‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 81 sur 560 · FIESQUE, LÉONOR · texte numérisé non relu

FIESQUE, LÉONOR

LÉONOR

Ah ! mon cœur alarmé te cherchait en tous lieux , Fiesque ! de tes discours le sens mystérieux, Cette voix , ces regards , qu'un noble espoir enllanune , A de vagues terreurs avaient livré mon âme , Et sous l'ombrage épais d'un bosquet d'orangers ,

Mon amour inquiet rêvait à les dangers ;

J'entends un faible bruit, je m'approche tremblante...

Des flambeaux suspendus la clarté vacillante

Montre à mes yeux surpris des soldats inconnus ,

Jusque dans tes jardins en secret parvenus ;

D'hicertaines lueurs frappaient leurs traits sinistres :

Si d'un complut affreux ils étaient les ministres?

Du lâche Octavio si le pouvoir jaloux

Avait à leurs poignards désigné mon époux !. ..

J'ai prêté vainement une oreille attentive ,

Ils n'ont point éclairé ma tendresse craintive,

Je tremble !.... Mais je cours, révélant leurs deseins,

Armer tous tes amis contre ces assassins,

Leur courage aux dangers dérobera ta tête ;

Aux cris de ma douleur ils viendront tous...

FIESQUE

Arrête !

Ces soldats inconnus ne me frapperont pas, Ils ont juré ma gloii'e et non point mon trépas !

LÉONOR

Ta gloire ! Que dis-tu?

FIESQUE

Bannis un vain présage !

LÉONOR

Qu'entends-je ? Tes projets arment-ils leiu' courage ?

FIESQUE

Peut-être !

LÉONOR

Il est donc vrai ! les voilà donc connus Ces périls qu'aujourd'hui ma douleur a prévus ! De quelques insensés protégeant la chimère , Tu veux livrer au peuple un pouvoir éphémère ; La menace à la bouche et les pieds dans le sang , Tu vas à ses fureurs t'unir en rougissant ! Et quel sera , dis-moi , le fruit de la victoire ? L'anarchie et la mort ?

FIESQUE

Le repos et la gloire !

Abjure des soupçons qui doivent m'offenser. Qu"as-tu dit, Léonor :^ as-tu pu le penser, Que Fiesipie, dans nos murs , ramenant la licence , Au noble Doria ravirait la puissance , Pour la jeter aux mains de quelques factieux, D'un peuple dégradé flatteurs ambitieux?

Non ! les lois dès longtemps ont perdu leur empire. L'or a tout corrompu , la république expire. Pour qu'un peuple soit hbre , il lui faut des vcrtux. Rome dégénérée eût-elle des Brutus ?

Les temps sont accomplis , Gêne a besoin d'un maître ;

FIESQUE. — ACTE IV

Sous le sceptre d'un roi sa gloire va renaître. Mais ton cœur alarmé craint ces conspirateurs , D'une sanglante idole ardents adorateurs ! Au seul nom d'un tyran, leur inflexible haine Gémit sur la patrie et veut rompre sa chaîne ; Entraînant dans la lice un peuple révolté , Ils le guident au meurtre, en criant : Liberté! La liberté! Leurs bras sarment pour la détendre;

Jls jurent son triomphe ils sont prêts à la vendre !

Ces Gers répubhcains porteront tous mes fers , Tu les verras bientôt de dignités couverts , Demi-tyrans , sortis des discordes civiles , Fatiguer mon pouvoir de leurs respects ser viles , Du poids de leur orgueil écraser mes sujets, Et tous, dans mes regards , épiant mes projets , Devant un peuple entier, qui se courbe en silence , De leur grandeur nouvelle étaler l'insolence !

LÉONOR

Ah ! sur ton sort futur jette avec moi les yeux !

Je veux te l'accorder : oui, la faveur des cieux, A ton ambition prodiguant les miracles , Devant tes pas vainqueurs renverse les obstacles : Turègnes... Crois-tudonc, dans cesuprème hoimeur, Pour prL\ de tant d'efforts rencontrer le bonheur ? Pour loi plus de repos , plus d'amis , plus d'épouse ! Ah ! ne le sais-tu pas? l'ambition jalouse Veut seule commander au cœur qu'elle a dompté ; Près d'elle tout s'éteint ! Quand tu seras monté A ce funeste rang qu'appelle ton audace , Ton âme , pour l'amour, aura-t-elle une place ? Hélas ! ta Léonor, en s'approchant de toi , Cherchera son époux , et ne verra qu'un roi ! Viens , loin de ces Génois qu'un fol espoir anime , Loin d'un trône élevé sur le bord d'un abîme , De tes champs paternels cherchons Iheureux séjour. Là , fuyant la grandeur, tu trouveras l'amour. De plaisu-s sans regrets peuplant ta solitude , Charmer tous tes moments sera ma seule étude ; Je saurai de bonheur entourer tes loisirs , Ecarter les chagrins , deviner tes désirs. Viens, l'amour nous attend , et notre âme ravie Sous un ciel toujours pur va savourer la vie. ISe me repousse pas.., Il en est temps encor ; Je me jette à tes pieds...,

FIESQUE

Que fais-tu, Léonor?

Que m'annonce , grand Dieu , ce timide langage ? Insensé ! mon amour croyait à ton courage ! Dois-je m'en repentir? Veux-tu que ton effroi

Dénonce les projets que je livre à ta foi ? Non , non ! Qu'un noble orgueil s'empare de ton âme. Des festins et des jeux la pompe te réclame. Sois l'épouse de Fiesque. ,. et que tes traits sereins Voilent à tous les yeux ta craiute et tes chagrins. Qu'ai-je fait? Je voulais au cœur qui me soupçonne , Pour payer ses douleurs , montrer une couronne , Imprudent !

LÉONOR

Que dis-tu? Va, ne crains rien de moi ; Ton épouse aujourd'hui sera digne toi.

Tu le veux? je saurai, tranquille au bruit des armes, Enchaîner ma terreur, commander à mes larmes ; Mallieureux ! tes complots ne seront pas traliis.

VEKRINA, entrant.

Fiesque /

FIESQUE

Onvient, Léonor,

LÉONOR

Il le faut, j'obéis :

Adieu , Fiesque , je vais où ton ordre m'envoie , La mort au fond du cœur, présider à la joie !

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