UN CONJURÉ
Ta réponse sort-elle de l'enfer, ou d'une loge de fou ?
VERRINA
Jl acte noyé, si vous l'aimez mieux... Je passe dans le parti de Doria...
La toile tombe.
Nous avons donné cet extrait pour faire reconnaître qu'il était impossible h l'auteur français d'employer un tel dénouement. 11 l'a remplacé par une scène entraînante de pathétique et d'éloquence , que termine une sanglante catastrophe admirablement amenée.
La forme que nous avons donnée h notre ana-
EXAMEN CRITIQUE
Iys8 ne nous a pas permis d'indiquer les scènes touchantes et écrites avec un cliarme et un naturel dignes d'éloges entre Fiesque et sa femme Léonor, dont le rôle iuspire le plus vif intérêt. Il en est de même de celles avec le Maure. Ce personnage est bien dessiné , sa physionomie est neuve. La scène où Fiesque voit tout l'avilissement où le conduit une telle alliance est tracée avec autant de vigueur que de talent. Quelques personnes ont paru croire que ce rôle n'était pas assez lié à l'action ; nous pensons qu'il Test autant qu'il pouvait l'être , puisqu'il est l'instrument principal de la conjuration et qu'il la met en péril. S'il disparaît au troisième acte, la cause en est forcée , et il aurait fallu pour le faire reparaître renverser toute la combinaison de l'ouvrage. Il ne pouvait être un rôle principal , et comme secondaire , il est d'un grand effet. Peut-être seulement la crainte de le peindre d'une manière trop semblable à celle de Schiller a-t-elle entraîné l'auteur à lui donner un langage trop élevé ; mais le défaut contraire eùt-il été supporté?
L'action de cette tragéJie est rapide : les deux premiers actes sont une exposition claire et naturelle et du sujet, et du caractère principal. Le nœud se forme au troisième acte d'une manière très-heureuse, quand par un mouvement de péripétie d'un grand effet , Fiesque jette le masque dont il s'est couvert. Le quatrième offre dans le péril la progression que les règles du drame commandent, et si, avant la dernière et belle scène de l'ouvrage , la terreur et l'intérêt ne se soutiennent pas à toute la hauteur tragique
exigée dans un cinquième acte , c'est aux mouvements rapides de la scène , aux récits qui se succèdent, aux événements qui se pressent, qu'il faut l'attribuer. C'est le vice inhérent aux sujets historiques , dans lesquels il est impossible de ne pas souvent et trop souvent parler aux yeux; tandis que dans les sujets qui ont pour fondement unique le développement d'une grande passion , l'auteur se trouve heureux^de n'avoir à s'adresser qu'à l'âme.
Nous avons déjà parlé du style de cet ouvrage ; il a réuni tous les suffrages par sa noblesse sans enflure , par son élégante clarté : il ne peut que beaucoup ajouter à la réputation du jeune auteur. On doit le louer surtout d'entrer avec art dans le ton et dans les mœurs du sujet qu'il traite. Sa poésie dans Louis IX est abondante, riche d'images, solennelle et touchante ; dans le Maire du Palais , elle a le caractère du temps auquel il nous reporte. Dans Fiesque, elle a de l'élégance, de l'éclat : soit que Fiesque retrace ses brillants plaisirs, soit que le farouche Verrina exhale sa haine contre la tyrannie , soit que le Maure demande du sang, soit que Léonor nous peigne les douleurs de l'abandon, et la résignation d'une vertueuse épouse, le style est empreint de la couleur du temps et des lieux où nous sommes.
Jouée avec un immense succès à l'Odéon, cette tragédie a été reprise au Théâtre-Français, où l'ont suivie les témoignages de la satisfaction publique; elle est du petit nombre des ouvrages modernes qui restent et méritent de rester au répertoire.
L'IMPORTANT