvenir enorgueillit Vincennes ,

Je disais les vertus, je chantais les exploits.

Plus tard, tournant mes yeux vers les remparts génois,

Au jeime Lavagna je consacrais ma lyre ;

On l'eût vu des festins s'élancer à l'empire ,

Et , trompant tout un peuple en son nom révolté ,

S'armer, tyran futur, au cri de liberté.

Dans nos rêves d'orgueil plus d'un laurier nous tente,

.le les poursuivais tous , et ma muse inconstante

A dire nos travers accoutumant sa voix ,

Déjà laissait dormir les héros et les rois :

Peut-être elle eût bientôt frappé d'un vers caustique

Les So/o(i de café; les Lycurgue en boutique ;

Ce TUjeUhi d'hier , Brutus improvisé,

Qui , relevant enfin son front stygmatisé ,

Oublie en un seul jour , quinze ans d'ignominie ,

Prêche la liberté , pleure la tyrannie;

L'ignorance et l'orgueil , en larges pantalons ,

Promenant leur ennui de salons en salons;

Et ces graves messieurs , au ton si dogmatique ,

Qui régenlent les rois en style énigmatique ,

Et qui , dans leurs discours profonds , substantiels ,

Assonunent l'auditeur de leurs longs pluriels ;

Les petits Montesquieu , tout fiers d'une brochure ;

Les censeurs réformés attaquant la censure ;

La révolte , aujourd'hui , siégeant dans un comptoir ,

Et la diplomatie usurpant le boudoir.

En vices, en travers quels temps furent plus riches? Il aurait égayé mes malins hémistiches Ce favori déchu , nouvel ami des champs : Loin du faste des cours, loin des yeux des méchants, D'un bonheur inconnu faisant rap[)rentissage , Il prétend désormais vivre et mourir en sage; C'en est fait !... que le roi le rappelle demain, De la cour , qu'il déteste , il reprend le chemin, De sa philosophie on cherche en vain la trace ; Elle a duré tout juste autant que sa disgrâce.

Et l'important Dubieuil ?... De ses soins obligeants Il faut, en dépit d'eu.v , qu'il poursuive les gens ;

POESIES DETACHEES.

Tous nos hommes d'état lui doivent leur fortune ; Citant , à tout propos , les grands qu'il importune , )) Cherchant des protégés et des solliciteurs ' , I) Comme un autre insensé cherche des protecteurs, » A prouver son crédit plaçant toute sa gloire , » Il en a tant parlé qu'il finit par y croire ; Et j'oserais gager qu'aux portes du tombeau , Dubreuil , prêt à partir pour un monde nouveau , A ses voisins encor vantant ses bons offices , Auprès de tous les saints offrira ses services.

Parmi ces intrigants , corsaires des bureaux , Qui, d'un pauvre ministre implacables bourreaux , S'attachent à ses pas , l'assiègent , s'en emparent , Et d'honneurs extorqués insolemment se parent : J'en sais un , accablé de places et de croix , Qu'on laisse impunément cumuler vingt emplois. Aux traits de la critique il ne peut être en butte , Jl fut blessé , dit-on !... oui , je sais qu'une chute Le priva du bras gauche , et qu'en homme prudent , Accusant l'ennemi de ce triste accident , Il s'ouvre aux pensions la route la plus sûre ; Depuis près de quinze ans il vit de sa blessure; Et des plaisants ont dit , en voyant cet abus : « Il demande toujours de la main qu'il n'a plus. »

Vois ce préfet vantant le doux repos qu'il aime ! C'est un ambitieux qui se ment à lui-même ; II croit haïr le monde, et s'introduit partout ; Il ne demande rien, mais il accepte tout.

L'homme est un grand enfant qu'on mène à la lisière, Si j'en crois Dorneval , dont l'âme libre et fière A dit aux préjugés un éternel adieu , Et ([ui croit aux sorciers , mais ne croit pas en Dieu.

Quel autre oi iginal devant nous se présente ? C'est cet homme poli , dont la voix complaisante Vous combat rarement et vous cède toujours : Par ses gestes, son ton, ses regards, ses discours, La vanité d'autrui sans cesse est caressée ;

' Lorsque, plus lard, en 1827, je mis ce personnage au théâtre, Je repris ces quatre vers qui se trouvent ainsi dans ma comédie de l'Important.

C'est ainsi qu'au milieu de la foule empressée Qui s'agite , se croise et se heurte ici bas , Il se glisse sans bruit, étranger aux débats, En souriant à gauche, et saluant à droite : Son air affectueux, sa politesse adroite Semblent dire à ces gens qu'il prétend devancer : « Vous avez tous raison , mais laissez-moi passer. »

De ces portraits divers osant tenter l'esquisse, Peintre sans malveillance , et non pas sans malice , J'allais ainsi guettant les méchants et les sots; Mais de ma faible main sont tombés mes pinceaux ; D'un songe décevant je bannis la mémoire. Toi, marche vers le but où t'appelle la gloire! Respecté de l'envie , aimé de tes rivaux , A tes anciens lauriers joins des lauriers nouveaux Fais retentir encor les échos du théâtre ; Saiil et Cbjtemnestre attendent ClèopcUre. Que nos grands souvenirs revivent dans les chants : Guide au sein des combats cette fille des champs, Dont l'audace a brisé l'orgueil de l'Angleterre , Qui sauva sa patrie , et qu'outragea Voltaire ; Digne de la chanter , viens venger son affront, Et la palme d'Homère est promise à ton front. Fais soupirer encor la plaintive élégie; D'un siyle noble et pur admirant la magie , La France attend les vers , et ton siècle enchanté Les lègue avec orgueil à la postérité.

Pour moi , dans la retraite , oublié de l'envie , A des travaux obscurs j'ai condamné ma vie; Les Muses pour jamais ont reçu mes adieux. Dans le sacré vallon jeté suivrai des yeux ; A l'aspect des lauriers dont leur main te décore , Parfois mon cœur ému battra peut-être encore; Mais je fuis leur approche en soupirant tout bas. Tel un jeune coursier, blessé dans les combats , Faible, et du laboureur devenu la conquête, En conduisant le soc baisse sa noble tête : Si le clairon lointain sonne et l'a réveillé , Sa crinière s'agite , et son œil a brillé ; Brillant de s'élancer dans la lice guerrière. Il bondit!... Mais , hélas , son âme ardente et fière Vainement de la gloire a senti l'aiguillon ; Il songe à sa blessure et , reprend son sillon.

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POÉSIFS DÉTACHÉES.

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