ACTE I
Ces comtes, qui du haut de leurs châteaux antiques Font gémir mes sujets sous leurs lois despotiques, Tyrans dans mon royaume, et vassaux turbulents, Sans relâche occupés de leurs débats sanglants, Détruisaient mes travaux, déchiraient la patrie, Dans son premier essor arrêtaient l'industrie. Divisés d'intérêts, unis contre leur roi. Je les trouvais sans cesse entre mon peuple et moi. Signalant tour à tour leurs fureurs inhumaines. Ils promenaient la mort dans leurs vastes domaines, Et des soldats français, l'un par l'autre immolés, Le sang coulait sans gloire en nos champs désolés. Je voulus, des combats leur ouvrant la carrière, Offrir un but plus noble à cette ardeur guerrière : Tu te souviens qu'alors de pieux voyageurs, Pour nos frères captifs implorant des vengeurs. D'un zèle saint en nous ranimèrent la flamme ; Aux regards des Français déployant l'oridamme, Je leur montre la gloire aux rives du Jourdain : Ils entendent ma voix, s'arrêtent, et soudain, Oubliant leurs discords, et déposant leurs haines, Ils marchent réunis vers ces plages lointaines. Quels plus noliles dangers leur pouvaient être offerts? Délivrer les chrétiens gémissant dans les fers. Rendre Jérusalem à sa splendeur première, En chasser l'infidèle, et rompre la barrière Qui du tombeau sacré nous défendait l'accès : Tel devait être, ami, le fruit de nos succès ! Là s'arrêtaient vos vœux, et non mon espérance. Jette avec moi, Joinville, un regard sur la France : Avant de condamner les serments que j'ai faits. De ces combats lointains contemple les effets : Libre de ses tyrans, mon peuple enfin respire ; La paix renaît en France, et la discorde expire ; Le connnerce, avec nous transporté sur ces bords, Aux peuples rapprochés prodigue ses trésors ; L'aspect de ces climats, depuis long-temps célèbres. Déjà de l'ignorance éclaircitles ténèbres. Et, sur nos [las les arts, allumant leur flambeau, Vont remplir l'Occident de leur éclat nouveau ; D^yà des grands vassaux l'autorité chancelle : Je .sais ce qu'entreprend leur audace rebelle, Joinville ; et, m'instruisant aux leçons du passé, Je suivrai le chemin que Philippe a tracé. Aux tyrans de mon peui»le arrachant leur puissance, Eveillant la justice. cn( hainanl la licence, Au secours dv mes lois j'appellerai les mœurs, ,1e contiendrai les grands, et, malgré leurs clameurs. Père de mes sujets, détruisant l'anarchie. Je veux sur ces débris asseoir la monarchie.
LOUIS IX. — ACTE I
Si Dieu, marquant ici le terme de mes jours, Veut de tous mes travaux interrompre le cours, Aux rois (lui me suivront j'aurai frayé la route : Vers ce but glorieux ils marcheront sans doute : Et ([uelque jour mon peuple, cclairé sur ses droits, Chérira ma mémoire, et bénira mes lois.
JOINVILLE
rS'on, ce Dieu (pii préside aux destins de la France Ne lui ravira point sa plus chère espi-rance : Vous vivrez ; et, goûtant un utile repos, Vous jouirez enfin du fruit de vos travaux. Mais j'aperçois Raymond ; que vient-il nous apprendre?
LOUIS, JOmVILLE, RAYMOND, Soldats
UAYMO>D.
Dans une heure en ce lieu le soudan doit se rendre ;. \'ous le verrez, seigneur. Sur vous, sur vos sujets
11 vous veut bien lui-môme expliquer ses projets.
LOUIS
Il suffil.
Il s'cbigrie a\fic .loinvillc : Raymond le suit dei yeux.
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