SCÈNE II
BATHILDE, ÉBROIN.
BATHILDE
Ébroïn un moment consent-il à m'entendre ? Livrée aux noirs soupçons , puis-je enfin aujourd'hui Sur moi , sur mon époux m'expliquer avec lui ?
ÉBROÏN.
Parlez.
BATHILDE
Apprenez-moi s'il me faut craindre encore
De nouveaux châtiments et des maux que j'ignore. Vous savez quels tourments ont déchiré mon sein . . . Mais , dites , aujourd'hui quel est votre dessein ? Que dois-je redouter? que faut-il que j'espère ? Par vos soins , infidèle aux mallieurs de mon père , Je déplorais sa mort : j'apprends qu'il est sauvé : Il vit : c'est votre main qui me l'a conservé ; C'est vous dont le pouvoir consolant ma souffrance , Rend un père à sa fille , un monarque à la France ; Ah , de ces soins nouveaux quels seront les effets ? Dois-je en ce jour bénir on craindre vos bienfaits ? Vous ne répondez pas : ce funeste silence Ces regards dans mon cœur ont glacé l'espérance. Oui, quelque noir projet occupant vos esprhs De mon père captif sauva les jours proscrits : Il ne doit rien sans doute à des remords stériles , Et puisqu'il vit encor, ses jours vous sont utiles.
ÉBROÏN.
Qu'entends-je ? et d'où peut naître undoute injurieux ? J'épargnai votre père ; est-ce un crime à vos yeux ?
BATHILDE
Ah ! de votre pitié la cause m'est connue.
EBROÏN.
Comment ?
BATHILDE
De mon époux la perte est résolue.
ÉBROÏN.
Qui vous l'a dit ?
BATHILDE
Mon père.
ÉBROÏN.
Il est vrai.
BATHILDE
Je frémis.
Il demande ses jours.
BATHILDE
Vous les avez promis ?
LE MAIRE DU PALAIS. — ACTE V
EBROIN.
Ce jeune audacieux osait rêver ma chute !
15ATH1LDE.
Hélas ! à vos fureurs le voilà donc en butte ! Par mon père proscrit, par vous abandonné, A l'opprobre , à la mort il sera condamné. Je pardonne à son roi d'ordonner son supplice : Dans l'époux de sa fille il voit votre complice. Tout l'abuse. Mais vous dont les complots affreux Enlaçaient dans le crime un guerrier vertueux ; Vous qui , sûr de tromper sa noble confiance , Lui portiez et l'hommage et les vœux de la France , Pouvez-vous , de mon père irritant la fureur. Quand son bras va frapper, lui laisser son erreur ? Craint-on qu'unjour le trône excite son envie ? Eh bien ! dans un désert je cacherai sa vie ; Commandez , gouvernez : il suffit désormais Qu'avec lui de ces lieux je m'exile à jamais ; Voilà mon seul espoir ! que nous fait la puissance ? Rendez-lui le repos , le bonheur, l'innocence ; Qu'il vive , et que, par vous mon père détrompé , Remonte sans remords sur son trône usurpé : Rendez-moi mon époux , dissipez mes alarmes ; Est-ce en vain qu'à vos pieds auront coulé mes larmes ? Parlez !
C'est à son roi d'ordonner de son sort.
BATHILDE
Barbare , je t'entends ! c'est l'arrêt de sa mort. Après l'avoir armé d'un sceptre illégitime , Tu veux que le cercueil cache à jamais ton crime. Tremble !... dans ce palais il lui reste un appui ; Tu me verras sans cesse entre ton glaive et lui. Dieu ! s'il était trop tard ; si ta rage assouvie , Quand ma terreur t'implore , avait tranché sa vie !... Ne crois pas que , livrée aux timides douleurs , Je borne ma vengeance à répandre des pleurs. Non , pleurer mon époux c'est le venger en femme , Et ce n'est point des pleurs, c'est du sang qu'il réclame.