SCÈNE IIL
ÉBROIN seul.
Vains transports. Loin de moi précipite tes pas ; Va , des cris impuissants ne m'arrêteront pas ; Toi-même , s'il le faut , me serviras d'otage : Poursuivons ! le destin sourit à mon ouvrage :
Couronnons de nos rois le débile héritier. Encor cet instrument, il sera le dernier ! Si près du terme , il faut le reculer encore : Le pourrai-je ?. . . La soif de régner me dévore ; L'objet de tous mes vœux , le trône est devant moi... Je le touche... un seul pas... un seul... et je suis roi ! Mais près de le franchir, d'où vient qu'à cette idée Se trouble quelquefois mon âme intimidée ? Renverser un pouvoir deux cents ans révéré , Qu'une longue habitude a dû rendre sacré ?. . . Peut-être c'est en vainque mon orgueil l'espère ?.., Le fils veut honorer ce qu'honorait son père ; Ce respect pour un sang à l'oubli condamné , Ebranlé par mes soins , n'est point déraciné ; Emiemi redoutable , et d'autant plus terrible Qu'il cache au fond des cœurs sa puissance invisible ! Noirs présages, fuyez ! couronne, dont le poids Accable dès longtemps la langueur de ces rois , Tu viendras de mon front couvrir les cicatrices ; Devant mes pas , semés de tant de précipices , Je vois enfin le but, j'y vais bientôt courir : Au piège qui l'attend Thierry se vient offrir ; Quelques moments encor qu'il règne, puis succombe , Et passe sur le trône en marchant à la tombe !