A UN AUTEUR COMIQUE
SLR SA COJVVALESCEKCi:.
Septembre ^825.
Ils sont passés les jours de la souffrance! L'amitié près de toi ne vient plus en tremblant,
Et j'ai vu, sur ton lit brûlant, Des lèvres du docteur descendre l'espérance : La vie a reparu dans tes yeux entr'ouverls, La fièvre au pouls ardent , se détourne et s'arrête ; El la neige , durcie au souffle des liivers , Sous un bandeau glacé ne presse plus ta tête. Tu nous seras rendu ! Gloire à la Faculté - (rloire aux doctes mortels qui , penchés sur l'artère , Interrogeaient ton sang de sa roule écarté,
Et , dans la coupe salutaire ,
Enfin t'ont versé la santé !
Ah ! si ton maître et ton modèle , Molière s'arrachait au ténébreux séjour , Désormais le grand homme , à sa haine infidèle,
En remontant à la clarté du jour, Avec la Faculté signerait une trêve :
Car de ses traits malins elle a su se venger , Lorsque , loin de ta couche écartant le danger , Elle a rendu la vie à son plus jeune élève.
Bientôt, sur le parquet , d'un pied mal affermi , Tu vas en chancelant tenter un pas débile !
Et tu riras de ta marche inhabile ,
En t'appuyant sur le bras d'un ami :
Mais à peine , emportant sa couronne effeuillée ^ Loin de nos champs flétris l'été s'envolera ; Le souffle de l'automne à peine agitera Des arbres de nos bois la cime dépouillée , Que , semblable à l'aiglon jeune et craintif encor ,
Qui , s'échappant de l'aire paternelle , Pour la première fois , dans son timide essor , \ u vent qui le soutient ose livrer son aile ; Tu viendras avec nous , au déclin des beaux joins , Faible , cl du bois noueux, appui de la vieillesse ;
Empruntant l'utile secours , Demander au zéphyr sa dernière caresse.
Puis enfin reprenant les fidèles pinceaux
Armés d'une vigueur nouvelle , Dans l'arène comique où la France t'appelle , Tu poursuivras les méchants et les sots.
A les efforts quel temps fut plus propice ? Vois tes illustres devanciers , De leur char trionqihal dételant les coursiers , A leurs rivaux futurs abondonner la lice.
^iidrieux dans l'Épître exile sa malice.
Repoussé de la scène avec la vérité , Dans un in-oclavo Duval se réfugie , Et lègue désormais à la postérité De ses tableaux récents la brûlante énergie,
Censeur joyeux des modernes travers , Picard ne livre plus aux échos du théâtre Que les traits fugitifs d'une prose folâtre , Qu'un obscur galoubet attriste de ses airs : Pour tracer de nos mœurs la peinture hardie , A des détours adroits sa prudence a recours ,
Et sur une scène agrandie , Dans ses romans où vil l'histoire de nos jours , Il transporte la comédie.
Etienne , tout à coup en son vol arrêté ,
A dérobé son front aux palmes dramatiques .
Et , dans nos feuilles politiques , Avec le irois pour cent enterre sa gaîlé.
Viens donc, armé d'audace et brillant despérauco, T'emparer de leur lyre et consoler la France ! La carrière est ouverte et les lauriers sont prêts.
N icns; do nus nouveaux Turcunls Peins l'orguilleusc im|>erlinence;
ASG
POÉSIES DÉTACHÉES
Que sur leur trône d'or , ces rois de la finance Pâlissent quelque jour eu voj'ant leurs portraits. S'ils vendent leur crédit aux caisses épuisées, S'ils contemplent , assis sur des monceaux d'argent ,
Leurs richesses improvisées Que l'Europe emprunteuse accroît en enrageant , Que du moins leur sottise appelant nos risées , Venge de leurs dédains le rentier indigent.
Quelle moisson plus abondante De vices rajeunis et de travers nouveaux
Pourrait jamais à de hardis travaux
Solliciter ta muse indépendante ?
Le talent n'admet point un honteux préjugé : Non, tout ne fut pas dit par tes divins modèles.
Les passions sont éternelles ;
Les ridicules ont changé.
On ne voit plus, couverts de nœuds et de dentelles , Sautiller des marquis, au babil indiscret,
De VOEi!-(Ie-Bei(f au cabaret,
Du cabaret dans les ruelles ; Si leur frivole essaim loin de nous est banni , Plus ignorants peut-être et non moins ridicules ,
Leurs successeurs et leurs émules En larges pantalons régnent chez Tortoni.
K'as-lu pas admiré nos modernes savantes. Ainsi que Philaminte , en leurs doctes salons , Festoyant, caressant de petits ApoUons ? Fustige devant nous leurs images vivantes ; Montre-nous , le cœur gros , les yeux noyés de pleurs,
Nos Armandes et nos Bélises !
Le temps a fait germer de nouvelles sottises , D'autres originaux veulent d'autres couleurs. Qu'importe , si ton œil avec soin les épie ,
Qu'un grand peintre t'ait devancé?
De l'immortel tableau, que ses mains ont tracé, Tu feras le pendant et non pas la copie; Les sols du temps présent valent ceux du passé. Qu'ai-je dit ? ah ! du moins ces pédants narcotiques, Que Molière écrasa sous ses rimes caustiques,
Savaient du grec et du latin ,
Jjt les beaux-esprits romantiques
Nous font regretter Trissuthi.
ICcoiilcce banquier : la nolilesse l'irrite; Entassant écu sur écu , Dans un comptoir trente ans il a vécu. La foitune à ses yeux est le premier mérite. L'cchil d'un titre vain ne le peut éblouir ;
Philosophe , des grands il maudit l'insolence ; Au fond de ses calculs s'il trouva l'opulence , C'est avec ses égaux qu'il en saura jouir. Aux parchemins poudreux d'une antique famille Il préfère cet or, à ses travaux acquis' ... Puis , quand il faut donner un époux à sa fille , Au prix d'un millon il achète un marquis.
De tartufes nouveaux quelle foule se presse Sous tes regards observateurs !
Contemple ces marchands , généreux souscripteurs , Qui , pour les malheureux palpitant de tendresse ,
Mais désirant des acheteurs , Dans les journaux, chargés de leurs noms bienfaiteurs, Inscrivent leur aumône en donnant leur adresse.
Vers les honneurs vois marcher à grands pas Ces petits Monlesqnieu , dont la franchise austère Aux puissances du jour livra de longs combats,
Pour vendre enfin au ministère
Des opinions... qu'ils n'ont pas.
Vois cet homme à l'œil faux, qui dans nos jours d'orgie, Jadis insulta Dieu jusque sur son autel ,
Et couvrit son front criminel
Du sanglant bonnet de Phrygie !
Par un autre chemin il s'élève aujourd'hui : Regarde !... D'un prélat humblement il s'approche ,
Ce nouveau saint , implorant son appui , La supplique à la main , s'incline... et de sa poche Les grains d'un chapelet s'échappent malgré lui.
Sur tous les charlatans dont l'essaim t'environne Promène avec courage un regard sans pitié: Dans tes succès futurs mon cœur est de moitié , Et d'avance ma main va tresser la couronne Que réserve à ton front ma fidèle amitié.
Mais , diras-tu , sur la mer orageuse Où doit encor s'élancer mon esquif, Plus d'un danger , plus d'un récif.
Menaceront ma Muse voyageuse!
Brave-les et poursuis ta marche courageuse! Pourtant sache éviter , en cachant tes desseins , Ces corsaires, montés sur une nef agile , Qui viennent chaque soir étaler leurs larcins
Dans les bazars du vaudeville :
Puis , si tu d('robas aux forbans chansonniers
Ta pacotille littéraire , En abordant au port tâche de la soustraire A l'œil perçant des douaniers.
POÉSIES DETACHEES.