LOUIS, JOINVILLE
JOINVILLE
Hélas! de Chàtillon j'avais prévu les plaintes. Témoin de sa douleur , confident de ses craintes , J'ai fait , pour l'apaiser , des efforts superflus ; Mais s'il vous offensa
LOUIS
Je ne m'en souviens plus.
De ces braves guerriers le sort me désespère : Je dois sentir leurs maux , je suis époux et père. Condamné par le ciel à y»érir dans Memfihis , Je ne reverrai plus mon épouse et mon fils ; C'en est fait , mais pour eux ma tendresse alarmée Sut au moins les soustraire aux périls de l'armée ; Dans les murs de Damiette ils attendent le jour, Qui doit vers la patrie éclairer leur retour ; Aux fureurs d'Almodan j'arrachai cette proie : Mon Dieu ! qu'ils soient sauvés, et je meurs avec joie.
JOINVILLE
Non , seigneur , à l'espoir notre ame doit s'ou\ rir.
Le ciel nous aime encore , et va nous secourir.
Ce prince syrien dont le fatal courage
De nos premiers combats détruisant tout l'ouvrage ,
Dans les champs de Massoure arrêta nos exploits ,
Nouradin , de l'honneur sait resi)ecler les lois :
Indigné des affronts qu'Almodan nous prépare ,
Chaque jour il s'oppose aux desseins du barbare.
Révéré des émirs, adoré des soldats,
Du Soudan qui le craint, il sauva les états.
Il marche son égal. Ce prince magnanime.
Protégeant hautement des vaincus qu'il estime,
l'st prêt à nous offrir un généreux soutien.
L'infidèle, étonné d'admirer un chrétien,
Se livre devant vous au charme qui l'entraîne.
Et dans son cœur surpris sent expirer la haine.
Almodan seul nous hait.... Il règne, mais enfin
Dos maîtres de ces lieux on connaît le destin :
Leur trône, chancelant sur le bord d'un abimc.
S'élève par la force, et lombe par le crime ;
Le peuple, devant eux quthpu' temps prosterné,
Obéit en tremblant au <'hef ([u'il s'est donné ;
IMais, au premier signal, la révolte s'éveille :
On pro.'^crit le soudan qu'on adorait la \ cille ;
Le soldat effréné l'immole à sa fureur,
Va, couvert de >vn sang. n( n n;e ,Min si:cccs.--cur.
Espérons ; on murmure, cl ri'gypte peul-clre
LOUIS IX
Doit npprcudre aujourd'hui qu'elle a change de maître. LOUIS.
Je crains, je l'avouerai, ce clirélien apostat
Dont les Français trahis ont pleuré l'attentat.
Contre le Dieu vivant vomissant le blasphème,
Sur son front qu'arrosa l'eau sainte du baptême,
Le coupable Raymond a posé le turban ;
n est vendu, sans doute, aux fureurs du soudan.
Flétri de sa faveur, ministre de sa rage.
Des soutiens de la foi prolongeant l'esclavage,
Contre nous de son maître il arme la rigueur.
Qui l'eût jamais pensé, Joinville, qu'en son cœur
L'ambition, l'orgueil, excitant la vengeance,
Aux drapeaux de son prince, à son culte, à la France,
Le forceraient de dire un éternel adieu.
Et parleraient plus haut que l'honneur et son Dieu !
Tu sais, lorsque, trompant sa superbe espérance,
Du vertueux Coucy j'honorai la vaillance,
Si le poste éclatant par Raymond attendu,
Malgré ses vains efforts, à Raymond était dû.
De tous nos chevaliers j'écoutai le suffrage.
Mais, hélas ! dans mon choix Raymond vit un outrage ;
Tl jura notre perte, et ses ressentiments
Livrèrent mon armée au fer des musulmans.
JOlNVILLi:.
Mais le remords poursuit ce guerrier sacrilège ; 11 plaint nos longs mallieurs; Nouradin nous protège : IN'ous reverrons ces bords qu'appelle notre amour, Cette France, où nos yeux se sont ouverts au jour. jNous ne périrons point aux plages étrangères, ÎS'os cendres s'uniront aux cendres de nos pères. Oui, larrêt est porté : nous ne pourrons jamais Du Thabor, du Sina visiter les sommets. Toucher le saint tombeau que le chrétien révère, Et baigner de nos i)leurs les rochers du Calvaire; L'Éternel irrité condamne nos desseins.
Son bras nous interdit rajiproche des lieux saints ; Et le sort des guerriers (pie leur pieux courage Ijitraîna tant de fois sur ce fatal riAage, Détruisant un espoir prêt à nous égarer, .Sur nos pn»prcs destins devait nous éclairer.
LOIIS.
Quentends-je? il est donc >riii ! J()in\illc aussi nie blùmc ! "Mais .sais-tu (puis desseins je renferme en mon âme? Sais-tu si les combats (tii je \»)us ai guidés l'ar (le grands int'rcts n'étaient pas conunandés ? Tu ne vois (pie tes maux, ton dé.sespoir m'accuse : Eb bien ! lis dans mon «(cur, et connais nu)n excuse : Vainemrnt, tu le sais, au .sein de nos remparts le voulus appeler le coinmercc et les arts.