‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 82 sur 560 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MANFREDI, VERRINA , FIESQUE, Sénateurs.

VERRINA

Fiesque , l'instant approche où nous devons frapper ;

S'enivrant du plaisir qui sert à les tromper,

Les courtisans vendus à l'oppresseur de Gène

Le livrent sans défense aux coups de notre haine ;

Tous les vrais citoyens , autour de toi rangés ,

Attendent le signal.

Leurs maux seront vengés !

Du doge , rassuré par mon uisouciance , Rien ne peut ébranler l'aveugle confiance. Elvire en mon palais vient partager nos jeux ; Le.destin nous les livre et sourit à nos vœux ! Mais , avant d'accomplir ce (lue Gène commande , Parlez , qui doit périr ?

VERRINA

Fies(iue nous le tiemaiide ?

FIESQUE

Je le dois.

FIESQUE. -ACTE IV

VERRINA

Insensé ! Demande donc aussi Quels malheurs et quels v(L'n.\ nous rasseraMent ici ? Demande qui s'arma de Tamour populaire Pour arracher aux lois leur pouvoir tulélairc ? Demande (pii flétrit nos familles en deuil Et les force à choisir Topprohre ou le cercueil ;' Demande à nous frapper ((uelles mains étaient prèles ; Qui guidait leurs poignards , qui leur paya nos tètes, Qui, trenle ans, de son joug nous imposa raffnmt? Fiesque , d'un peuple entier les pleurs te répondront!

FIESQUE

Je connais nos tyrans, et j'ai compté leurs crimes.

VERRFNA.

Pourquoi donc demander le nom de nos victimes ?

FIESQUE

La mort d'Octavio doit venger nos revers ;

Mais Doria , chargé de (pialre-vingts hivers ,

Ne peut-il, loin de Gène à son pouvoir ravie,

Achever inconnu le reste de sa vie?

Épargnons ses vieux jours : le glaive des guerriers

Doit, sur ses cheveux hlancs, respecter ses lauriers.

VERRINA

Ses cheveux blancs ! qu'enlends-jc ? et quel est ce langage ? As-tu donc ouhlié nos maux et mon outrage? Ses cheveuxhlancs ! Dis-moi s'il respecta les miens ?

FIESQUE

Je sais qu'Oclavio....

VERRINA

Ses crimes sont les siens.

De sang et de pouvoir sa vieillesse assouvie, A son lâche héritier livre Gène asservie, El caché sous la pourpre, au fond de son palais , Il instruit son orgueil , sourit à ses forfaits. Point de pitié ! J'entends les soupirs de ma fille , Ses larmes ont proscrit le doge et sa famille ; Qu'il périsse ?

FIESQUE

Il mourra, Génois; vous le voulez.

Mais les moments sont chers ; près de moi rassemblés , Vos conu's impatients d'achever notre ouvrage , Implorent à l'envi les postes du courage ; Ecoutez : Verrina , je te donne le port : Le jeune Spinola commande dans le fort, L'or à tous mes projets a livré ses cohortes ; Foricelli, mon nom va t'en ouvrir les portes. Tu le prononceras ! Toi , hrave Manfredi , Ranimani la vertu d'un peuple ahàlardi, ïu parcours tous les lieux où gémit l'imligence .

Qui se lève à ta voix en répétant : Vengeance ! El moi, de sa langueur réveillant le sénat, Suivi de mes guerriers je lenlraine au combat, El du palais ducal à la porte P«omaine , Le cri de liberté va retentir dans Gène. Etes-vous prêts, amis? Tonnant sur mes vaisseaux Qui surveillent le doge et lui ferment les eaux , Le bronze va bientôt marcpier la dixième heure.

VERRINA

Nous sommes prêts.

FIESQUK.

Eh bien ! qu'il l'entende , et «pi il meure !

VERRINA

Mais à tous nos desseins Fondi devait s'unir : ^ Fies(jue , loin tle ces lieux qui le peut retenir ?

FIESQUE

Je l'ignore.

MANFREDI

Cherchant un sentier solitaire , Au travers des jardins s'avance avec mystère Un Génois.... Quel effroi sur ses traits répandu! C'est Fondi.

VERRINA

Que veut-il?

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Les MEMES, FONDI.

FONDI

Amis , tout est perdu !

VERRINA

Qu'entends-je ?

MANFREDI

Quel discours ?

FONDI

Fuyez I

FIESQUE

Qu'oses-tu dire .^

FONDI

Nos complots sont trahis, j'accours vous en instruiio.

VERRINA

Est-il vrai?

FIESQUE , à part.

Quel soup(;on! L'infâme !... Ibc j'ourrait ?.

FIESQUE. —ACTE IV

FONOI

J'étais auprès du dog:e , épiant en secret

Quels postes ses soldats gardent jusqu'à l'aurore :

On apporte un billet.

VERRLNA.

Quel lâche?....

rONDI.

Je l'ignore.

Le doge en le Usant murmure : Trahison ! J'écoute, et je l'entends qui prononce ton nom , Fiesque , déjà sans doute on cherche tes complices ; Fuyez , dérohez-vous à l'horreur des supplices ; Les cachots vont s'ouvrir.

YERIU>A.'

Amis , innnolez-moi !

MANFREDI

Plus d'espoir !

FIESQUE, bas à Fondi.

Imprudent !

FOXDI.

Dispersons-nous !

FIESQUE , bas , arrêtant FonJi.

Tais-toi !

Haut.

Quoi ! des républicains voilà donc la constance ! J'en conviens , le succès passe mon espérance ; Fondi , je suis content , et ton rôle est rempli !

FO>Di , à part.

Que dit-il ?

FIESQUE, souriant.

A ta voix , tous les fronts ont pâli ! Vers les sentiers obscurs que leur terreur implore , Leurs regards consternés se dirigent encore !

VERRINA

Comment !

FIESQUE

Les \ oilà donc , ces hardis combattants !

FO>'DI , bas à Fiesque.

Que veux-tu ?

FIESQUE , bas à Fondi.

Les tromper.

FOXDI , bas à Fiesque.

Qu'y gagnes-tu?

FIESQUE, basa Fondi.

Du temps !

Rien n'est perdu , demeure , imite mon langage.

VEKUI.NA.

Quoi! Fiesque, ce récit....?

FIESQUE

Jl était uiou ouvrage.

Je voulais éprouver ce courage affermi !

VERRINA

Se peut-il ?

FIESQUE , bas à Fondi. A mon nom , le doge a-t-il frémi ?

FONDI, bas à Fiesque.

Il semblait hésiter I

FIESQUE , bas à Fondi.

Il est mort.

Haut.

Je t'admire , Verrina !

VERRINA

Je le crois, puisque tu peux sourire !

FIESQUE

Poursuivons nos desseins.

FONDI , bas à Fiesque.

Quand ils sont découverts ?

FIESQUE , bas à Fondi.

Si le doge y croyait nous serions dans les fers ; La foudre , sans tomber, a passé sur nos tètes.

Haut.

Vous tremblez tous , Génois ? rien ne trouble nos fêtes ! Rassurez-vous! déjà j'ai vu vos fronts rougir! Réparez votre erreur, voici l'instant d'agir ; Mais avant de frapper, libérateurs de Gêne , A nos sanglants projets qu'un serment vous enchaîne ; Il le faut ! la patrie exige des garants; Vos bras se sont armés pour punir ses tyrans. Aux Génois , que perdait votre terreur profonde , De quelque effroi nouveau que votre sang réponde! Si jamais l'un de nous par de lâches secours De ceux qu'il a proscrits osait sauver les jours , Qu'il nous trouve partout , prêts à punir son crime, Le poignard à la main réclamant la victime , Et que sa mort , vengeant ses compagnons trahis , Satisfasse à la fois leur haine et son pays ! Le jurez-vous , Génois? répondez !

Je le jure!

MANFREDI

Oui , nous le jurons tous !

FIESQUE

Honte et mort au parjure !

Venez! aux vains plaisirs feignant de nous livrer...

FIESQUE. -ACTE IV

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