M. PARSEVAL-GRANDMAISON
m. L /kCADEMIK PlUMÇ\IStL. .
« L'entreprise de la populace poélique de nos jours, qui veut obtenir l'ostracisme contre Pope, peut être expliquée aussi facilciueut que la coquille de l'Athénien contre Aristide : ils sont latigués de l'entendre appeler le Juste. Ils élèvent une mosquée à côté d'un teniple grec de la plus belle arcbifecturc; et , plus barbares que les barbares auxquels j'emprunte cette ligure , ils ne seront pas cantents de leur édifice grotesque , qu'ils n'aient détruit le majestueux monument (jui l'a préc édé et qui fait leur honte à jamais.
» J'ai compté parmi ceux qui ont bâti cette tour de Babel , suivie d'une confusion de langues, et j'en rougis; mais je n'ai jamais été de ces démolisseurs jaloux du temple classique, n
(Lettre delordByron à J. Murrej, Esq. , tom. III, pag. 318, éd. in-8". )
Janvier 1823.
Toi qui de ma jeunesse accueillant les essais ,
Parfois à mes travaux as prorais un succès,
Cher maître , permets-tu que je te la dédie
Cette estjuisse , où ma main , par ta voix enhardie ,
D'une reine innocente a tracé les douleurs'?
C'est toi qui sur la page , où vivent ses malheurs ,
Appelas les regards de ma Muse timide ;
Souvent de tes conseils l'austérité rigide ,
Dans la route glissante où j'osais m'engager ,
De mon imprévoyance éloigna le danger;
Sois encor mon soutien , et que ton nom propice
De ce mince volume orne le frontispice.
Avant de s'élancer sur l'ahîme des ilols ,
On nous dit qu'autrefois les tremblants matelots
De ces saints , dont la voix écartait les orages ,
Aux mâts de leurs vaisseaux suspendaient les images ;
Comme eux , prêt à partir , je crains plus d'un rescif .
Que tes yeux protecteurs veillent sur mon esquif.
Qui pouvait mieux que toi m'éclairer et m'instruire ?
D'un préjugé honioux que ton nom va détruire,
La France trop longtemps avait subi l'affront ;
Tu cueilles le laurier qui manquait à son front ,
Et j chassant à jamais une vaine chimère ,
Tu la verras grandir sous la palme d'Homère!
Ce triomphe t'est dû ! . . . Quels furent mes transports
Le jour où de ton luth j'entendis les accords !
A pehie vingt printemps avaient fui sur ma tète,
Et déjà, des héros téméraire interprète.
Osant dans leurs cercueils troubler d'illustres morts ,
Ma bouche bégayait leurs tragi(jues remords ;
Je vins chez cette femme , et si bonne et si belle ' ,
De la sainte amitié rare et touchant modèle ,
Qui jadis à Copet cherchant ladversité ,
Courut i>rès du génie exiler la beauté,
Et qui loin maintenant d'une foule importune
Sait comme l'opulence ennoblir l'infortune.
Alors , dans sa demeure, ouverte à tous les arts ,
Que de talents divers enchantaient mes regards !
Là , j'entendis les sons de cette voix divine
Qui , même en s'éteignant , me révélait Corinne :
Muet, je dévorais ses magiques récits;
Là, j'aperçus Gérard qui , non loin d'elle assis ,
Interrogeait ces traits qu'alors sa main savante
* C'est clirz madame Rreamier que j'ai eu !e bonheur de con naître .M. Par«eval<Orandinaison.
AU
POÉSIES DÉTACHÉES
Léguait à l'avonirsnr la toile vivante :
Pour la première t'ois là s'offrit à mes yeu\
J.ormian , qui , du Tasse émule harmonieux ,
Des palmes du Jourdain prêt à parer sa tête,
Dun immortel tableau méditait la conquête :
Enfin , dans ce salon , auditeur inconnu ,
Par des détours adroits jusqu'à toi parvenu ,
Je savourai ces chants où ta Muse inspirée
Fait tonner d'un légat la vengeance sacrée ,
Ravit la tendre Agnès à son royal époux ,
Ou du dieu des volcans déchaîne le courroux ;
Dès lors il me sembla , qu'emporté sur ta trace ,
Dans l'épineux sentier , tenté par mon audace ,
Je m'avançais déjà d'un pas plus affermi,
Car j'avais de\iné mon guide et mon ami !
Quand du Pinde français se disputant l'empire ,
Combattent sous nos yeux Aristote et Siiakspeare ,
D'un double fanatisme écartant les fureurs ,
Ta raison des deux camps signale les erreurs :
Que de fois tu m'as dit : « Pourquoi tant de querelles ?
Brûlant de s'élancer vers des routes nouvelles,
rsos jeunes écrivains à d'autres passions
Demandent aujourd'hui d'autres émotions ;
Des chemins parcourus s'ils dédaignent l'ornière ,
Pourquoi devant leurs pas rétrécir la carrière ?
Pourquoi leur opposer de gothiques clameurs?
Les arts doivent subir le changement des mœurs.
Ces éclatants débats , ces secousses du monde ,
L'auguste vérité de sa flamme féconde
inondant tour à tour les sujets et les rois ;
Les peuples réveillés s'emparant de leurs droits ,
Les longs enfantements de la raison humaine ,
Ont des arts rajeunis étendu le domaine :
Ces tableaux imposants appellent nos concerts ;
Mais des pensers nouveaux veulent de nouveaux airs.
Ils vont d'un luth vieilli ranimer l'énergie ,
Et les fables d'Homère ont perdu leur magie.
Oui, sur notre théâtre , à sa voix agrandi ,
Que Melpomène enfin pose un pied plus hardi ;
Que parfois déd.-ignant les demeures royales.
Elle ouvre aux nations leurs secrètes annales;
Et , cherchant la terreur par un nouveau chemin ,
Amie de son poignard une vulgaire main;
Qu'en ses accents plus vrais la nature respire,
Et que ses scurs, conune elle, accroissent leur empire.
Mais des lois du angage observateurs constants ,
Respectons l»f. airvt< de l'usage et du temps .
Esclave> du bon goût, libres par la pensée, Gardons de soulever la syntaxe offensée : Sachons porter son joug ! A qui le briserait , Sa colère réserve un châtiment tout prêt , L'obscurité!... Craignons d'irriter sa vengeance. Pourquoi de nos lecteurs lasser l'intelligence ? Laissons le dieu du jour dans le sacré vallon ; Ne plaçons point le sphynx sur l'autel d'Apollon. De l'horrible et du gai , du noble et du grotesque , Évitons avec soin le mélange tudesque ; Ne chantons pas toujours au milieu des tombeaux , Au pied de la potence ou dans les hôpitaux ; Je veux qu'on m'attendrisse et non pas qu'on m'effraie. Le rossignol encor me plaît mieux que l'orfraie. Que le ciel quelquefois nous donne un jour serein ! Que des maux sans espoir, un éternel chagrin , Ne brisent pas toujours notre âme poursuivie De l'ennui des plaisirs , du dégoût de la vie ! Craignons de nos vapeurs l'effet contagieux ; Les hommes ennuyés sont souvent ennuyeux. »
Tels étaient les conseils de ton expérience : A travers les écueils ta sage prévoyance Guidait de mon esquif l'essor aventureux ; Mais , mieux que tes leçons , tes exemples heureux M'it slruisaienl 1 . . . Oti I combien, dans cet immense ouvr;ige, Monument de ta vie , et l'espoir de notre âge , J'applaudissais, cher maître , à ces tons variés , Qu'un art ingénieux a si bien mariés ! Tantôt à la nature arrachant ses miracles , Ta Muse des Buffon embelUt les oracles ; Tantôt à la gaîté du malin jouvencel EUe ouvre , en se jouant , les murs d'un vieux castel ; Du monstre féodal évoque le fantôme, S'élance avec Suger au céleste royaume ; Fait soupirer l'amour ; chante l'hymme des morts ; Dans l'âme d'un tyran fait crier les remords; Et , tour à tour naïve, ou terrible, ou piquante, Promène tous les sons sur sa lyre éloquente.
Puisse de tes travaux, pour la France entrepris , Le Français moins ingrat te décerner le prix ! Puissé-je voir longtemps ta vieillesse sacrée D'hommages , de bonheur, et de gloire entourée ! El , fier de tes leçons , puissé-je quelque jour , Par un noble sentier m'élevant à mon tour , Sur le sommet du Pinde , à ta palme immortelle Dérober un rameau qui fleurira près d'elle !
POESiKS DKTACllEKS. ASo
EPITUE