‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 61 sur 560 · LÉONOR, BERTA · texte numérisé non relu

LÉONOR, BERTA

LÉONOR

Berta, laisse-moi fuir une fête importune, Laisse-moi dans ces lieux caclier mon infortune , C'est trop longtemps souffrir et dévorer mes pleurs, Us sontheureux; pourquoileur montrermesdouleurs? Ces danses , ces plaisirs , ces accents de la joie , Ces sons harmonieux que récho nous renvoie , Ces bosquets odorants où brillent mille feux , Le luxe des festins , la pompe de leurs jeux , Tout aigrit mes tourments et glace mon courage , Tout d'un bonheur passé me retrfice l'image !

lîtRTA.

Ce l)onheur, Léonor, n'a pas fui pour toujours.

LÉONOR

L'infidèle a bien vile oublié nos amours !

RERTA.

Mais peut-ôlre olierchant à t'aifligor toi-nuMne...

LKONOR.

Non , non , je suis trahie , et c'est elle qu'il aime !

De l'orgueilleuse Elvire admirant la beauté ,

Paré de ses couleui's , assis à son côté ,

Il vantait ses discours , il exaltait ses charme^' ,

Et l'ingrat n'avait pas un moment pour mes larmes !

Aux yeux des Doria que ce triomphe est doux !

La su'ur d'Octavio voit Fiesque à ses genoux.

Oh ! comme devant moi , ma superbe rivait'

D'un coupable bonheur étalait le scandale !

De mon front avec joie observant la pâleur.

Elle s'embellissait encor de ma douleur .

Et de loin je voyais sourire le parjure !

Avais-je donc , Berta , mérité cette injur.^?

Toi qui connais mon cœur , le crois-tu . que jamais

Lne autre femme l'aime autant que je laimais /

Ses vœux étaient mes vœux , et mon âme ra\i»'

Faisait de son bonheur le bonheur de ma y'w.

Et qui ne l'eût aimé? L'envie, à son aspect ,

Confuse , s'étonnait de céder au respect .

Et Génex consolée à sa jeune vaillance

FIESQUE. —ACTE I

De sa doire à venir confiait l'espérance : Comme nous l'admirions ce héros chevalier Dont le front s'ombra;ïeait d'un précoce laurier ! Il t'en souvient, Berta, lorsqu'avec nos compagnes, A l'heure où le soleil pèse sur nos campagnes Et contraint les Génois , des feux du jour lassés , A suspendre un moment les travaux commencés , Nous allions , nous livrant aux plaisirs de notre âge , Des bosquets d'orangers chercher le frais ombrage ; Si Fiesque tout à coup paraissait devant nous , Chacune l'observait , et nos regards jaloux Épiant ses regards errants à l'aventure , Cherchaient à deviner son épouse future. Quand il m'offrit son cœur, du poids de mon orgueil J'accablai . je le sais , mes compagnes en deuil ; Me parant de ma joie et de leur jalousie , Fière , je me disais : C'est moi qu'il a choisie ! Triomphe d'un moment que j'ai bien expié ! Amour , serments , bonheur, il a tout oublié ! Dédaignée à mon tour , à la douleur en proie , D'une rivale heureuse il faut subir la joie !

BERTA

De tes maux , Léonor, chasse le souvenir , Il est des jours heureux cachés dans l'avenir.

LÉONOR

Oh ! (jui me la rendra cette belle journée , Où , des fleurs de l'hymen la tète couronnée . Trop heureuse , je vins recevoir à l'autel Les serments d'un amour qu'il disait éternel ! Tout mon cœur palpitait d'une joie inconnue , Il était près de moi ; j'osai tourner la vue Vers ce jeune héros à qui j'allais m'unir : Son regard fier semblait , dévorant l'avenir , Poursuivre avidement une lointaine gloire , Son front s'embellissait, comme un jour de victoire, Sa main serrait ma main, puis , retombant sur moi , Ses regards me disaient : Fiesque vaincra pour toi ! Vers de nobles destins sur ses pas élancée , Dans l'avenir aussi j'égarais ma pensée; L'environnant di^à de ses futurs exploits , .fe lisais dans ses yeux le salut des Génois , Je voyais , aux accents de son mâle génie , De nos deux oppresseurs tomber la tyrannie. Trompeuse illusion , vains rêves de bonheur ! Fies(|ue a fermé son Ame aux conseils de l'honneur ; Esclave au sein des jeux où s'endort son courage. D'une jeunesse oi.sive il brigue le suffrage : Oultliant k's lauriers dont son front fut paré, Courtisan r.i^tufux . de femmes entouré,

Tantôt il les poursuit de ses vœux infidèles , Tantôt, conteur frivole , assis au milieu d'elles , Si l'ennui les arrache à leurs bruyants plaisirs , Ses récits fabuleux amusent leurs loisirs.

BERTA

Léonor !...

LÉONOR

Comme moi tu vas donner ta vie !

Au cœur de Manfredi ta candeur se confie ! Son amour à l'autel va recevoir ta foi ! Ah ! puisses-tu , Berta , plus heureuse que moi , Ignorer le tourment de chérir un parjure ! IMais de sa trahison tu subiras l'injure , Car ils mettent leur gloire à nous tromper ainsi !

BERTA

Il jura de m'aimer.

LÉONOR

Fiesque m'aimait aussi.

Naguère à ton erieur mon erreur fut pareille , Et les mêmes serments ont charmé mon oreille.

BERTA

Sèche, sèche tes pleurs. Mon père vient à nous.

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