‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 68 sur 560 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

FIESQUE, HASSAN

FIESQUE

Approche et réponds-moi, je suis prêt à t'entendre :

Qu'as-tu vu? Qu'as-tu fait? et que peux-tu m'apprendre?

HASSAN

A VOS ordres soumis , j'ai parcouru les lieux Où vit dans l'abandon ce peuple industrieux Qu'à des travaux obscurs enchaîne l'indigence.

Quel est son sort ?

HASSAN

L'opprobre !

FIESQUE

Et son vcpu ?

HASSAN

La vengeance.

FIESQUE

Et de mes dons sur lui quels seront les effets !

HASSAN

Chacun honore Fiesque, et bénit ses bienfaits.

FIESQUE

Au nom de Doria , quel sentiment scvcille ?

HASSAN

La haine.

FIESQUE

Quels discours ont frappé ton oreille ?

HASSAN

fJes Français, disent-ils , nous subissions les fers , André de leurs vaisseaux a balayé nos mers , 11 nous a délivrés , mais sa coupable auilace A chassé nos tyrans pour régner en leur place !

On maudit sa puissance ? et nul dans l'avenir

Ne soupçonne un vengeur «lui pourrait len punir ?

HASSAN

Il en est un ! ... En vain leur désespoir le nomme.

FIESQUE

Quel est-il?

HASSAN

Un guerrier (pii promit un grand homme, Et qui des opprimés dédaignant les soupirs A d'illustres dangers préfère les plaisirs , Fiesque est son nom !

FIESQUE

Ainsi m' observant en silence , Ils semblent de ma vie accuser l'indolence !

HASSAN

En tous lieux hautement éclate leur douleur : Fiesque, répètent-ils, ihmt la jeune valeur De ses concitoyens pouvait briser les chaincs ,

FIESQUE. —ACTE II

Trahit le noble sang qui coule dans ses veines ; Ce guerrier , qu'à la gloire appelaient ses aïeux , Dans des plaisirs oli-icurs traine un nom glorieux ; Livrant ses jours oisifs aux caprices d'Elvire , De cette femme altière il a subi renqjire . De nos deux oppresseurs il adore la loi !

Je les ai donc contraints à s'occuper de moi !

HASSAN

Qu entends-je î

FIESQUE

Doria . qu'assiègent tant de haines , De l'État au hasard laisse flotter les rênes ; Linsensé !

HASSAN

C'en est fait , le voile est déchiré , Et Fiesque tout entier à mes yeux s'est montré. Il conspire ! mon cœur va renaître à la joie. Quel avenir sanglant devant nous se déploie !

FIESQUE

Que dis-tu ? malheureux.

HASSAN

Je suis las du repos !

Aux sables africains ravi par vos vaisseaux . J'ai vu ces vils Génois trafiquant de ma vie . Enchaîner aux douleurs ma jeunesse asservie. Indigné de mes fers , j'ai reconquis mes droits ; J'ai méprisé vos mœurs , j'ai détesté vos lois. Armé pour les braver , je fus proscrit par elles. Et ceux qui , m'arrachant aux tentes paternelles . Mont de la liberté ravi le doux trésor , Si le poignard en main , j'exigeais un peu d'or , Osaient , de leurs bourreaux invoquant la vengeance, De je ne sais quel nom flétrir mon indigence.

FIESQUE

Eh! bien, de mon crédit te prêtant le secours . A la rigueur des lois j'ai dérobé tes jours.

HASSAN

Je le sais , et dès lors ce bienfait , à ma haine ,

Révéla vos projets et l'avenir de Gêne :

Kh quoi ! me dis-je , Fiesciue, entouré de plaisirs ,

Des dangers d'tui esclave occupant ses loisirs,

Aux lois qui uj'ont proscrit arrache leur victime ?

Sans doute il a besoin de (;e (pi'un nonmie un crime !

Oui , j'osai suui)ronner ce fastueux re|(os ,

El vos bontés pour moi m'annonçaient des complots.

Je vous ai deviné !.. Parlez, (jue faut-il faire ?

FIESQUE

Être en tous lieux, tout voir , tout entendre et se taire.

HASSAN

Comptez sur moi ; je cours...

FIESQUE

Non , demeure : aujourd'hui J'attend.s mille guerriers qui , m'offrant leur appui , Et rassemblés hier dans la forêt prochaine , Yont , par divers sentiers , s'introduire dans Gêne. Ecoute : quelques-uns de ces futurs vengeurs Paraîtront sous Ihabit de pieux voyageurs Qui , brûlant d'accomplir un saint pèlerinage , Yont adorer la Yierge et parer son image ; D'autres ont emprunté , pour entrer dans nos murs, Les grossiers vêtements de ces mortels obscurs Que l'indigence arrache aux monts de la Savoie. La guitare à la main , ceux-ci feignant la joie , S'offriront à tes yeux tels que ces troubadours Qui chantent le plaisir , la gloire et les amours , Ou tels que ces soldats qui vont de ville en ville, Yendre à l'or étranger leur courage servile ! Surveille leur entrée , écarte le soupçon , Et garde-toi surtout de prononcer mon nom : Ils ne connaissent pas la main qui les achète. Protège les détours de leur marche discrète ; C'est moi qui l'ai tracée! Un chemin différent Les conduit tous au but où chacun d'eux se rend ; Les vastes souterrains du prochain monastère D'un asile sacré me prêtent le mystère. Qu'ils entrent , et tout prêts à marcher sur mes pas , Qu'ils attendent mon ordre et n'interrogent pas.

HASSAN

Il suffit.

FIESQUB.

J'attends plus encor de ta prudence :

Quelques Génois jaloux de leur indépendance La veulent conquérir!... Protégeons leur effort : Quatre vaisseaux armés vont entrer dans le port ; Le peuple à cet aspect s'étonnera peut-être ; On va l'interroger : tu diras que ton maître , Yengeur de Gêne et las de tant d'affronts soufferts , Aux brigands africains veut disputer les mers , Et , loin de sa patrie écartant les ravages , Châtier leur victoire et purger nos rivages. Obéis !

FIESQUE. —ACTE II

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